Critiques Séries : Star City. Saison 1. Episode 6.

Critiques Séries : Star City. Saison 1. Episode 6.

Star City // Saison 1. Episode 6. Awl in a Sack.

 

On sentait la tension monter depuis le début de cette saison, mais ce sixième épisode de Star City vient clairement de franchir un cap majeur. Jusqu'ici, la série faisait avancer ses pions en parallèle : l'espionnage pur sous fond de Guerre Froide, la course folle vers l'espace, et les luttes politiques étouffantes à Moscou. Dans cet épisode, toutes ces trajectoires se percutent de plein fouet. Les scénaristes arrêtent de placer leurs billes et passent à l'action. Le résultat est un huis clos spatial et terrestre ultra-tendu où chaque décision provoque des réactions en chaîne immédiates. Le ton est donné dès les premières minutes par le vide laissé par la disparition de Tanya. 

 

Quand Irina débarque dans l'appartement désert, elle comprend tout de suite que son plan s'est effondré. Les quelques indices oubliés confirment ses pires craintes : la situation lui échappe. Ce que j'aime beaucoup dans ce revirement, c'est la façon dont la série malmène ses personnages. On parle de professionnels formés au sang-froid, mais dès que l'humain et les émotions entrent en jeu, la machine se grippe. Irina reste l'une des figures les plus captivantes à suivre. Son évolution se fait par de petites touches subtiles et très réalistes. Elle passe son temps sur un fil invisible, déchirée entre ce que son uniforme exige d'elle, ses propres convictions et ce qu'elle ressent pour Tanya.

Dans cet épisode, sa double quête devient intenable : elle doit retrouver Tanya tout en sauvant sa propre tête face à la paranoïa du système soviétique. On ressent le danger à chacun de ses mouvements. Pendant ce temps, l'intrigue braque ses projecteurs sur la fameuse mission Venera. L'épisode précédent nous avait mis l'eau à la bouche avec cette idée folle d'un agent infiltré dans une capsule spatiale clandestine, mais ici, le concept est exploité à fond. Le coup de génie des scénaristes est de ne pas limiter le danger aux seuls risques techniques du voyage dans le cosmos. La vraie menace ne vient pas des étoiles, elle vient directement de la Terre et des ordres dictés par la politique. Au cœur de cette tempête, Lyudmilla bascule doucement dans une forme de folie froide. 

 

Sa traque de Valya n'est plus une simple enquête, cela devient une obsession totale. Au fil des scènes, on comprend qu'elle est prête à tout sacrifier pour obtenir ce qu'elle veut. Son attitude montre la dérive de ce régime où l'échec n'est pas permis : préserver son statut devient plus important que de sauver des vies humaines. En face d'elle, le Chef Designer incarne une vision opposée. Pour lui, seule compte la science et la conquête spatiale, quitte à piétiner les exigences du Parti. Le voir s'allier temporairement avec Lyudmilla est un moment savoureux tant leurs visions s'opposent. Cette alliance de façade ne tient d'ailleurs pas longtemps, et le retour de bâton est d'une violence rare. L'épisode excelle aussi dans sa manière de disséquer la culture du secret. 

Tout le monde ment à tout le monde, parfois pour protéger un proche, parfois par pur intérêt personnel. À force d'empiler les non-dits, le scénario crée une véritable bombe à retardement. En regardant l'épisode, j'ai vraiment eu cette impression de voir des personnages courir après le temps, essayant de colmater les brèches une par une sans réaliser que le barrage entier était en train de céder. La tension culmine lorsque la mission spatiale se transforme en piège en haute altitude. Valya se retrouve isolé à bord, et l'ambiance devient étouffante. Quand les masques tombent enfin entre les cosmonautes, l'épisode prend une force dramatique incroyable. Sasha découvre la trahison de son ami, qui lui cache l'essentiel depuis des mois.

 

Pourtant, la série évite le piège du mélo ou de la colère simpliste : Sasha refuse de le condamner directement et cherche à comprendre ses motivations. Cela apporte une bouffée d'humanité indispensable dans un environnement aussi glacial. Aucun personnage n'est figé. Même Valya reste profondément ambigu. Ses choix sont indéfendables, mais ses motivations sont assez nuancées pour qu'on ne le voie pas comme un simple traître en carton-pâte. Le dernier acte est un modèle de tension dramatique. La décision finale prise par le centre de contrôle au sol montre l'absence totale d'empathie d'un État qui veut d'abord protéger ses secrets. À partir de là, plus aucun compromis n'est possible. La machine s'emballe et chaque tentative de sauvetage aggrave le désastre. 

La scène finale évite heureusement les pirouettes faciles. On croit jusqu'au bout à un miracle, puis tout bascule. La tragédie qui frappe le vaisseau laisse un vrai sentiment de choc, surtout parce que la série a pris le temps de nous attacher à cet équipage depuis des semaines. Les cartes sont totalement rebattues pour la suite. L'arrestation brutale du Chef Designer, la fuite désespérée de Tanya, les erreurs d'Irina et le jusqu'au-boutisme de Lyudmilla ouvrent des pistes passionnantes. Certes, on pourra toujours chipoter sur la rapidité de certains enchaînements ou sur des décisions prises sous le coup de la panique, mais ce ne sont que des détails face à l'efficacité globale de l'épisode. 

 

Note : 9/10. En bref, le rythme est fou, l'écriture est intelligente, et ce sixième chapitre s'impose comme le vrai pivot de Star City. Désormais, personne n'est à l'abri, et c'est exactement ce qu'on attend d'une grande série.

Disponible sur Apple TV

 

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