Critiques Séries : Furious. Saison 1. Episode 1.

Critiques Séries : Furious. Saison 1. Episode 1.

Furious // Saison 1. Episode 1. The Gorgon.

 

Dès les premières minutes, Furious pose la barre. La série ne cherche pas à nous installer confortablement sur un canapé, elle installe une atmosphère lourde, tendue, où l'on comprend très vite que personne n'en sortira indemne. Ce premier épisode dérange et prend le parti pris d'explorer le poids des traumatismes plutôt que d'aligner de simples clichés de procédures policières. Le récit met face à face deux trajectoires fascinantes. D'un côté, une femme mystérieuse qui supprime méthodiquement des hommes liés à son passé. De l'autre, Alice Black, une ancienne inspectrice de la police de New York fraîchement transférée au FBI après un départ flou. Ce jeu de miroir s'installe naturellement et donne immédiatement du relief au pilote.

 

L'agente du FBI Alice Black est à la poursuite d’une tueuse en série aussi mystérieuse que méthodique. Chacune mène sa propre quête de justice, mais alors que leurs destins commencent à s’entrelacer, la frontière entre le bien et le mal devient de plus en plus floue.

 

L'identité de la tueuse reste floue une bonne partie du temps. Elle change de visage, manipule son monde et conserve toujours un coup d'avance. Mais la série évite le piège de la criminelle froide sans âme. Derrière chacun de ses actes se cache une blessure ancienne. On ne cautionne pas ce qu'elle fait, mais on comprend que son basculement ne vient pas de nulle part. C'est précis, nuancé, et cela évite tout manichéisme. En face, Alice rompt avec l'image des enquêteurs parfaits. Si son instinct est affûté (c’est elle qui flaire que la mort de Caleb Easton n'est pas une simple overdose), c'est surtout son humanité qui touche. Son passé pèse lourd dans sa façon d'agir. L'épisode suggère des violences subies dans une relation précédente, une cicatrice invisible qui guide sa démarche. 

 

Alice n'est pas une héroïne invincible, elle fait avec ses failles, ce qui la rend authentique et très attachante. Ce duel entre les deux femmes pose une vraie question morale. L'une a choisi de se faire justice elle-même face à l'impunité, l'autre essaie encore de croire en des institutions abîmées. L'affrontement qui s'annonce s'annonce donc bien plus psychologique que physique. Le pilote aborde aussi sans détours la question des réseaux de traite sexuelle et du parcours du combattant des victimes pour se faire entendre. Furious souligne à quel point certaines affaires tombent dans l'oubli dès lors que les agresseurs bénéficient d'un statut social protégeant leurs actes. Les échanges entre Alice et Nora, procureure aguerrie, sont particulièrement justes. 

 

Nora porte un regard lucide et désabusé sur l'appareil judiciaire. Elle sait que les victimes ne correspondent jamais aux clichés lisses attendus lors des procès : elles sont abîmées, contradictoires, parfois violentes. C'est probablement cette justesse d'écriture qui distingue la série du tout-venant télévisuel. Visuellement, le travail sur la lumière accompagne parfaitement le propos. Les teintes rouges et orangées traduisent la colère contenue qui anime les personnages sans jamais tomber dans la démonstration inutile. Le rythme alterne intelligemment entre les avancées de l'enquête d'Alice et la préparation du prochain coup de la tueuse, maintenant une vraie tension jusqu'aux dernières secondes. La fin d'épisode apporte d'ailleurs un premier élément clé sans tout étaler sur la table. 

 

Alice découvre un indice reliant directement la tueuse à un dossier de trafic sexuel classé. Une révélation qui rebat les cartes et donne immédiatement envie d'enchaîner avec l'épisode 2, le tout sans céder au cliffhanger facile. Côté casting, Emmy Rossum apporte une grande retenue au personnage d'Alice, tandis que Lola Petticrew impressionne par sa capacité à basculer d'une apparente vulnérabilité à une détermination glaciale. Leur dualité fonctionne à merveille.

 

Note : 7/10. En bref, ce démarrage promet un thriller qui dépasse la simple traque du chat et de la souris. Furious parle avant tout des séquelles de la violence, de l'incapacité chronique des institutions à protéger les plus vulnérables et de la manière dont chacun essaie de reconstruire sur des ruines. Si la suite conserve cette délicatesse dans l'écriture des failles humaines, nous tenons là une excellente série policière.

Disponible sur Disney+

 

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