Critiques Séries : Furious. Saison 1. Episode 8 (season finale)

Critiques Séries : Furious. Saison 1. Episode 8 (season finale)

Furious // Saison 1. Episode 8. Hart Island.

SEASON FINALE

 

On le sentait venir depuis un moment. Après sept épisodes à charger la barque entre traumatismes enfouis, frustrations institutionnelles et colère rentrée, le final de la saison 1 de Furious fait tout voler en éclat. Intitulé « Hart Island », ce huitième épisode reprend l'action là où on l'avait laissée et force Alice, Catherine et Nora à faire des choix irréversibles. Depuis le départ, la série creuse un sillon très clair : que devient une victime quand le système refuse catégoriquement de lui rendre justice ? Le constat posé par cette fin de saison manque franchement d’optimisme. Alice a voulu croire aux règles. Catherine a baissé les bras depuis des années. 

 

Quant à Nora, elle s'est rendu compte bien trop vite qu'il faut parfois se salir les mains pour obtenir gain de cause. Avec ce final, Alice finit par ouvrir les yeux sur une réalité qu'elle refusait de voir. La confrontation tant attendue avec Jay Easton a bien lieu, mais le plus intéressant reste ce qu'elle déclenche chez notre héroïne. Pendant une grande partie du récit, Alice s'accroche au cadre légal. Même après les révélations sur son passé, même face à la menace Marshall ou au contact de Catherine, elle s'obstine à croire qu'une procédure judiciaire peut aboutir. Le problème, c'est que chaque étape de son parcours lui prouve le contraire. Marshall esquive ses responsabilités, Ed protège sa propre carrière, et Jay Easton profite de ses appuis politiques alors que le dossier contre lui est écrasant. 

 

Pire encore, dès que l'institution semble sur le point d'agir, elle trouve un moyen d'embourber la procédure. Alice débarque chez les Easton avec une intention précise, mais surtout avec un ressentiment qu'elle ne contrôle plus du tout. Catherine, de son côté, a franchi la ligne rouge depuis bien longtemps. L'un des arcs majeurs de cet épisode 8 concerne le mystère entourant Isabel. Les pièces du puzzle se mettent en place dans la mémoire de Catherine lorsqu'elle retourne dans la demeure des Easton, et le constat s'avère particulièrement lourd. Emma n'est pas directement coupable du meurtre d'Isabel. L'ADN retrouvé sous les ongles de la victime confirme simplement sa présence au moment du drame. Cela ne la rend pas innocente pour autant. 

 

Elle a vu, elle savait, et elle a fermé les yeux pour protéger le réseau de son père. C'est l'un des sujets centraux de la série : la violence ne vient pas uniquement de celui qui passe à l'acte. Elle tient aussi à ceux qui regardent ailleurs, effacent les preuves ou s'inventent de bonnes excuses. De son côté, Catherine réalise son implication dans le décès d'Isabel. Son geste n'a pourtant rien à voir avec ses autres crimes. Elle pensait abréger les souffrances de son amie. Cette nuance reste capitale pour analyser son personnage : elle ne tue pas par pur plaisir sadique, même si ce final montre qu'elle a fini par associer la violence à une forme d'emprise. C'est exactement cette logique qui commence à déteindre sur Alice.

 

Sur le papier, la disparition de Jay Easton aurait pu servir de conclusion satisfaisante. L'antagoniste principal est éliminé, Catherine finit sous les verrous et les preuves sont rassemblées. Mais Furious refuse la facilité du « happy end ». Jay meurt sans passer par la case tribunal. Il n'aura jamais à répondre de ses actes publiquement ni à faire face à ses victimes. Il s'éteint en emportant une partie de ses secrets dans la tombe. Plus agaçant encore, Marshall parvient à se faire passer pour une victime après avoir été blessé. Voir l'institution retourner la situation à son avantage en dit long sur le propos des scénaristes. Alice a été agressée par cet homme, mais dans cet univers, sauver les apparences prime toujours sur la quête de vérité.

 

Du côté de la vie personnelle d'Alice, la relation avec Danny trouve une forme de répit. Danny comprend enfin qu'il ne pourra ni la réparer, ni effacer le calvaire qu'elle a traversé. C'est ce qui rend leurs échanges plus sincères. Il accepte simplement d'être présent, notamment lors de cette scène sous la douche qui prend une dimension particulière au vu du traumatisme d'Alice. Pour autant, sa présence ne fait pas office de remède miracle. Alice n'est pas guérie du jour au lendemain sous prétexte qu'elle est aimée, et il faut saluer le choix des scénaristes de ne pas transformer Danny en sauveur parfait. Nora termine la saison dans une posture délicate. Mis à l'écart et humiliée par Ed, le personnage doit gérer ses propres failles. Elle reste pourtant la seule capable de comprendre la métamorphose d'Alice.

 

Ce qu'elle répète depuis le départ prend tout son sens dans ce final : pour tenir dans ce milieu, il faut accepter de regarder la réalité en face, aussi sombre soit-elle. Nora est déjà passée par là, et Alice prend exactement le même chemin. Le dernier quart d'heure fait basculer la série dans une tout autre dimension. Alice se décide enfin à visionner la vidéo de son adolescence. La réalisation fait le choix intelligent d'éviter le voyeurisme pour se concentrer uniquement sur le visage d'Alice et la déferlante d'émotions qui la traverse. Puis vient le coup de grâce : elle découvre le nombre de téléchargements du fichier. Quelque chose casse définitivement à ce moment précis. Jusqu'ici, sa souffrance appartenait au passé. Elle réalise soudain que son traumatisme vit encore sur les écrans de milliers d'inconnus. 

 

Son regard final en dit long : l'heure n'est plus du tout au pardon ou à la reconstruction passive. Catherine lui posait une question troublante plus tôt dans la saison sur la sensation de pouvoir que procure la vengeance. Alice commence à y trouver un certain intérêt. La grande force de ce dernier épisode est de rendre la transformation d'Alice crédible. Rien n'est parachuté. L'Alice du pilote aurait regardé Catherine avec dégoût, alors que celle de l'épisode 8 la comprend parfaitement. La saison 1 de Furious ne ferme pas vraiment la porte, elle déplace le problème. La question n'est plus de savoir si les coupables seront châtiés, mais de savoir jusqu'où Alice est prête à aller maintenant qu'elle a goûté à une forme de rétribution. 

 

Catherine est en prison, Nora reste en embuscade, Danny tente de garder le contact et Jay Easton n'est plus là. Mais le demi-sourire d'Alice dans le tout dernier plan laisse présager une saison 2 bien plus sombre. La victime n'a plus du tout envie de jouer selon les règles.

 

Note : 9/10. En bref, un final percutant qui refuse les résolutions faciles et assume d'assombrir son propos en faisant vaciller la morale de son héroïne. Une conclusion maîtrisée et dérangeante qui pose des bases fascinantes pour la suite en transformant définitivement le statut de la victime.

Disponible sur Disney+

 

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