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Critique Ciné : Juste après l'aube (2026, Ciné+ OCS)

Critique Ciné : Juste après l'aube (2026, Ciné+ OCS)

Juste après l’aube // De Olivier Boillot. Avec Charlie Anson, Aïssa Maïga et Mehmet Kurtuluş.

 

Quand le cinéma français décide de s’aventurer dans la science-fiction post-apocalyptique, je suis toujours curieux de voir le résultat. Le projet avait sur le papier de quoi intriguer avec son point de départ mystérieux et la promesse d’un univers complètement chamboulé. Pourtant, une fois l’écran noir revenu, il faut bien constater que l’essai n’est pas transformé. L’expérience laisse un goût d’inachevé. Le film souffre d’une vraie lenteur, d’une histoire trop vague et d’une réalisation qui manque cruellement de prise de risque. Le long-métrage cherche clairement à poser son univers avec calme. Le réalisateur prend son temps pour introduire les éléments et accumuler les questions. 

 

Face à une Terre qui ne répond plus, les astronautes de la mission lunaire Atlas tentent un retour d'urgence à l'aveugle. Ils pensaient retrouver leur foyer, mais découvrent un monde figé où l'humanité semble s'être volatilisée du jour au lendemain. Dans ce silence inexplicable, une menace inconnue les attend aux premières lueurs du jour...

 

Ce genre de choix peut très bien fonctionner quand ça permet de faire monter la pression ou d'approfondir la psychologie des personnages. Mais ici, la mayonnaise ne prend pas vraiment. Si les premières minutes accrochent l'attention, l’intérêt chute assez rapidement. Les scènes s'enchaînent sans apporter de véritables réponses ou de nouveaux éléments. L’impression de tourner en rond revient souvent durant la projection. Le souci n’est pas uniquement la lenteur en elle-même. Un bon film de SF n’a pas besoin d'enchaîner les explosions ou les cascades pour garder son public éveillé. Il faut simplement que l’ambiance, les thèmes ou la force des personnages prennent le relais. 

 

C'est précisément là que le bât blesse : le film ne trouve jamais le bon équilibre et finit par étirer inutilement son récit. Tout n’est pas à jeter pour autant. Le grand point fort du film reste incontestablement sa photographie. Les paysages de la campagne française, les ruelles du village et les décors naturels apportent une vraie personnalité visuelle. Ce cadre rural crée d'ailleurs un contraste captivant avec les codes habituels de la science-fiction et l’idée d’une civilisation bouleversée. Placer le cœur de l’intrigue dans un village de Corrèze est une excellente idée. Loin des métropoles détruites ou des environnements futuristes surutilisés, cette approche donne une vraie couleur locale. 

 

Voir le quotidien continuer son cours dans une nature paisible pendant qu’une menace plane en fond fonctionne plutôt bien à l’image. Seulement, ce joli cadre ne suffit pas à faire oublier les faiblesses d’écriture. La mise en scène reste très sage, presque trop classique. Elle manque d'angles forts ou d'idées visuelles marquantes pour donner de l'ampleur à cet univers. Pour un film qui se revendique du genre fantastique et d’anticipation, j'espérais une patte artistique beaucoup plus affirmée, que ce soit dans les décors ou dans la façon de filmer l'impact du drame. De belles images ne remplacent pas un vrai scénario. C’est vraiment sur le plan de l’écriture que le film me déçoit le plus. 

 

L'histoire lance plusieurs pistes captivantes et semble amener le spectateur vers des révélations majeures. Mais les réponses arrivent au compte-gouttes, quand elles ne sont pas simplement éludées au profit d’autres mystères. Conserver une part d'ombre est souvent une excellente technique de narration. Ça motive à rester attentif et à guetter le moindre indice. Mais cela exige de la précision. On doit ressentir que les pièces du puzzle finiront par s’assembler d'une manière ou d’une autre. Ici, la confusion prend vite le dessus et génère de la frustration. Plusieurs pistes sont lancées puis abandonnées en cours de route. Les personnages semblent parfois avancer sans but précis, ce qui détache complètement des enjeux.

 

L'aspect post-apocalyptique manque lui aussi de crédibilité. Le film évoque un monde effondré, mais n'en développe jamais concrètement les répercussions au quotidien. Certaines réactions semblent incohérentes, ce qui casse la suspension d'incrédulité. Quant au final, il tente de recoller les morceaux de manière trop confuse. Une fin ouverte peut être stimulante, mais elle doit s'appuyer sur une trame solide. Ici, la sensation d'un scénario pas totalement fini l'emporte. L'interprétation globale pose également problème. Plusieurs dialogues tombent à plat et certaines réactions manquent de naturel. Résultat : il devient très difficile d'accrocher aux personnages et de trembler pour eux.

 

Le choix de mélanger le français et l'anglais n'est pas une mauvaise idée en soi. Cela aurait pu apporter une touche de réalisme bienvenue. Mais encore faut-il que les comédiens soient parfaitement à l'aise et que le texte coule naturellement. Dans plusieurs scènes, le jeu sonne faux et manque d'assurance. Comme le récit repose presque entièrement sur les échanges entre les protagonistes plutôt que sur l'action, ce manque de justesse saute immédiatement aux yeux et alourdit encore le rythme. Il y avait pourtant du potentiel pour proposer un projet singulier dans le paysage du cinéma de genre français. Ce décor champêtre, cette belle lumière et ce mystère de départ formaient une bonne base pour un film d'atmosphère réussi, même sans moyens colossaux.

 

Malheureusement, de bonnes intentions ne font pas un grand film. Le manque de rythme, la réalisation convenue, les incohérences de l'histoire et le jeu d'acteurs inégal finissent par prendre le dessus. Le long-métrage entretient le mystère sans savoir où il va, et la conclusion laisse sur sa faim. Je retiens la qualité de la photo et quelques bonnes intuitions visuelles. Pour le reste, le constat est amer. 

 

Note : 2/10. En bref, Juste après l’aube confond malheureusement narration mystérieuse et absence de réponses. Malgré son originalité et ses décors naturels, le résultat manque trop de maîtrise pour convaincre.

Sorti le 18 octobre 2026 directement sur Ciné+ OCS

 

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À propos
delromainzika

Moi c'est Romain, Lyonnais, accro aux écrans depuis toujours. En 2006, j'ai commencé à écrire mes avis sur les séries que je regardais… et je ne me suis jamais arrêté. Vingt ans et plus de 900 séries plus tard, je continue de tout regarder, épisode par épisode : les grosses sorties Netflix, les pépites qui passent sous les radars, les séries qu'on suit depuis dix saisons et les films qui font parler. Mes critiques sont franches, parfois enthousiastes, parfois sévères, toujours sincères. Bref, si vous ne savez pas quoi regarder ce soir, vous êtes au bon endroit 🍿
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