Dark Matter (Saison 2, épisodes 8 et 9) : des retrouvailles bouleversantes et un multivers au bord du chaos
La deuxième saison de Dark Matter continue de jouer avec les nerfs des spectateurs en multipliant les versions de ses personnages et les portes ouvertes par le multivers. Les épisodes 8 et 9 prennent pourtant deux directions bien distinctes. Le premier mise sur l'émotion et les rencontres inattendues, tandis que le second accélère les choses pour rappeler que chaque passage entre les mondes laisse des traces. Entre les retrouvailles de Charlie, les plans de Jason et les dangers liés à la boîte, la série Apple TV continue de creuser une question simple : jusqu'où peut-on aller pour réparer le passé ?
L'épisode 8 prend le temps de poser ses valises sur une intrigue qui aurait pu sembler secondaire, mais qui donne une vraie épaisseur à la saison. Jason et Amanda, toujours coincés par leurs voyages, trouvent refuge chez Laurel. Cette dernière a pris l'habitude d'accueillir les voyageurs égarés dans son salon. Elle incarne un point fixe et rassurant dans un univers où tout peut s'effondrer en quelques secondes. J'ai bien aimé la place qu'on lui donne ici. Laurel ne cherche pas à comprendre tous les mystères pour en tirer profit. Elle aide les gens, point final. Son attitude change de celle des autres personnages, souvent obnubilés par leurs propres buts. Derrière son sens de l'accueil se cache pourtant un parcours lourd.
Elle a connu un monde autoritaire, violent et marqué par le deuil, ce qui explique sa prudence. Ce portrait montre que Dark Matter ne se contente pas de jongler avec des réalités alternatives. La série regarde aussi comment les chocs de la vie modifient notre rapport aux autres. Laurel a trouvé son équilibre, même s'il passe par l'isolement. Elle n'a pas besoin de croiser une autre version d'elle-même pour avancer. Ça résonne beaucoup avec le parcours de Jason et Amanda, qui cherchent juste un endroit où souffler. Leur relation évolue aussi de manière naturelle. Après tout ce qu'ils ont traversé, une vraie proximité s'est installée. Leur affection devient dure à ignorer, même si la situation reste un sac de nœuds.
Jason veut sa famille, et Amanda sait bien qu'elle ne remplacera pas Daniela. Ce rapprochement fonctionne sans en faire des tonnes, malgré les dilemmes moraux. L’épisode sort aussi de son chapeau une surprise autour de Jason. Tomber sur Charlie montre bien à quel point il devient compliqué de s'y retrouver entre toutes les versions d'un même personnage. Chaque choix fait dans la boîte ouvre une route différente, avec son lot d'espoirs et de casseroles. C'est un peu exigeant à suivre, mais ça renforce le côté tragique : pendant qu'un Jason s'en sort, un autre galère exactement pour les mêmes raisons. J'aime bien cette façon de faire un pas de côté, même si le rythme risque d'en agacer certains qui préfèrent quand ça avance droit au but.
L'épisode 8 choisit d'étoffer ses personnages plutôt que de balancer des rebondissements toutes les dix minutes. Ce choix marche grâce à Laurel, qui donne de la chair à cette parenthèse. La boîte envoie les gens n'importe où, mais ce sont les liens qu'on tisse en route qui comptent vraiment. Avec l'épisode 9, l'ambiance change radicalement. Les expériences autour de la boîte commencent à sérieusement déraper, surtout quand l'agent MacNamara décide de creuser un peu trop loin. Sa curiosité se comprend, mais il franchit une ligne rouge. À force de vouloir piloter un truc qui le dépasse, il se prend la réalité en pleine face. Son parcours illustre le gros point noir de cette saison : savoir ne veut pas dire contrôler.
La boîte offre des possibilités folles, mais elle expose ses utilisateurs à des risques impossibles à anticiper. Les mondes visités ne sont pas des laboratoires de test. Il y a des gens, des histoires et des vies entières qui peuvent exploser à cause d'un voyageur de passage. Le cas de Leighton va dans le même sens. Persuadé qu'il va sauver le monde avec ses trouvailles, il oublie complètement la casse qu'il provoque derrière lui. Son intervention dans un monde ravagé par des frelons montre bien que ses grandes idées donnent des résultats catastrophiques. J'aime beaucoup cet angle : la série refuse de peindre la science en baguette magique capable de régler tous les soucis des humains.
Pendant ce temps-là, les deux Jason se retrouvent pour un face-à-face qui va bien plus loin que le simple duel entre le gentil et son double. Leur discussion sur les choix qui les ont séparés à 28 ans pose une vraie question : qu'est-ce qui fait ce qu'on est ? Jason2 cherche des réponses, tandis que Jason comprend enfin que sa vie n'est pas qu'une suite de bons ou de mauvais choix. Les rencontres et les hasards ont aussi façonné sa route. J'ai trouvé cette partie réussie parce qu'elle évite le piège du méchant de service un peu trop facile. Leurs différences sautent aux yeux, mais leurs points communs font froid dans le dos. Chaque version de Jason n'est qu'une option parmi d'autres, sans qu'aucune ne vienne effacer les autres.
L'autre gros morceau concerne Charlie. En croisant une version de son frère Max qui a tenu le coup, il trouve enfin une forme d'apaisement face à un vieux deuil que les voyages ne pouvaient pas effacer. Ça lui donne aussi un aperçu d'une famille où certaines blessures n'ont jamais saigné. Cette scène fait mouche, mais elle rappelle aussi le piège du multivers. Retrouver quelqu'un dans une autre réalité ne redonne pas sa propre vie. Le bonheur est peut-être là, derrière une porte, mais il appartient parfois à quelqu'un d'autre. La toute fin de l'épisode 9 ramène tout le monde vers la boîte et l'idée de la neutraliser pour de bon. Jason et Blair réalisent vite que ce ne sera pas simple de juste appuyer sur un bouton.
Les boîtes sont connectées entre elles, et tout éteindre risque de condamner ceux qui sont encore perdus dans d'autres dimensions. Le souci, c'est que Daniela et Charlie continuent de vadrouiller. Jason ne sait pas tout de leur situation, et son plan devient méchamment risqué. En voulant stopper les catastrophes, il risque de se couper définitivement des siens. C'est exactement ce dilemme qui donne toute sa force à Dark Matter. Casser la machine peut sauver des gens, mais ça condamne d'autres à rester dehors. À l'inverse, laisser tourner le bazar, c'est accepter que n'importe qui continue de jouer avec le feu.
Le final de l'épisode 9 laisse planer une sacrée ombre : Jason pourrait bien réussir à fermer les portes du multivers au moment exact où sa famille en a encore besoin. Après s'être battu pour les retrouver, il va devoir choisir entre les protéger ou garder l'espoir de les revoir. Et dans cet univers, la décision la plus logique ouvre toujours la voie au pire.
Note : 7/10. En bref, ces deux épisodes confirment ce que fait bien la série, et ses petits défauts aussi. Le côté psychologique prend le pas sur l'action pure, ce qui aide la série à sortir du lot de la science-fiction basique. J'aurais juste aimé un dosage un peu plus régulier entre les états d'âme et l'intrigue pure.
Disponible sur Apple TV
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