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Critique Ciné : Rolling (2026, direct to SVOD)

Critique Ciné : Rolling (2026, direct to SVOD)

Rolling // De Robert DeBoucher et Ethan Spotts. Avec Cora Cleary, Vaune Suitt et Justin Powell.

 

Rolling, c'est le genre de petit film indépendant qui débarque sans prévenir et qui décide d'envoyer valser les règles habituelles du polar. Réalisée par Robert DeBoucher et Ethan Spotts, cette comédie noire se plonge la tête la première dans le crime, l'humour grinçant et une bonne dose d'hallucinations visuelles. On y suit deux jeunes femmes dont la vie déjà compliquée part complètement en vrille après un règlement de comptes qui tourne au fiasco. Entre les factures qui s'accumulent, les choix absurdes pris sous le coup de la panique et les mauvais garçons qui rôdent, Alice et Viv font ce qu'elles peuvent pour sauver leur peau.

 

Un jeune couple affronte son propriétaire au sujet du loyer, pour se retrouver dépassé lorsque des événements inattendus deviennent incontrôlables.

 

C'est foutraque, c'est imparfait, mais ça a le mérite d'avoir une vraie gueule face aux productions calibrées qu'on se retape à la chaîne. Toute l'histoire démarre par un problème affreusement concret. Alice et Viv accumulent les tuiles. Alice vient tout juste de se faire virer de son job de mécano, et pour couronner le tout, leur proprio débarque avec une nouvelle augmentation de loyer impossible à payer. Exaspérées et au bord du gouffre, elles décident d'aller s'expliquer directement avec lui. Le rendez-vous a lieu sur son yacht, un décor luxueux qui montre d'emblée le décalage géant entre ce type et la réalité de ses locataires. Évidemment, la discussion s'envenime. 

 

Ça crie, ça pousse, et le propriétaire finit mort par accident. Panique à bord. Au lieu de prévenir la police, les deux filles choisissent d'improviser. Elles tombent alors sur une planque de drogue appartenant au défunt et se disent que c'est l'occasion rêvée de refaire leur retard financier. Résultat : chaque décision qu'elles prennent pour s'en sortir ne fait que les enfoncer un peu plus profondément dans le pétrin. Ce qui marche bien dans le scénario, c'est cette idée de parachuter deux personnes totalement ordinaires au milieu d'un engrenage criminel qui les dépasse. Alice et Viv ne sont pas des braqueuses chevronnées ni des génies du crime. Elles agissent dans l'urgence absolue, enchaînent les bêtises et aggravent leur cas à chaque minute. 

 

C'est souvent bancal, mais ça rend leur parcours étrangement humain. On comprend leur désarroi. Le film pose aussi une critique sociale sans en faire des tonnes : la précarité, la hausse des loyers, l'angoisse du lendemain. Avant même le drame du yacht, Alice était déjà rincée par la vie. La spirale criminelle qui suit ressemble presque à une métaphore XXL de la charge mentale qu'elles se traînent au quotidien. Le gros point fort de Rolling repose sur l'alchimie entre ses deux actrices. Cora Cleary prête ses traits à Alice, une fille à bout de nerfs, rongée par la pression financière. On sent chez elle une colère permanente, prête à exploser à la moindre étincelle, mais aussi une grande vulnérabilité. 

 

Ses réactions sont parfois absurdes, mais elles découlent d'une peur viscérale de tout perdre. En face, Vaune Suitt joue Viv avec une énergie radicalement différente. Elle aborde la crise avec une nonchalance de façade et un humour pince-sans-rire très efficace pour masquer son effroi. C'est elle qui apporte la plupart des répliques amusantes du film. Leur duo fonctionne parce qu'il sonne juste dans la détresse : elles s'engueulent, prennent des risques stupides, mais restent soudées quoi qu'il arrive. Les interprétations manquent parfois un peu de bouteille dans certaines scènes plus dramatiques, mais cette maladresse colle finalement assez bien à des personnages qui naviguent à vue.

 

Côté secondaires, le casting tient la route, notamment grâce à Justin Powell dans le rôle de Smiley. Le type incarne une menace sourde, d'autant plus effrayante que son calme olympien tranche net avec le bric-à-brac émotionnel des deux héroïnes. Il n'a pas besoin de hurler pour qu'on comprenne qu'il ne faut pas rigoler avec lui. Sur la forme, les deux réalisateurs collent au plus près de la panique de leurs personnages. La caméra est nerveuse, les décors sont étroits, les dialogues se chevauchent et le montage dynamique maintient une vraie sensation d'étouffement. Le Los Angeles dépeint ici n'a rien à voir avec les cartes postales ensoleillées d'Hollywood. 

 

On se balade dans des quartiers poisseux, des appartements trop petits et des ruelles sombres. La photo s'amuse avec des teintes très chaudes le jour et des néons saturés la nuit, donnant aux errances nocturnes un côté presque fantastique. La bande-son composée par Zach Simao vient ajouter une couche de bizarrerie bienvenue pour souligner les glissements vers le comique absurde ou le pur thriller. Après, tout n'est pas irréprochable. Le film a tendance à trop en faire par moments. Toute une séquence sous l'emprise de drogues tire en longueur et finit par fatiguer les yeux plus qu'autre chose. 

 

Vouloir retranscrire le bad trip des personnages par des effets visuels et sonores saturés est une idée valable, mais à trop insister, le rythme en prend un coup. Rolling confond parfois générosité visuelle et surcharge inutile. Si l'on fait le bilan, cette comédie noire réussit quand même son pari en oscillant sans cesse entre rigolade, tension et petites touches d'horreur psychologique. Alice et Viv sont loin d'être parfaites, elles font fausse route régulièrement, mais on s'attache à leur galère. On est face à une vraie production indépendante qui a des défauts de jeunesse et des problèmes d'écriture, mais qui dégage un charme indéniable.

 

Note : 6/10. En bref, Rolling vaut le détour si vous aimez le cinéma indépendant un peu brut, les héroïnes galériennes et les histoires de poisse qui dérapent. Le film manque parfois de maîtrise et aurait gagné à être un brin plus resserré au montage, mais l'énergie est là, sincère et communicative. Ça donne carrément envie de voir ce que Robert DeBoucher et Ethan Spotts proposeront pour leur prochain coup.

Prochainement en France en SVOD

 

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delromainzika

Moi c'est Romain, Lyonnais, accro aux écrans depuis toujours. En 2006, j'ai commencé à écrire mes avis sur les séries que je regardais… et je ne me suis jamais arrêté. Vingt ans et plus de 900 séries plus tard, je continue de tout regarder, épisode par épisode : les grosses sorties Netflix, les pépites qui passent sous les radars, les séries qu'on suit depuis dix saisons et les films qui font parler. Mes critiques sont franches, parfois enthousiastes, parfois sévères, toujours sincères. Bref, si vous ne savez pas quoi regarder ce soir, vous êtes au bon endroit 🍿
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