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Critique Ciné : Charlie’s Country, aborigène perdu

24 Décembre 2014 , Rédigé par delromainzika Publié dans #Critique Ciné

Critique Ciné : Charlie’s Country, aborigène perdu

Charlie’s Country // De Rolf de Heer. Avec David Gulpilil et Peter Djigirr.


Rolf de Heer, à qui l’on doit déjà le très bon 10 Canoes était dans la sélection Un Certain Regard lors du dernier Festival de Cannes. David Gulpilil, incarnant le fameux héros de ce film, a remporté le prix du meilleur acteur dans cette sélection. Un prix qu’il m’a pas volé. Loin de là. Nous raconter l’histoire d’un aborigène perdu est tout de même quelque chose qui a de quoi fasciner. La façon dont tout cela se met en place est là aussi encore une fois plutôt bien rythmé, donnant l’occasion au spectacle de rapidement s’immerger dans l’univers du héros dans une Australie moderne. Car oui, le but de Charlie’s Country est de nous faire état de ces gens qui vivent différemment des autres. Il y a beaucoup de choses dans ce film qui laisse à penser que l’on est face à une sorte de fable, pas toujours joyeuse, d’une vie qui se voulait loin du système et qui va finalement le rattraper malgré lui. Le film repose surtout sur le charisme de David Gulpilil qui parvient dès le début à nous absorber par son regard, sa façon d’être et de s’exprimer. On sent que cet homme n’a pas été souillé par la société moderne et capitaliste. On pourrait par ailleurs voir un film de voyeurisme mais c’est bien plus que ça car dans sa contemplation, Rolf de Heer nous fait une réelle proposition de cinéma.

Habitant dans une communauté aborigène éloignée au nord de l’Australie, Charlie est un guerrier qui n’est plus au mieux de sa forme. Au fur et à mesure que le gouvernement renforce son contrôle sur la manière de vivre traditionnelle de la communauté, Charlie se perd entre deux cultures. Sa nouvelle vie moderne lui offre un moyen de survivre, mais c’est une vie sur laquelle il n’a aucun pouvoir. Après la confiscation de son fusil, de sa lance récemment façonnée et de la jeep de son meilleur ami, Charlie en a assez et s’en va tout seul dans la brousse pour suivre l’ancien mode de vie. Cependant, Charlie ne pouvait pas prévoir où son voyage allait l’emmener, ni dans quelle mesure la vie a changé depuis les temps anciens.

On est proche de l’univers du documentaire ethnologique alors que l’on plonge dans la vie d’un homme qui n’est pas fait pour notre monde moderne et qui ne peut donc se plier aux lois comme nous nous y plions chaque jour. C’est là que les choses vont forcément commencer à devenir intéressante alors que l’on regarde Charlie tomber dans l’alcool après avoir écumé la nature avec lui dans la première partie du film. Rolf de Heer a tout de même le mérite de nous proposer de voir une version qui semble peu accessible et reculée de l’Australie. On sent aussi que le réalisateur veut faire un réel constat, démontrant la condition des aborigènes de nos jours et un peu comme on avait pu le voir dans Le Nouveau Monde de Terrence Malick par exemple il y a une vraie critique de l’homme blanc qui n’est pas chez lui et qui a simplement envahie ces terres. C’est là que le film prend tout son sens car il y a tout un tas de lectures sous jacentes qui apportent beaucoup plus à cette fable que l’on ne pourrait le penser au premier abord. Le portrait brossé de Charlie n’est qu’un arbre qui cache une forêt. Derrière ce film il y a une volonté de montrer que les aborigènes sont traités comme des étrangers alors qu’ils sont ici chez eux.

Le film n’a pas pour autant de réelle histoire. Le but n’est pas de suivre quelque chose de linéaire et le côté complètement foutraque et décousu de Charlie’s Country le rend encore plus efficace. Car c’est justement ce qui participe à nous donner l’impression d’un documentaire d’une force inouïe. Car le principal atout de ce film c’est finalement les errances de son héros. Charlie erre tout au long du film alors que le destin tente de le transporter de scènes en scène. Le moins que l’on puisse dire c’est que le bout fonctionne terriblement bien et prouve encore une fois que Rolf de Heer sait très bien de quoi il parle quand il parle de son pays et de ses personnages les plus originaux. David Gulpilil est un ami de Rolf de Heer avec qui il a co-écrit le scénario de Charlie’s Country. Le premier y raconte en grande partie sa propre vie puisqu’il a connu l’alcool et ses déboires. Je pense que l’amitié qui lie les deux hommes est l’une des grandes sources de réussite de ce film et permet d’aller au plus profond du personnage et de sa condition, de ses addictions et de sa singularité.

Note : 8/10. En bref, le cinéma australien a de quoi surprendre avec un film du terroir proche du documentaire.

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