9 Juillet 2026
Marave // De Adrien Piquet-Gauthier et Nathanaël Guedj. Avec Ramzy Bedia, Redouane Bougheraba et Ava Baya.
Avec Marave, Amazon Prime Video vient d'enrichir sa collection de productions françaises foireuses avec un projet qui se présentait comme le mélange ultime entre l'humour lourd et l'univers des octogones. Réalisé par la paire Adrien Piquet-Gauthier et Nathanaël Guedj, le long-métrage aligne des visages bien connus des amateurs de stand-up et de comédie populaire : Redouane Bougheraba, Ramzy Bedia et Ava Baya. Sur le papier, l'alliance de la baston moderne et du second degré offrait une promesse plutôt stimulante. J’imaginais déjà une comédie rythmée, capable de parodier les codes des arts martiaux mixtes tout en livrant des dialogues percutants. C’est du moins ce que le marketing essayait de nous faire croire.
Quand leur père tombe malade, Manolo, forain naïf au grand cœur, retrouve Georges, son frère aîné qui les a abandonnés vingt ans plus tôt. D’abord décidé à se débarrasser de lui, Georges, coach sportif bancal et magouilleur, découvre pourtant en ce colosse à la force brute, une opportunité inespérée : enfin briller aux yeux de tous, et surtout de sa fille. Avec l’aide d’Ania, combattante daghestanaise au caractère bien trempé, ils se lancent dans le pari insensé de transformer Manolo en champion de MMA ! Mais pour atteindre le sommet, ils devront affronter le combat pour lequel ils sont le moins préparés… celui de redevenir une famille.
La réalité du visionnage s'avère nettement mais alors nettement plus douloureuse qu'un clé de bras bien placée. Le film donne rapidement la désagréable impression d'avoir confondu dynamisme et précipitation, laissant le spectateur face à un vide scénaristique assez sidérant. L'intrigue choisit délibérément de ne rien inventer, ce qui pourrait passer pour un parti pris de légèreté si le strict minimum syndical était assuré. Dès le départ, Marave affiche son intention de privilégier les situations absurdes au détriment d'un fil conducteur solide. Le problème majeur est que cette absence de structure transforme le récit en une corvée linéaire. Les scènes s’enchaînent de façon purement mécanique, comme si l'écriture s'était contentée de relier de vagues sketchs par des transitions grossières pour nous amener, tant bien que mal, jusqu'à la prochaine bagarre.
Le film avance à un rythme effréné, mais cette vitesse cache surtout une incapacité flagrante à poser le moindre enjeu dramatique. Les personnages traversent le récit sans qu'on apprenne jamais à les connaître ni à s'attacher à leurs trajectoires. Certaines séquences capitales sont liquidées en trente secondes, tandis que des gags épuisants s'étirent sur de longues minutes sans aucune justification narrative. À force de vouloir courir partout sans savoir où il va, le film finit logiquement par faire du surplace. Marave donne la désagréable impression d'avoir été écrit durant une pause café, entre deux répétitions de stand-up, en oubliant que le cinéma demande un tout petit peu plus de structure qu'une suite de punchlines périmées.
Vendu comme le fer de lance de la comédie d'action francophone de cette saison, Marave s'appuie presque exclusivement sur la tchatche de ses têtes d'affiche. C'est précisément sur ce terrain que le désastre se confirme. La quasi-totalité des vannes repose sur des insultes faciles, des réactions outrancières et des clichés particulièrement usés. Si deux ou trois répliques parviennent à arracher un rictus de surprise, la majorité des tentatives tombe à plat dans un silence gênant. On recycle ici les vieilles recettes éculées du cinéma comique national, sans jamais y injecter la moindre trace de nouveauté. La mise en scène tente parfois de calmer le jeu en glissant des instants plus intimistes ou émotionnels, sans doute pour donner une illusion de profondeur à l'ensemble.
Ces ruptures de ton tombent comme un cheveu sur la soupe. Sans aucune préparation narrative, ces tentatives de sensibilité paraissent forcées et ne font que casser le peu de rythme que les combats essayaient tant bien que mal d'installer. Concernant la distribution, on ne peut pas reprocher aux acteurs de manquer de bonne volonté, même s'ils semblent surtout rejouer leurs propres caricatures habituelles. Redouane Bougheraba se cantonne strictement au registre que son public connaît déjà par cœur. Il incarne le type dépassé, maladroit et braillard. Si son énergie habituelle évite parfois au film de s'endormir totalement, elle ne suffit jamais à masquer la pauvreté des lignes qu'il doit réciter face caméra.
Ramzy Bedia joue une fois de plus la carte de l'homme désabusé et fatigué par les événements absurdes qui l'entourent. C'est un rôle qu'il maîtrise et qui offre de rares moments passables, mais le manque cruel d'épaisseur de son personnage l'empêche de briller ou de surprendre. Ava Baya tente d'apporter un peu de fraîcheur et de sérieux au milieu de ce duo de clowns, mais son rôle subit le même traitement de faveur : un développement inexistant qui la réduit à une fonction purement utilitaire. Le casting fait ce qu'il peut, c'est-à-dire pas grand-chose vis-à-vis d'un script aussi indigent. Le seul domaine où Marave ne rate pas totalement sa cible réside dans l'exécution de ses affrontements physiques. Les chorégraphies s'avèrent plutôt lisibles et apportent une vivacité qui tranche nettement avec la mollesse des phases de comédie.
Les réalisateurs semblent d'ailleurs beaucoup plus à l'aise lorsqu'il s'agit de filmer des droites et des projections plutôt que de mettre en valeur un dialogue humoristique. La caméra trouve enfin un semblant de place et d'identité durant ces quelques minutes d'action pure. Pour autant, les véritables passionnés de MMA risquent de se sentir profondément floués. La discipline sportive sert uniquement de toile de fond interchangeable. Le film utilise l'imagerie de la cage comme un simple argument marketing sans jamais chercher à en retransmettre la réalité, la technique ou l'intensité stratégique. Si vous cherchez de la crédibilité sportive, il faudra définitivement passer votre chemin.
Sur le plan visuel, la réalisation affiche une platitude académique désolante. La caméra se contente d'enregistrer les déplacements des acteurs sans proposer la moindre idée de mise en scène ou d'ambiance visuelle forte. Le montage essaie de sauver les meubles mais ne peut masquer l'aspect décousu de la production, qui s'apparente davantage à une compilation de vidéos pour réseaux sociaux qu'à un véritable objet de cinéma. Les dialogues manquent cruellement de naturel, donnant l'impression tenace que chaque réplique a été écrite uniquement pour caser un bon mot, quitte à détruire toute cohérence dans les conversations.
Le manque d'ambition artistique reste le principal fléau de cette production. Marave cherche simplement à occuper l'écran pendant 90 minutes sans jamais essayer de construire quelque chose de mémorable ou de singulier. Une comédie peut parfaitement assumer sa légèreté si le rire est au rendez-vous, mais l'irrégularité chronique des gags condamne le film à l'oubli immédiat dès le générique de fin entamé.
Note : 2/10. En bref, c’est un divertissement jetable qui s'efface de la mémoire aussi vite qu'il a été consommé. Une fois l'écran éteint, il ne reste absolument rien de cette aventure, si ce n'est le regret d'avoir perdu une heure et demie devant un tel naufrage. Une proposition dispensable qui illustre une fois de plus les dérives de la comédie industrielle calibrée pour Amazon Prime Video.
Sorti le 7 juillet 2026 directement sur Amazon Prime Video
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