Critique Ciné : Xeno (2025, direct to SVOD)

Critique Ciné : Xeno (2025, direct to SVOD)

Xeno // De Matthew Loren Oates. Avec Lulu Wilson, Wrenn Schmidt et Paul Schneider.

 

Les films sur les enfants qui se lient d’amitié avec des extraterrestres ont toujours eu un certain charme. Depuis E.T. de Spielberg, le public a pris goût à ces histoires où l’innocence humaine rencontre l’inconnu cosmique. Mais Xeno, premier long-métrage de Matthew Loren Oates, préfère troquer la tendresse sucrée pour quelque chose de plus dérangeant. Ici, l’extraterrestre ne brille pas dans la nuit : il suinte, grogne et fait naître une angoisse qu’on n’attendait pas forcément dans ce type de récit. Et c’est précisément ce qui rend le film intéressant, même s’il n’échappe pas toujours à ses influences. L’histoire suit Renee, une adolescente de quinze ans un peu sauvage, isolée dans un coin désertique du Nouveau-Mexique. 

 

Une adolescente se lie d'amitié avec un extraterrestre.

 

Elle vit avec sa mère Linda, épuisée et dépendante d’un compagnon alcoolique et violent, Chase. Le père de Renee est mort depuis peu, et le deuil a laissé un vide que personne ne parvient à combler. Dans cette atmosphère lourde, la jeune fille se réfugie dans sa passion pour les animaux “incompréhensibles” : serpents, araignées, scorpions. Des créatures que les autres fuient, mais qu’elle, comprend. Une nuit, dans le silence du désert, Renee découvre un vaisseau écrasé et un être étrange piégé dans un piège de chasseur. L’extraterrestre – qu’elle baptise Croak – n’a rien du compagnon attendrissant qu’on pourrait imaginer. Son apparence est inquiétante, presque organique, comme s’il était fait de chair et de métal. 

 

Mais Renee y voit autre chose : un être blessé, seul, qui comme elle, n’a plus confiance en personne. Elle décide de le cacher dans la cave de la maison familiale, ignorant que des agents gouvernementaux sont déjà sur sa trace. Ce que Xeno réussit plutôt bien, c’est d’utiliser la rencontre entre l’humain et le non-humain comme métaphore de la solitude contemporaine. Croak, cette créature conçue par la mythique Jim Henson Creature Shop, n’est pas seulement un monstre ou un ami improbable : il devient une extension de Renee. Le film pose alors une question intéressante : qu’est-ce qu’une relation “authentique” dans un monde où tout, même les émotions, peut être simulé ou programmé ?

 

À travers cette idée, Xeno touche à quelque chose de très actuel. Renee, enfermée dans un environnement toxique, trouve refuge dans un lien artificiel — un peu comme ces applications où des gens se créent des compagnons virtuels pour combler un vide émotionnel. Croak n’est pas un alien au sens classique, mais un produit biologique militaire, une machine programmée pour infiltrer et détruire. Le parallèle est clair : quand une adolescente brisée met toute sa confiance dans un être conçu pour manipuler, la frontière entre affection et dépendance devient floue. Le film repose entièrement sur Lulu Wilson, qui incarne Renee avec une justesse impressionnante. 

 

Déjà remarquée dans des productions d’horreur comme Ouija: Origin of Evil ou Annabelle: Creation, elle trouve ici un rôle plus émotionnel que spectaculaire. Son regard, toujours sur la défensive, dit tout : la peur, la méfiance, mais aussi l’espoir d’une connexion sincère. C’est cette dualité qui fait tenir Xeno debout, même quand le scénario part dans plusieurs directions. Wrenn Schmidt apporte une vraie intensité à Linda, cette mère épuisée qui ne sait plus comment protéger sa fille ni elle-même. Paul Schneider, en compagnon alcoolique, incarne un danger permanent, crédible sans caricature. 

 

Autour d’eux, Trae Romano apporte un peu d’humour dans le rôle du seul ami humain de Renee, tandis que Josh Cooke campe un agent gouvernemental froid et inquiétant, symbole d’un pouvoir sans visage. Xeno ne se contente pas de copier E.T. ou Bumblebee ; il tord leurs codes. Là où ces films parlaient d’amitié et de découverte, celui-ci parle de violence et de méfiance. Le lien entre Renee et l’alien n’est pas innocent. Il est presque parasitaire : Croak la protège, mais il la contrôle aussi. À mesure que leur connexion devient plus forte, elle semble perdre un peu d’elle-même. Le film suggère même une liaison neurologique entre eux, comme si leurs esprits étaient connectés. 

 

Ce concept, à la croisée de la science-fiction et du drame psychologique, fait basculer l’histoire dans quelque chose de plus sombre : l’aliénation émotionnelle. Malheureusement, Xeno n’explore pas toujours à fond ce qu’il amorce. Oates veut dire beaucoup de choses — sur la jeunesse, le deuil, la technologie, le pouvoir, la peur — mais finit parfois par s’éparpiller. Certaines scènes comiques, notamment avec Gil, cassent la tension dramatique et donnent un ton hésitant. Et l’acte final, précipité, laisse un goût d’inachevé. Comme si le film, après avoir soigneusement bâti une relation fascinante, choisissait la facilité d’une conclusion ouverte.

 

Visuellement, Xeno séduit. Les plans du désert rappellent les grandes étendues solitaires des films de science-fiction des années 1980. Le jour, les images respirent la chaleur et la poussière ; la nuit, elles se parent de teintes bleutées et métalliques qui donnent au film une atmosphère presque onirique. Cette alternance jour/nuit accompagne bien la trajectoire émotionnelle de Renee : curiosité, peur, attachement, puis perte de contrôle. La mise en scène de Matthew Loren Oates, bien que propre et fluide, reste assez classique. Il connaît ses références, les cite avec respect, mais peine à s’en détacher complètement. 

 

Xeno ressemble parfois à un album de souvenirs cinéphiles, plus qu’à une œuvre pleinement singulière. Pourtant, on sent que le réalisateur a quelque chose à dire : que les monstres ne viennent pas forcément d’ailleurs, et que les humains ne sont pas toujours les victimes. Au fond, Xeno parle moins d’extraterrestres que de notre besoin maladif de connexion. Renee s’attache à Croak comme beaucoup s’attachent aujourd’hui à des présences artificielles. Elle cherche dans l’inhumain une compréhension qu’elle ne trouve pas chez les siens. Et ce faisant, elle s’éloigne un peu plus du réel. La force du film est là : dans cette lecture presque psychologique d’un genre souvent naïf.

 

L’alien n’est plus un simple visiteur, mais un miroir déformant de notre époque : celle où l’on confond attention et affection, où les liens virtuels remplacent les humains, où la solitude devient une habitude. Quand Renee choisit de protéger Croak au lieu de s’en détacher, elle fait un choix tragique : celui de l’amour absolu, mais sans réciprocité possible. Xeno n’est pas un film révolutionnaire, mais il réussit à faire de la science-fiction un miroir intime. Derrière ses faux airs de film d’aventure pour ados, il cache une réflexion sur la dépendance, la violence domestique et la soif de connexion dans un monde de plus en plus déshumanisé.

 

Note : 5/10. En bref, quand l’amitié extraterrestre devient un miroir de nos dépendances modernes. Malgré un scénario parfois dispersé et une fin abrupte, il laisse une trace : celle d’un film sincère, ancré dans notre époque, où l’extraterrestre devient le révélateur de notre propre étrangeté.

Prochainement en France

 

Retour à l'accueil

Partager cet article

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
À propos
delromainzika

Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog

Commenter cet article