20 Avril 2025
Ours d’or 2024 au Festival de Berlin, le documentaire fantastique DAHOMEY et ses statues vivantes réussissent le pari d’un film politique poignant. Fondé au 17ème siècle, le royaume africain du Dahomey était à l’époque d’une puissance considérable. Mais lorsque les troupes coloniales françaises l’envahissent, les villes et les palais sont pillés, et de nombreuses œuvres d’art sont saisies. Alors que le documentaire n’a pas forcément rempli les salles, ce Blu-ray édité par Blaq Out permet de découvrir ce documentaire et l’histoire qu’il convoque.
Ca parle de quoi ?
Novembre 2021, vingt-six trésors royaux du Dahomey s’apprêtent à quitter Paris pour être rapatriés vers leur terre d’origine, devenue le Bénin. Avec plusieurs milliers d’autres, ces œuvres furent pillées lors de l’invasion des troupes coloniales françaises en 1892. Mais comment vivre le retour de ces ancêtres dans un pays qui a dû se construire et composer avec leur absence ? Tandis que l’âme des œuvres se libère, le débat fait rage parmi les étudiants de l’université d’Abomey Calavi...
Ca vaut quoi ?
Le documentaire Dahomey, réalisé par Mati Diop, s’inscrit dans un contexte historique brûlant : la restitution par la France de 26 œuvres d’art au Bénin, pillées lors des campagnes coloniales de la fin du XIXe siècle. Couronné d’un Ours d’Or à la Berlinale, ce film court mais dense (1h08) suscite de nombreuses réactions. S’il se veut un geste fort en faveur de la mémoire, de la justice et de la réappropriation culturelle, il laisse également un goût d’inachevé. Ce qui frappe d’emblée avec Dahomey, c’est la puissance de son sujet.
Rarement un documentaire contemporain n’aura abordé avec autant de poésie et de frontalité la question de la restitution des œuvres d’art africaines. Ces pièces, arrachées à leur terre d’origine lors des campagnes militaires françaises, sont enfin rendues à leur peuple. Un retour hautement symbolique, incarné ici par une mise en scène originale : ce sont les statues elles-mêmes qui prennent la parole, comme si elles sortaient du silence séculaire imposé par l’exil et la vitrine muséale occidentale. Mais derrière cette originalité formelle, se cache un manque de clarté.
Le film se concentre presque exclusivement sur le point de vue béninois, à travers des échanges entre jeunes étudiant·es du pays. Si ces voix sont précieuses et légitimes, elles laissent peu de place à la contextualisation historique et diplomatique que l’on pourrait attendre d’un documentaire. Quelles ont été les négociations entre la France et le Bénin ? Pourquoi ce geste symbolique aujourd’hui, alors que des milliers d’œuvres dorment encore dans les musées européens ? À ces questions, Dahomey répond peu, voire pas du tout. Le film nous rappelle un fait brut mais saisissant : sur les 7 000 pièces pillées lors de la colonisation du Dahomey, seules 26 ont été restituées en 2021.
Ce chiffre minime soulève une question fondamentale, habilement posée dans le film : s’agit-il d’un début prometteur vers une justice culturelle, ou d’un geste insultant aux allures de bonne conscience néocoloniale ? La France cherche-t-elle à redorer son image sur le continent africain, tout en conservant l’essentiel de son butin patrimonial ? Le doute plane tout au long du film. La mise en scène, belle et audacieuse, contribue à cette atmosphère surréaliste, presque oppressante, où les œuvres « parlent » littéralement à la place des historiens.
L’originalité du procédé ne masque cependant pas un certain déséquilibre : à force de symbolisme et de parti-pris esthétique, le propos peine parfois à s’incarner pleinement dans une réflexion concrète. Mati Diop, déjà remarquée pour son film Atlantique, signe ici un documentaire très personnel, proche de l’essai cinématographique. On sent sa sensibilité de plasticienne dans chaque plan, chaque son, chaque mot de la voix off mystérieuse. Elle propose une vision singulière, presque mystique, du retour de ces trésors culturels. On admire la cohérence visuelle et sonore, la force de certaines séquences, et l’audace d’une forme qui refuse la linéarité classique.
Cependant, ce choix artistique a un coût : celui de l’accessibilité. Le spectateur lambda, peu familier de l’histoire du Bénin ou des enjeux géopolitiques de la restitution, risque de se perdre en route. Le film ne prend pas le temps d’expliquer, de documenter en profondeur, de relier les faits à un cadre plus large. Une approche plus didactique n’aurait pas été de trop pour renforcer l’impact du message. Dahomey est une œuvre nécessaire. Elle fait émerger des débats essentiels sur la mémoire, la propriété culturelle, et les séquelles du colonialisme. Elle donne la parole à une jeunesse africaine trop souvent réduite au silence dans les récits occidentaux.
Et surtout, elle questionne le spectateur sur sa propre position : que signifie posséder une œuvre d’art volée ? Quelle mémoire construit-on quand on efface celle des autres ? Mais en dépit de ces qualités indéniables, Dahomey laisse un sentiment d’inachevé. On aurait aimé en savoir plus. Plus sur l’histoire des rois représentés, plus sur les œuvres elles-mêmes (dont certaines sont des objets rituels majeurs), plus sur la réalité diplomatique qui entoure cette restitution. Le film ouvre des portes, mais ne les franchit pas toujours.
En définitive, Dahomey est un film à voir, à discuter, à critiquer. Il dérange, il interroge, il provoque. C’est sa force. Mais en tant que documentaire, il aurait gagné à être un peu plus pédagogique, un peu moins hermétique. La beauté de la forme ne compense pas tout à fait les manques de fond. On en ressort intrigué, touché… mais aussi frustré.
Et le Blu-ray ?
Le documentaire Dahomey, signé Mati Diop, débarque en Blu-ray grâce à l’éditeur indépendant Blaq Out. Ce film, récompensé à la Berlinale, traite avec force et poésie de la restitution de 26 œuvres d’art au Bénin par la France. Côté contenu, le propos est fort. Mais qu’en est-il de la qualité de cette édition Blu-ray ? Voici mon avis. Le film bénéficie ici d’une belle présentation en haute définition. Tourné en numérique, il propose une image nette, fluide et très précise. On perçoit clairement les moindres détails, sans que l’image ne devienne trop « lisse » ou artificielle.
À certains moments, une légère texture vient donner de la profondeur à l’image, comme si on retrouvait un effet plus « cinéma » que purement numérique. Les couleurs sont bien équilibrées, et un soin particulier semble avoir été apporté à la représentation des peaux foncées. Même dans les scènes sombres ou très lumineuses, l’image reste lisible, sans perdre de sa finesse. Bref, c’est propre, naturel, et agréable à regarder. Côté audio, le Blu-ray propose une piste en 5.1, qui, sans chercher à en mettre plein les oreilles, offre une ambiance sonore bien travaillée.
On retrouve cette voix mystérieuse et grave qui habite le film, renforcée par des sons d’ambiance. Le résultat est enveloppant, sans être envahissant. Même si l’usage des enceintes arrière est discret, la qualité générale du son rend l’expérience très confortable. Une version stéréo est également présente. Là où l’édition Blu-ray déçoit, c’est sur le contenu additionnel. Aucun bonus vidéo n’est proposé : ni making-of, ni interviews, pas même la bande-annonce. On retrouve tout de même un petit livret contenant un entretien avec la réalisatrice, mais cela reste trop léger pour les amateurs de suppléments comme moi.
Si vous souhaitez découvrir Dahomey dans de bonnes conditions visuelles et sonores, cette édition Blu-ray fait le job. L’image est de qualité, le son bien maîtrisé. Je regrette seulement l’absence totale de bonus, qui aurait pu enrichir davantage cette œuvre engagée et importante.
Caractéristiques techniques
Durée : 1H08 - Langues : Version Originale (Français, Anglais, Fon) 2.0 / 5.1 / Audiodescription
Sous-titres : Français pour sourds et malentendants
Supplément : Entretien écrit avec Mati Diop
Disponible en Blu-Ray et en DVD au prix public conseillé de 19,99 € TTC
Cette sortie est éditée par BLAQ OUT
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