Critique Ciné : iHostage (2025, Netflix)

Critique Ciné : iHostage (2025, Netflix)

iHostage // De Bobby Boermans. Avec Admir Sehovic, Soufiane Moussouli et Loes Haverkort.

 

iHostage est un film inspiré d’un événement tragique qui a marqué l’actualité aux Pays-Bas : une prise d’otage dans un Apple Store orchestrée par un homme prêt à tout. À première vue, le choix d’un tel sujet pourrait laisser espérer une immersion forte dans un fait divers à la fois récent et marquant. Malheureusement, le film peine à tirer parti de son matériau de base et livre un résultat qui manque cruellement de profondeur. Le film repose sur une histoire réelle, ce qui lui confère d’emblée une certaine légitimité et un potentiel émotionnel important. Pourtant, l’impression qui se dégage est celle d’un récit raconté à distance, presque désincarné.

 

Un citoyen bulgare est pris au piège alors qu'un individu armé maintient en otage les personnes présentes dans le bâtiment.

 

Le scénario survole les faits, sans jamais vraiment entrer dans la tête des protagonistes, ni du preneur d’otage, ni des victimes, ni même des forces de l’ordre. Ce traitement très factuel prive le film de l’intensité psychologique attendue pour un thriller de ce type. L’un des grands manques réside dans l’absence de perspective du ravisseur. Sans éléments sur son passé, ses motivations ou son état mental, il reste une silhouette vague, presque décorative. Ce silence autour de lui empêche de saisir les enjeux humains derrière l’action, et surtout, coupe court à toute forme d’empathie ou de compréhension. 

 

Pour un film tiré d’un fait réel, cette omission sonne faux. Il est difficile de s’impliquer émotionnellement dans une histoire si l’on n’a pas accès à ses fondements. Le déroulé des événements se veut tendu, avec des allers-retours entre la situation à l’intérieur du magasin et les préparatifs des forces de l’ordre à l’extérieur. Pourtant, la mise en scène ne parvient jamais à instaurer une véritable pression. Tout semble trop lent, trop plat. Certains choix narratifs, comme les allusions au "mot de passe" censé déclencher une action ou souligner un moment-clé, tombent à plat. Le dispositif dramatique est là, mais il manque d’énergie et de précision.

 

Même la gestion du temps paraît peu maîtrisée. Des ellipses mal amenées brouillent la chronologie et diluent la tension. Par exemple, alors que l’action semble se dérouler en temps quasi réel, on passe brusquement d’un début d’après-midi à la nuit, sans réelle justification. Ce genre de détails peut sembler anecdotique, mais dans un film qui joue la carte du réalisme, cela nuit à la crédibilité globale. L’un des problèmes majeurs du film, c’est l’écriture de ses personnages. Ni les otages, ni les policiers, ni le négociateur ne parviennent à sortir de leur rôle fonctionnel. 

 

Ils sont présents pour faire avancer le récit, mais aucun n'est réellement incarné. Il manque une personnalité, un dilemme, une faille, quelque chose qui les rende humains. Le protagoniste principal, censé être l’otage au centre du récit, reste une énigme. On ne connaît rien de lui, ses réactions semblent mécaniques, presque déconnectées de la situation. Même chose pour les autres figures impliquées : un négociateur qui met des heures à apparaître, une police inefficace et hésitante, des décisions peu crédibles. 

 

Tout cela crée un ensemble sans vie, où l’on ne ressent ni l’urgence, ni la peur, ni même la frustration que des personnes réelles auraient pu vivre dans une telle situation. Le film s’étire inutilement, surtout dans son dernier acte. Alors que l’histoire touche à sa fin, la tension retombe au lieu de s’intensifier. La scène finale, qui devrait être un moment de catharsis ou de résolution, s’étale sans apporter de réelle conclusion. Le spectateur reste sur sa faim, sans émotion forte, sans réflexion particulière, sans message clair.

 

La promesse initiale, celle de plonger dans une reconstitution poignante, s’évanouit progressivement. Même les tentatives de souligner les séquelles psychologiques sur les otages ou les intervenants sont trop brèves et superficielles pour avoir un véritable impact. Face à ce traitement timide d’un sujet pourtant brûlant, une question se pose : pourquoi choisir la forme fictionnelle pour raconter cette histoire ? Un documentaire, avec des témoignages directs, des images d’archives, une analyse des faits et des conséquences, aurait peut-être permis une approche plus honnête et plus immersive. Le format choisi ici semble brider l’intensité du propos au lieu de la renforcer.

 

Raconter un fait réel demande une certaine exigence : respecter la complexité des événements, donner voix à toutes les parties, ne pas tomber dans le sensationnalisme ni l’aseptisation. Malheureusement, iHostage peine à trouver cet équilibre. Il reste à la surface des choses, là où il aurait fallu creuser. Tout n’est pas totalement à jeter. Le film propose quelques idées de mise en scène qui fonctionnent, comme la première scène dans le magasin, qui installe bien le décor et l’enjeu. La tension y est palpable, au moins durant quelques minutes. 

 

Certaines séquences avec les caméras de surveillance apportent un regard intéressant sur la situation, en nous plaçant dans la peau des observateurs. La photographie, bien qu'inégale, propose quelques plans qui marquent, notamment dans les scènes de nuit où la lumière bleutée contraste avec l’ambiance anxiogène du magasin. Mais ces réussites ponctuelles ne suffisent pas à élever l’ensemble. iHostage avait un sujet fort entre les mains, avec un potentiel dramatique évident. Mais à force de rester trop sage, trop flou, trop éloigné de ses personnages, le film perd en intensité et finit par ennuyer. 

 

Ce n’est pas un film à rejeter totalement, mais ce n’est pas non plus un film qu’il sera facile de recommander. En cherchant à raconter sans vraiment incarner, à illustrer sans interroger, iHostage passe à côté de ce qui aurait pu être un véritable choc cinématographique. Dommage, car l’histoire réelle méritait sans doute mieux qu’une simple reconstitution sans âme.

 

Note : 4.5/10. En bref, en cherchant à raconter sans vraiment incarner, à illustrer sans interroger, iHostage passe à côté de ce qui aurait pu être un véritable choc cinématographique.

Sorti le 18 avril 2025 directement sur Netflix

 

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