Happiness (2025) (Saison 1, 6 épisodes) : une sorte de Glee feel-good venu de Nouvelle-Zélande

Happiness (2025) (Saison 1, 6 épisodes) : une sorte de Glee feel-good venu de Nouvelle-Zélande

En tant que fan assumé de séries musicales, j’accueille toujours avec curiosité les projets qui s’aventurent dans ce genre trop peu représenté sur le petit écran. Il y a une forme de vulnérabilité dans le fait de chanter ce que les personnages ressentent, et c’est sans doute pour ça que Glee avait autant résonné en son temps. Alors, quand j’ai appris l’existence de Happiness, une série musicale made in New Zealand, mes attentes étaient naturellement élevées. Et je dois reconnaître que la série m’a surpris — pas dans ses choix narratifs, souvent prévisibles, mais dans la manière dont elle les assume, les détourne, ou les fait résonner localement. 

 

Si Happiness ne réinvente pas le genre, elle le revisite avec une sincérité qui la rend immédiatement attachante. L’ouverture de la série pose immédiatement les bases : Charlie, metteur en scène fraîchement débarqué de New York, est accueilli à l’aéroport de Tauranga par une chorégraphie collective sur un tube des Backstreet Boys. Entre flash mob inattendu et comédie assumée, ce moment est à la fois absurde et révélateur. Ce n’est pas juste un effet gratuit : c’est une porte d’entrée vers un univers où la spontanéité du chant se mêle à une certaine dose de maladresse bien sentie. Cette scène aurait pu me faire fuir si je ne savais pas déjà que l’excès est parfois le meilleur moyen d’annoncer la couleur. 

 

Le ton est donné : on va parler d’un retour à la maison, de théâtre amateur, de relations tendues mais jamais cyniques. Et tout cela passera aussi par des chansons originales, écrites pour la série, qui servent autant la narration que l’émotion. Le point de départ de Happiness reste simple. Charlie, professionnel du spectacle mis au placard, revient temporairement dans sa ville d’origine pour régler une question de visa. Mais rien ne se passe comme prévu, et il se retrouve malgré lui à reprendre en main la mise en scène d’une comédie musicale montée par le groupe local... dirigé par sa propre mère.

 

L’intérêt ici n’est pas tant dans le “quoi” que dans le “comment”. Le récit ne cherche pas à brouiller les pistes ou à créer des retournements de situation improbables. Tout est dans l’exécution : les enjeux sont clairs, les personnages sont bien installés, les conflits sont immédiats. Ce choix de clarté narrative permet à la série d'avancer sans perdre de temps, tout en créant un sentiment de proximité avec les protagonistes. Le casting s’articule autour de figures connues : le fils prodigue qui veut fuir son passé, la mère envahissante persuadée d’avoir une mission artistique, le directeur prétentieux, l’assistante timide qui finit par s’imposer… 

 

Rien de nouveau sur le papier, et pourtant, chacun trouve sa place dans cette fresque communautaire. Ce que j’ai apprécié, c’est l’équilibre trouvé entre exagération et nuance. Les personnages sont dessinés avec des traits parfois appuyés, mais sans sombrer dans la parodie. Ils sont imparfaits, parfois ridicules, souvent touchants. Ils existent dans un entre-deux qui m’évoque ces moments de Glee où un solo pouvait à la fois être drôle et désarmant de sincérité. La musique joue évidemment un rôle central, et là encore, Happiness fait les choses proprement. Les chansons s’intègrent au récit sans forcer l’émotion ou alourdir le rythme. 

 

Elles empruntent souvent à l’univers de Broadway, avec des accents qui rappellent les productions classiques, mais sans tomber dans l’hommage stérile. Chaque titre semble construit pour servir un moment spécifique : une hésitation, une montée en tension, une résolution intime. L’un des aspects que j’ai trouvé le plus intéressant, c’est l’usage du “show dans le show” : les répétitions de la pièce The Trojan Horse permettent de faire avancer l’intrigue tout en proposant des numéros musicaux. Cela évite l’effet “comédie musicale plaquée” et donne une légitimité à chaque performance. Sans être une série comique à proprement parler, Happiness repose sur un ton léger, souvent ironique, parfois tendre. 

 

Les dialogues sont vifs, les situations absurdes sont assumées, et les punchlines tombent au bon moment. Ce n’est pas une série qui cherche le rire franc à chaque réplique, mais elle installe une ambiance de comédie douce, où l’humour découle des situations plus que d’un désir de faire le spectacle. Ce ton joue un rôle essentiel : il permet à la série de parler d’échec, de désillusion, de quête d’identité, sans tomber dans le pathos. Il y a toujours un contrepoids, une note plus légère, un regard moqueur mais bienveillant. Ce que j’ai aussi beaucoup apprécié, c’est la dimension locale du récit. Située à Tauranga, la série échappe au trop-plein d’Auckland qu’on retrouve souvent dans les fictions néo-zélandaises. 

 

Le décor joue ici un rôle presque symbolique : une ville moyenne, entre mer et collines, où les ambitions artistiques semblent décalées, presque absurdes. Et pourtant, c’est précisément cet écart entre rêve et réalité qui rend l’ensemble crédible. Le regard porté sur cette communauté artistique amateur est à la fois attendri et lucide. Personne n’est tourné en ridicule gratuitement, et la série évite le piège du mépris de classe ou du dénigrement provincial. À travers ses personnages, elle esquisse un portrait doux-amer de ce que signifie “créer” dans un endroit où tout semble jouer contre soi : les moyens, les egos, le manque de reconnaissance.

 

Derrière la légèreté apparente, Happiness aborde des thèmes profonds : le rapport à l’échec, la pression familiale, la peur de revenir en arrière, la difficulté de se réinventer. Charlie, au centre de tout cela, incarne cette tension entre ambition personnelle et nécessité de renouer avec ses racines. La série n’offre pas de réponses toutes faites. Elle suggère, plutôt qu’elle n’assène. Elle montre l’évolution des personnages sans transformations miraculeuses. Les relations s’ajustent, les conflits s’apaisent, les attentes changent. Rien n’est figé, et c’est peut-être ce qui rend la série aussi agréable à suivre.

 

Ce que Happiness réussit, c’est à être une série musicale qui ne s’excuse pas d’en être une. Elle assume pleinement son genre, avec ses numéros chantés, ses personnages bigger than life, ses émotions qui débordent. Mais elle le fait sans effets de manche ni démonstration de force. Elle construit son propre ton, un équilibre fragile entre théâtre et quotidien, entre comédie et sincérité. C’est une série qui ne cherche pas à plaire à tout prix, mais qui s’adresse à celles et ceux qui savent ce que peut offrir une chanson bien placée, un chœur maladroit, une scène de répétition un peu ratée mais porteuse d’espoir. Happiness (2025) n’a pas cherché à révolutionner le format. 

 

Elle ne fait pas de bruit, ne provoque pas de choc narratif, ne cherche pas la viralité. Mais c’est précisément dans cette modestie assumée qu’elle trouve sa force. En six épisodes, elle propose un regard tendre et amusé sur ce que c’est que de créer ensemble, dans un coin de pays où rien ne semble taillé pour ça. C’est une série qui parlera à celles et ceux qui aiment les histoires de retour aux sources, les dynamiques de troupe, les situations un peu absurdes où la musique devient langage. Pour ma part, j’y ai retrouvé ce qui me plaît tant dans les séries musicales : une manière différente de raconter les émotions, un goût pour le collectif, et cette idée persistante qu’il est encore possible de croire à quelque chose, même sous les néons fatigués d’une salle de répétition.

 

Note : 7/10. En bref, un joyeux moment musical et vivant qui ne cherche pas à en faire des tonnes et finalement, réussi à délivrer ce qui est attendu. 

Prochainement en France

 

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