26 Mai 2025
La Strada de Fellini fait partie de mes premiers émois du cinéma adolescent. Je me souviens encore de la première fois que j’ai vu ce film, c’était dans un petit cinéma d’Art et d’Essai alors que j’étais au lycée. J’avais adoré alors pouvoir le revoir dans une version remasteurisée en Blu-ray m’a forcément plu tout de suite. Rimini Editions continue de proposer de vieux films restaurés et je suis ravi de pouvoir redécouvrir celui-ci. Mais ce n’est pas tout car ce coffret 2 Blu-ray nous offre également Fellini, je suis un grand menteur, un documentaire produit pour Arte que je n’avais jamais vu et qui m’a replongé dans le cinéma de ce grand réalisateur italien.
Ca parle de quoi ?
Gelsomina, jeune femme naïve, a été vendue par sa mère à Zampano, un être frustre, qui présente un numéro de briseur de chaînes sur les places publiques. Le duo sillonne les routes d’Italie, menant la rude vie des forains.
/image%2F1199205%2F20250526%2Fob_393aef_strada2-ponti-de-laurentiis-1954.jpg)
Ca vaut quoi ?
Il y a des films qui marquent à vie, des œuvres qui s’impriment dans la mémoire comme des cicatrices indélébiles. La Strada, chef-d’œuvre intemporel de Federico Fellini, fait incontestablement partie de ces rares joyaux du cinéma. J’ai découvert ce film pour la première fois au cinéma, alors que j’étais encore au lycée. Revoir cette œuvre aujourd’hui, restaurée en Blu-ray, m’a permis de mesurer toute la puissance émotionnelle qu’elle continue de dégager, des décennies après sa sortie. Sorti en 1954, La Strada est bien plus qu’un simple film : c’est une véritable leçon d’humanité. Fellini y tisse une histoire simple, presque épurée, mais d’une force bouleversante.
Il nous raconte le destin de Gelsomina, une jeune femme vendue par sa mère à Zampano, un forain brutal et rustre, qui la prend avec lui sur les routes. À travers ce duo improbable, le réalisateur brosse un tableau d’une rare intensité, où l’innocence et la candeur de Gelsomina se heurtent à la rudesse du monde et à la brutalité de Zampano. Ce qui frappe avant tout, c’est la façon dont Fellini transcende une intrigue en apparence banale pour en faire un poème visuel et émotionnel. La relation entre ces deux êtres que tout oppose devient le théâtre d’une profonde réflexion sur la condition humaine, la solitude, et la quête de sens.
/image%2F1199205%2F20250526%2Fob_110f5a_strada6-ponti-de-laurentiis-1954.jpg)
Là où d’autres cinéastes auraient pu sombrer dans le pathos ou le misérabilisme, Fellini, avec une pudeur et une délicatesse rares, nous entraîne dans une fresque profondément humaniste. On ne peut évoquer La Strada sans saluer l’immense talent des comédiens. Giulietta Masina, dans le rôle de Gelsomina, est tout simplement bouleversante. Sa fragilité, sa naïveté désarmante, son regard empli de tristesse mais aussi de tendresse, rappellent parfois l’univers burlesque de Chaplin. Elle incarne à elle seule la pureté perdue, cette part d’enfance qu’on tente de préserver face à la dureté du monde. Anthony Quinn, en Zampano, incarne la force brute, l’homme incapable d’exprimer ses émotions autrement que par la violence, et qui finit par être rongé par le remords et la solitude.
Ensemble, ils donnent vie à un duo déchirant, inoubliable. La beauté de La Strada réside également dans sa capacité à mêler les émotions : on passe du rire aux larmes, de l’espoir à la tragédie, dans une sorte de danse mélancolique portée par la magnifique musique de Nino Rota. Ce thème joué à la trompette, si simple et pourtant si poignant, accompagne chaque image, chaque regard, chaque silence, et donne au film une dimension presque universelle. C’est un voyage à travers des paysages poussiéreux, des villages oubliés, des regards échangés dans l’intimité d’une roulotte, où chaque détail contribue à l’atmosphère unique du film.
/image%2F1199205%2F20250526%2Fob_5d92b4_strada8-ponti-de-laurentiis-1954.jpg)
Ce qui rend La Strada si marquant, c’est qu’au-delà de son histoire, Fellini nous offre une réflexion sur l’art, le spectacle, et le sens de l’existence. Certains y voient une critique du monde forain, mais pour moi, c’est avant tout une fable sur l’humanité, sur ces êtres cabossés par la vie qui tentent de survivre, de trouver leur place, de s’accrocher à ce qu’ils peuvent, même quand tout semble les condamner. Le film parle des laissés-pour-compte, de ceux qui vivent en marge, mais aussi de l’impossibilité de communiquer pleinement, de la douleur des sentiments refoulés. La Strada est une œuvre qui a su traverser le temps sans perdre de sa force.
Elle nous rappelle que le cinéma est un art qui peut toucher l’âme, éveiller notre empathie, et nous confronter à notre propre humanité. C’est un film qui ne laisse pas indemne, qui résonne longtemps après la fin du générique. Si vous ne l’avez jamais vu, je vous conseille vivement de le découvrir. Et si, comme moi, vous avez eu la chance de le voir au cinéma, je ne peux que vous inviter à le redécouvrir, dans cette version restaurée qui sublime chaque image. La Strada n’est pas seulement un film : c’est une expérience, une leçon de vie, et un chef-d’œuvre à part entière. Je pourrais parler de ce film pendant des heures mais je vais m’arrêter là avant de raconter trop et vous ennuyer.
/image%2F1199205%2F20250526%2Fob_c4d8e1_strada3-ponti-de-laurentiis-1954.jpg)
Et le Blu-ray ?
Sorti en 1954, La Strada de Federico Fellini est un monument du cinéma italien, et cette nouvelle édition Blu-ray 4K signée Rimini Editions rend enfin justice à ce film culte. Proposée dans un somptueux coffret double Blu-ray, cette édition est bien plus qu’une simple remasterisation : c’est une plongée complète dans l’univers de Fellini, enrichie de nombreux suppléments passionnants. Le packaging, d’une élégance rare, attire tout de suite le regard : le fourreau reprend l’affiche de la ressortie en 2023, et le digipack intérieur, illustré de photos emblématiques du film, abrite deux disques ainsi que deux livrets particulièrement intéressants.
Ces documents (le dossier de presse et le dossier pédagogique) offrent un contexte riche et détaillé sur La Strada et son importance dans le paysage cinématographique italien. Côté contenu, le coffret impressionne par sa générosité. On retrouve un entretien passionnant de 38 minutes entre Frédéric Mercier et Marcos Uzal, qui décortiquent avec brio l’impact de La Strada dans la carrière de Fellini. L’interview audio de Giulietta Masina, réalisée en 1983, est également un moment fort : entendre l’actrice raconter les coulisses du tournage et son lien intime avec Fellini est un véritable trésor. Mais le clou de cette édition est sans aucun doute le documentaire Fellini, je suis un grand menteur (2002), qui nous plonge au cœur de la vie et des réflexions du cinéaste.
/image%2F1199205%2F20250526%2Fob_729266_strada4-ponti-de-laurentiis-1954.jpg)
Entre confidences, images d’archives rares et témoignages de ses proches, on découvre un Fellini fascinant, à la fois poète, perfectionniste et conteur insatiable. La restauration 4K du film est sublime : le noir et blanc resplendit, les contrastes sont profonds et le grain cinéma, respecté, confère à l’image une authenticité précieuse. La piste audio en DTS-HD permet de savourer pleinement la bande-son, notamment la musique inoubliable de Nino Rota. En somme, cette édition Blu-ray de La Strada est un bijou pour les cinéphiles : une restauration de haute qualité, des bonus riches et variés, et une plongée rare dans l’univers unique de Fellini. Un indispensable pour tout amateur de cinéma.
Caractéristiques techniques
Édition 2 Blu-Ray – Digipack + étui + 2 livrets LA STRADA (1954)
Durée : 1H49 - Langues : Italien et Français Dual Mono DTS HD – Sous-titres : Français – Noir & Blanc
FELLINI JE SUIS UN GRAND MENTEUR (2002)
Durée : 1H42 - Langues : Italien, Anglais et Français DTS HD – Sous-titres : Français – Couleur
Suppléments La Strada :
>Entretien avec Frédéric Mercier (critique à Positif) et Marcos Uzal (rédacteur en chef des Cahiers du Cinéma) / 39 min. >Interview radio de Giulietta Masina – Archive INA / 30 min.
Suppléments Fellini, Je suis un Grand Menteur :
>Federico Fellini, séquence dessin et entretiens inédits / 15 min. >La casa pericolante : sur les traces des lieux felliniens / 19 min.
>Huit entretiens et demi : dont Roland
Topor, Moebius, Lo Dusca, Toscan du Plantier / 45 min
Inclus 2 livrets : le dossier de presse et le dossier pédagogique, réalisés pour la ressortie du film en salles en 2023
Prix public conseillé : 29,99 €
Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog