26 Mai 2025
Parfois, Cannes, c’est du cinéma. Parfois, c’est de la politique. Et souvent, c’est les deux. En 2025, le Festival de Cannes a prouvé une fois encore qu’il était bien plus qu’un tapis rouge ou un terrain de promo. Retour sur une édition aussi audacieuse qu’émouvante, entre palmarès renversant, discours enflammés et paillettes engagées.
Dès le 13 mai, l’ambiance sur la Croisette était électrique. Cannes 2025 n’avait pas encore commencé que les prédictions fusaient : une édition plus politique ? Plus féminine ? Plus radicale ? Juliette Binoche, présidente du jury, avait promis « des choix de cœur et de sens ». Et elle a tenu parole.
Cette année, plus que jamais, on a senti une volonté de montrer un monde en tension, mais aussi en transformation. Le cinéma s’est fait miroir, parfois kaléidoscope. Il nous a donné à voir l’amour, l’exil, l’effondrement, les renaissances. Et surtout : de vraies claque émotionnelles.
Avant de dérouler le palmarès, impossible de ne pas s’arrêter sur les séquences cultes de cette quinzaine.
L’ovation pour Jafar Panahi.
12 minutes d’applaudissements pour Un simple accident, Palme d’or 2025. Un film fort, sec, dérangeant – comme une main tendue dans l’ombre. Le cinéaste iranien, empêché de quitter son pays pendant des années, signe son grand retour à Cannes. Dans les travées du Palais, certains pleuraient. D’autres avaient juste le poing levé.
Rihanna, divine et (très) enceinte.
Montée des marches en robe rouge sculpturale. Elle a volé la vedette à toutes les actrices, tout en esquivant les questions de promo avec élégance. Glamour, puissance, classe.
Les discours engagés.
Binoche, encore, qui lâche un « Le cinéma ne doit pas se plier au pouvoir. Il doit le défier. » Et Denzel Washington, Palme d’honneur, qui appelle à soutenir le cinéma africain comme un enjeu de justice mondiale. Silence dans la salle. Puis standing ovation.
Un film-choc. Une satire sombre sur la justice, la mémoire, la peur du silence. Réalisé dans des conditions précaires, ce long-métrage résonne comme un cri de liberté. Tout le monde n’a pas aimé. Mais tout le monde s’en souviendra.
Trier nous attrape toujours là où ça fait mal : dans les souvenirs qu’on croyait enfouis. Un film sur les absents, les non-dits, les albums photos qu’on n’ouvre plus. D’une tendresse sèche.
Sirât de Oliver Laxe (Espagne) — Une immersion mystique dans le désert marocain, entre religion, hallucinations et rédemption.
Sound of Falling de Mascha Schilinski (Allemagne) — Une exploration mentale d’un trauma familial transmis de génération en génération. On en ressort secoué.
Un thriller dense, poisseux, sur fond de dictature brésilienne. Une réalisation millimétrée, tendue, viscérale. Un des grands films du festival.
Réalisé par Hafsia Herzi, ce film dresse le portrait d’une jeune femme musulmane confrontée à ses contradictions. Melliti crève l’écran. C’est brut, c’est pur.
Déjà culte. Charisme, tension, humanité. L’acteur brésilien porte le film sur ses épaules, et nous avec.
Ils reviennent avec une œuvre poignante sur la maternité précaire en Europe. Un scénario tendu, sobre, mais qui vous prend à la gorge dès la première scène.
Un ovni. Onirique, complexe, déconcertant. Bi Gan explore le temps, les souvenirs, les rêves. Cinéma pur, exigeant, fascinant.
On le sait, cette section est souvent plus expérimentale. Et en 2025, elle a offert des perles.
Prix Un Certain Regard : Le mystérieux regard du flamant rose de Diego Céspedes (Chili) — Une fresque étrange et poétique, avec une ambiance à la Lynch version latino.
Prix du Jury : Un Poète de Simón Mesa Soto (Colombie) — Un film pudique, lumineux, sur un jeune homme perdu dans une ville trop bruyante.
Prix de la mise en scène : Tarzan et Arab Nasser pour Il était une fois à Gaza — Une chronique douce-amère dans les ruines de la bande de Gaza.
Prix d’interprétation :
• Frank Dillane dans Urchin
• Cleo Diára dans Je ne me repose que dans la tempête
Prix du scénario : Pillion de Harry Lighton – Une histoire d’amour queer dans une Angleterre post-Brexit. Minimaliste, mais touchante.
Caméra d’or : The President’s Cake de Hasan Hadi (Irak) — Un premier film qui mêle humour absurde et critique politique. Une vraie surprise.
Palme d’or du court métrage : I’m Glad You’re Dead Now de Tawfeek Barhom — 15 minutes de pure intensité. On en ressort lessivé.
Palmes d’honneur : Robert De Niro et Denzel Washington — Cannes a salué deux monstres sacrés, avec émotion et humour.
Prix de la citoyenneté : Un simple accident — Double distinction pour Panahi, symbole de courage artistique.
Il y a eu des fêtes (beaucoup), des shows (toujours), des selfies (trop). Mais cette année, la conscience a pris le dessus sur le strass. Et c’est tant mieux.
Dans les afters, les sujets de discussion tournaient plus souvent autour des violences policières en Iran ou des réfugiés climatiques que des clashs de robes sur Instagram. Un vrai tournant pour Cannes ? Peut-être pas. Mais une vraie prise de position, oui.
Et dans les coulisses ? On dit que certains studios américains, refroidis par les sélections plus "d’auteur" de l’année, ont un peu boudé. D’autres, au contraire, y ont vu le retour d’un vrai festival de cinéma, loin du marketing.
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