1 Mai 2025
Le cinéma d’horreur italien a toujours été un refuge de talents, notamment pour un genre très précis : le giallo. Ce genre si particulier que j’ai toujours affectionné (notamment avec Dario Argento) semble renaître. C’est donc avec beaucoup de plaisir que je me suis plongé dans Rossosperanza grâce au DVD édité par Blaq Out.
Ca parle de quoi ?
Italie, années 90. Zena, 16 ans, fille du médecin du Pape et petite-fille d'un ancien fasciste, est admise à Villa Bianca, dernier recours de la bonne société italienne pour "soigner" les déviances d'une génération rebelle. Elle y rencontre trois adolescents avec lesquels elle se lie d'amitié : Marzia, une jeune fille nymphomane, Alfonso, un jeune homosexuel fantasque, et Adriano, enfermé dans un mutisme attachant et terrorisant.
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Ca vaut quoi ?
Lorsqu’un film réussit à troubler autant qu’il fascine, c’est qu’il a touché un nerf à vif. C’est exactement ce que m’a fait Rossosperanza, le nouveau long-métrage d’Annarita Zambrano, présenté en compétition officielle au Festival de Locarno. Ce n’est pas un film facile ni consensuel, mais c’est précisément ce qui en fait tout l’intérêt. Avec cette œuvre profondément dérangeante et intensément stylisée, Zambrano signe une fresque à la fois politique, grotesque et viscéralement humaine. Déjà remarquée en 2017 avec Dopo la guerra, la réalisatrice italienne fait ici un virage esthétique audacieux.
Elle quitte les drames militants pour s’immerger dans une satire sociale noire, presque surréaliste. Rossosperanza est un film qui assume ses excès, qui brouille volontairement les frontières entre le réel et l’allégorie. Et c’est en cela qu’il captive. Le cœur du récit repose sur quatre adolescents issus de la haute bourgeoisie italienne des années 1990. Considérés comme des "anomalies" par leurs familles, ils sont internés dans une institution de rééducation huppée, la bien nommée Villa Bianca. Ici, tout est censé les ramener à la “norme” – une norme dictée par le pouvoir, l’argent, et surtout, les apparences.
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Mais ces jeunes, chacun à leur manière, vont refuser ce conditionnement. Leur rébellion ne prend pas les armes, mais elle est tout aussi radicale : elle passe par le refus d’obéir, par la provocation, le silence, parfois même la violence symbolique. Ce que j’ai trouvé brillant dans cette dynamique, c’est que le film ne cherche jamais à nous rendre ses personnages immédiatement sympathiques. Ils sont imparfaits, parfois irritants, mais profondément humains. Leurs blessures ne sont pas seulement psychologiques : elles incarnent la fracture entre deux mondes, celui des adultes corrompus par le pouvoir, et celui de jeunes en quête d’un sens que personne ne veut leur offrir.
Zambrano donne à son film une ambiance unique, entre fable dystopique et satire cruelle. Villa Bianca devient le théâtre d’un huis clos anxiogène, peuplé de figures caricaturales à la limite du grotesque. Le tout est renforcé par une mise en scène stylisée, parfois baroque, qui fait écho à certains classiques du cinéma italien. On pense forcément à Marco Bellocchio ou même à Bertolucci, dans cette manière de traiter la révolte avec autant de poésie que de noirceur. Une figure mystérieuse traverse le film : une tigre échappée, symbole sauvage de la liberté impossible à dompter. Elle hante les couloirs du récit comme une métaphore vivante de ces adolescents qu’on tente de domestiquer.
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J’ai trouvé cette image à la fois belle et glaçante – elle donne une dimension presque mythologique à l’ensemble. Certes, Rossosperanza n’est pas exempt de défauts. Par moments, le film semble trop appuyé dans son symbolisme, et la narration peut paraître un peu bancale. Certains passages manquent de fluidité, et le jeu des jeunes acteurs – souvent débutants – est parfois inégal. Mais malgré ces faiblesses, l’ensemble reste cohérent dans son audace. On sent derrière chaque plan une volonté sincère de dire quelque chose, de secouer les consciences, de déranger les conforts établis.
Ce que je retiens avant tout, c’est cette capacité qu’a Annarita Zambrano de proposer un cinéma qui refuse les codes faciles. Elle explore les cicatrices d’une génération sacrifiée, prise au piège entre le poids des héritages familiaux et l’absence d’un avenir crédible. Rossosperanza ne cherche pas à plaire, il cherche à faire réfléchir. Et dans un paysage cinématographique souvent aseptisé, c’est un geste rare. Ce film, noir comme une âme perdue et rouge comme le sang des illusions sacrifiées, est un cri de colère. Il parle de répression, de contrôle, de l’obsession pour la conformité. Mais surtout, il parle d’une jeunesse qu’on voudrait faire taire, mais qui hurle malgré tout.
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C’est ce cri que Rossosperanza nous donne à entendre – et il résonne longtemps après la fin du visionnage. Après le film, je n’ai pas pu m’empêcher de penser : ce n’est peut-être pas le film le plus abouti d’Annarita Zambrano, mais c’est sans doute le plus nécessaire. Et j’ai hâte de voir ce que cette réalisatrice, audacieuse et sans concession, nous offrira à l’avenir.
Et le DVD ?
Sorti récemment en DVD, Rossosperanza d’Annarita Zambrano trouve enfin une seconde vie en dehors des festivals et plateformes de VOD. Ce film singulier, aux accents de satire sociale et de fable sombre, peut désormais être redécouvert dans des conditions techniques plus qu’acceptables, même si certains choix éditoriaux peuvent déconcerter. D’abord, côté technique, le DVD assure l’essentiel. Une fois lancé, le film bénéficie d’un encodage solide qui évite les désagréments de compression souvent redoutés sur ce format. La qualité visuelle reste stable et rend justice à la photographie travaillée du film, oscillant entre froideur clinique et éclats stylisés.
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La version proposée est uniquement en italien, sous-titrée en français, ce qui renforce l’authenticité de l’œuvre. Deux options sonores sont disponibles : une piste stéréo classique et un mixage 5.1 qui offre une immersion plus profonde, notamment lors des scènes les plus intenses où la bande sonore, soigneusement composée, joue un rôle essentiel dans l’ambiance. Mais ce qui retient particulièrement l’attention dans cette édition, c’est le contenu bonus, et en particulier une interview de la réalisatrice. Annarita Zambrano y explique avec franchise et une pointe d’ironie que l’incohérence apparente du récit est un choix pleinement assumé.
Pour elle, Rossosperanza ne cherche pas à raconter une histoire linéaire ou explicite, mais à créer un univers sensoriel, presque onirique, où chaque spectateur est libre de projeter ses propres interprétations. Elle évoque également ses sources d’inspiration, allant du cinéma politique italien à des figures plus contemporaines du cinéma d’auteur. Ce bonus, s’il peut laisser certains spectateurs sur leur faim, a au moins le mérite d’éclairer l’intention derrière l’étrangeté du film. Il s’adresse clairement à un public averti, amateur de lectures multiples et d’expériences cinématographiques hors normes.
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En somme, cette édition DVD de Rossosperanza est un objet intéressant pour les amateurs de cinéma d’auteur italien. Elle permet de redécouvrir une œuvre à part, tout en offrant un éclairage pertinent sur les choix artistiques de sa créatrice. À recommander à ceux qui cherchent à sortir des sentiers battus.
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