19 Juin 2025
Vous aimez le cinéma d’horreur ? Rimini Editions nous gâte cette année encore avec sa collection Angoisses. Après avoir enchaîné les sorties, voici Body Trash, considéré par Quentin Tarantino comme l’un des meilleurs films d’horreur. Si vous me connaissez un peu, vous savez tout l’amour que j’ai pour le body horror alors plongeons dans ce petit bijou de cinéma d’horreur des années 90.
Ca parle de quoi ?
Une nouvelle vitamine est testée en secret sur les habitants d’une petite ville australienne, alors que jusqu’ici, tous les essais se sont révélés mortels. Un homme ayant participé aux précédents tests tente de donner l’alerte, mais, contaminé, il décède dans des circonstances atroces. Deux policiers mènent l’enquête, tandis que mutations, effets secondaires violents et hallucinations se multiplient dans la population
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Dans les méandres du cinéma d’horreur underground des années 90, Body Trash (titre français de Body Melt) se démarque comme un ovni cinématographique : hybride entre satire sociale, body horror assumée et comédie trash qui ne fait pas dans la dentelle. Unique réalisation du musicien et artiste Philip Brophy, ce film australien mérite-t-il vraiment sa place aux côtés des classiques du gore décomplexé comme Braindead de Peter Jackson ou Street Trash de Jim Muro ? Spoiler alert : pas vraiment, mais il mérite tout de même qu’on s’y attarde pour ce qu’il représente. Dès les premières minutes, le ton est donné : Body Trash n’a pas pour objectif de raconter une histoire profondément émouvante ou de poser les bases d’un univers narratif solide.
Non, ici, tout tourne autour de la déformation, de l’exagération, du grotesque. Des corps qui explosent, fondent, suintent dans un festival de latex et de maquillages cradingues, le tout soutenu par une bande-son électro abrasivement années 90. C’est visuel, c’est agressif, c’est volontairement laid. Et c’est aussi ce qui lui donne une certaine authenticité. Là où certains verront une œuvre anarchique, d’autres y liront une critique mordante de la société consumériste et des illusions du bien-être moderne. En effet, Body Trash se déroule dans une banlieue australienne aseptisée, où des résidents lambda deviennent cobayes involontaires d’une entreprise pharmaceutique bien décidée à tester une mystérieuse vitamine aux effets secondaires... disons, spectaculaires.
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Une métaphore à peine voilée de l’obsession contemporaine pour le corps parfait, la santé à tout prix et les dérives de l’industrie du bien-être. Soyons clairs : le scénario de Body Trash tient davantage de la succession de sketchs horrifiques que d’un récit structuré. Il y a un point de départ, certes, mais très vite, le film se laisse happer par ses propres excès. Les scènes s’enchaînent sans réelle fluidité, et la narration se perd dans ses délires visuels. Résultat : un rythme en dents de scie, une implication émotionnelle assez faible, et un sentiment que le tout aurait gagné à être davantage resserré (le film dure à peine 70 minutes). Cependant, il faut reconnaître que le ton général, à la fois absurde et sarcastique, fonctionne par moments.
Certaines séquences sont si outrancières qu’elles en deviennent franchement drôles, à condition d’avoir l’estomac bien accroché. On pense notamment à quelques morts volontairement grotesques, à des dialogues criards ou à des personnages au look et à l’attitude totalement improbables. Le jeu d’acteur dans Body Trash oscille entre le passable et le totalement amateur. Aucun personnage ne parvient vraiment à capter l’attention sur la durée. Il n’y a pas de véritable héros auquel on pourrait s’attacher. Cependant, la galerie de “tronches” présentée vaut le détour : certains membres du casting semblent tout droit sortis d’une BD underground, avec leurs visages déformés, leur langage outrancier et leur attitude borderline.
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C’est ici que réside un des rares charmes du film : dans cette bizarrerie assumée, ce refus total du politiquement correct. Si vous cherchez un déluge d’effets spéciaux à la Braindead, vous risquez d’être déçu. Body Trash propose bien quelques fulgurances visuelles, mais dans l’ensemble, les scènes gore sont plus espacées qu’on ne pourrait le penser. Les effets sont artisanaux, parfois inventifs, mais pas toujours réussis. L’esthétique générale est assez pauvre : décors minimalistes, photographie plate, lumière crue... On sent le manque de moyens, mais aussi une volonté d’adopter une imagerie télévisuelle volontairement cheap, en cohérence avec la critique d’un monde standardisé.
S’il y a un point où le film se distingue réellement, c’est bien dans sa bande-son. Composée par Philip Brophy lui-même, elle adopte des sonorités techno-indus particulièrement agressives, qui renforcent le malaise général. Mention spéciale pour le générique de fin, qui reste sans doute l’un des éléments les plus mémorables du film, avec ses beats stridents et son ambiance électrisante. Mais au-delà du fun visqueux et du second degré, Body Trash contient une véritable critique : celle d’une société qui vend l’illusion du progrès, de la santé et du bonheur dans un packaging lisse, mais dont les conséquences sont parfois inhumaines. Le film détourne les codes du film d’horreur pour mieux s’en moquer, et c’est peut-être là qu’il trouve sa (modeste) singularité.
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Body Trash n’est ni un chef-d’œuvre du gore, ni un indispensable de la comédie horrifique. Il s’adresse à un public averti, curieux des expérimentations cinématographiques des années 90 et sensible aux productions fauchées mais sincères. Il a ses défauts — nombreux — mais aussi une énergie punk, une audace formelle et un humour noir qui méritent d’être notés. Un film inégal, mais pas inintéressant. Pour les amateurs de bizarreries visuelles et d’humour dégénéré, c’est un détour qui vaut, au moins, un visionnage.
Et le Blu-ray ?
Rimini Éditions continue de ravir les cinéphiles en quête de raretés horrifiques avec la sortie Blu-ray de Body Trash (aussi connu sous son titre original Body Melt). Troisième opus de la collection "Angoisse" pour l’année 2025, cette édition limitée est un véritable trésor pour les fans de cinéma de genre, entre plaisir visuel restauré et contenu éditorial soigné. Dès les premières images, on sent que le film a retrouvé une seconde jeunesse. Tirée d’un master restauré en 2K par Vinegar Syndrome, la copie HD de Body Trash propose une qualité d’image bluffante. Les couleurs criardes, typiques des années 90, explosent à l’écran avec une clarté inédite.
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Les scènes gore, parfois grotesques, gagnent en impact grâce à des contrastes précis et une texture argentique bien préservée. Le piqué est net, la stabilité constante : un sans-faute technique pour une œuvre longtemps maltraitée par ses précédentes éditions vidéo. Côté audio, la version originale en DTS-HD Master Audio 5.1 permet une immersion sonore étonnamment réussie. Les basses dynamiques et la spatialisation de la bande-son électro, composée par le réalisateur Philip Brophy lui-même, participent pleinement à l’expérience sensorielle. Pour les amateurs de VF culte, une piste stéréo française est également présente.
Le doublage, volontairement outrancier et décalé, offre une touche comique qui s’accorde parfaitement avec l’esprit du film. Parmi les bonus, on retrouve un livret de 24 pages signé Marc Toullec, riche en anecdotes sur la production et la genèse du film. Le documentaire Body Horror et Fitness au pays des kangourous, présenté par Lilyy Nelson, explore quant à lui l’univers du réalisateur, les influences du body horror à la Cronenberg et les particularités de l’ozploitation australienne. Un contenu bien documenté, quoique un peu brouillon dans la forme, qui complète parfaitement l’édition.
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Enfin, saluons le packaging : un digipack à trois volets, élégant et illustré, glissé dans un fourreau cartonné. Une rareté visuelle qui tranche nettement avec les anciennes jaquettes souvent peu inspirées. En somme, ce Blu-ray collector de Body Trash est un indispensable pour les passionnés de cinéma gore vintage et les collectionneurs exigeants.
Caractéristiques techniques
SUPPLÉMENTS :
>Body Horror et fitness au pays des kangourous (16 min), par Lilyy Nelson, chroniqueuse cinéma de genre (Le Blog du Cinéma, Jumpscare)
> 13 morts sur ordonnance : livret de 24 pages conçu par Marc Toullec
Master Haute Définition - Durée : 1H20 - Langues : Français stéréo, Anglais 5.1 - Sous-titres : Français
Son : Dolby Audio (DVD) et DTS-HD (Blu-Ray) - Titre VO : Body Melt – Année de production : 1993
Combo Blu-Ray + DVD disponible au prix public conseillé de 24,99 €
Une sortie de RIMINI ÉDITIONS
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