6 Juin 2025
Un Mariage sans Fin // De Patrick Cassie. Avec Tarek Boudali, Camille Rowe et Youssef Hajdi.
Parfois, l’impression d’avoir déjà vu un film ne tient pas qu’à un air de déjà-vu narratif. Dans le cas d’Un Mariage sans Fin, cette sensation s’impose très vite… parce qu’elle est littérale. Il ne s’agit pas ici de métaphore, mais d’un remake quasi scène pour scène de Palm Springs, la comédie américaine sortie en 2020. Sauf qu’à défaut d’en capter la légèreté, la tendresse et le rythme, cette version française s’embourbe dans une imitation sans âme ni propos. Amazon Prime Video ajoute donc à son catalogue un nouveau long-métrage français qui fait figure de tentative. Tentative d’humour, tentative de romance, tentative d’inventer quelque chose à partir de ce qui était déjà calibré pour fonctionner.
Lors du mariage de sa sœur dans un hôtel reculé du Maroc, Louna rencontre Paul. Rongée par l’ennui, elle se laisse séduire par ce curieux convive. Mais alors qu’ils s’apprêtent à conclure leur soirée au milieu du désert, Paul est attaqué par un mystérieux agresseur et fuit dans une grotte, suivi de près par Louna. À son réveil, elle découvre qu’elle est coincée dans une boucle temporelle avec Paul, condamnée à revivre cette journée à l’infini. Elle cherche à en sortir par tous les moyens, tandis que Paul, qui est coincé depuis plus longtemps qu’elle, la guide avec malice à travers les méandres de ce mariage sans fin. Ensemble, ils explorent cette étrange réalité, oscillant entre rires, désespoir et rapprochements imprévus. Et s’ils trouvaient, derrière l’absurdité de leur situation, une chance inespérée de donner un sens à leur existence... et peut-être même de découvrir l’amour ?
Mais à trop chercher à coller à un modèle, le film finit par oublier d’exister. L’histoire est simple : lors du mariage de sa sœur au Maroc, Louna, jeune femme un peu paumée, rencontre Paul, lui aussi visiblement perdu. Une nuit passée ensemble, et le lendemain... est le même jour. Puis encore le même. Le duo se retrouve piégé dans une boucle temporelle qui rejoue à l’identique le jour du mariage. À partir de là, tout est censé reposer sur leur dynamique, leur évolution, et la manière dont ils vont appréhender cette répétition infernale. Ce ressort narratif, bien usé mais toujours prometteur quand il est bien traité, permet souvent de creuser les personnages, d’explorer les nuances de leurs émotions et de jouer avec les règles du temps pour créer du rythme, de la surprise, voire de la profondeur.
Sauf qu’ici, la boucle tourne à vide. Tarek Boudali incarne Paul avec une décontraction qui pourrait séduire dans un autre contexte. Le souci, c’est qu’il semble traverser les scènes sans conviction, comme s’il n’avait jamais réellement cru à l’écriture de son propre personnage. Il ne dégage ni lassitude crédible face à cette journée répétée, ni réelle tendresse envers Louna. Son jeu reste plat, figé dans une routine d’acteur qui récite plus qu’il ne compose. Camille Rowe, de son côté, hérite d’un personnage féminin peu développé, souvent réduit à des réactions mécaniques ou à des dialogues sans impact. L’alchimie entre les deux protagonistes ne prend pas. Le spectateur n’a aucun point d’accroche pour croire à leur lien, ni aux transformations qu’ils sont censés vivre ensemble.
À force de courir après une émotion qui ne vient pas, le film se contente d’enchaîner les scènes avec une régularité morne. Tourner au Maroc aurait pu apporter un souffle visuel au film. Pourtant, malgré quelques paysages agréables et une lumière naturelle qui aurait pu jouer un rôle plus important, la mise en scène ne parvient jamais à capturer une atmosphère. Tout reste en surface, y compris l’exotisme du cadre. Le lieu n’est qu’un décor vide, jamais investi, jamais incarné. Le film semble tourner dans un espace étouffé, comme s’il était lui aussi pris dans sa propre boucle de platitude. Même les tentatives comiques tournent à vide. Une serveuse vient égayer çà et là quelques passages, mais cela reste anecdotique.
L’humour, mécanique, tombe souvent à plat. Les gags visuels sont rares, les dialogues manquent d’esprit, et les situations n’ont ni folie ni dérision. L’écriture s’enlise dans des effets de répétition qui ne trouvent jamais le bon ton. Ce qui pose question, au-delà du résultat final, c’est l’intention même du projet. Pourquoi refaire un film aussi codifié sans chercher à l’adapter réellement ? La version française reprend Palm Springs quasiment plan pour plan, sans y apporter une vision nouvelle, une perspective culturelle, ou un regard personnel sur le thème du temps figé. Le remake n’est pas un exercice honteux en soi. Il peut être un moyen de revisiter une œuvre, de la transposer, de lui donner une résonance locale.
Ici, rien de tout cela. L’originalité est absente, l’adaptation inexistante. L’impression que le film n’a été produit que pour remplir une ligne éditoriale se fait tenace. Patrick Cassir, déjà réalisateur de Premières vacances, semblait vouloir poursuivre son exploration de la comédie romantique en territoire étranger. Mais là où son premier film tenait par son ton léger et ses dialogues vivants, Un Mariage sans Fin échoue à transmettre une quelconque chaleur. La direction d’acteurs est flottante, la mise en scène purement fonctionnelle. Le montage, quant à lui, trahit un manque de rythme criant. Là où le concept de la boucle temporelle appelle à des ruptures de ton, à des surprises, le film s’alourdit d’une répétition sans relief.
Même le climax, censé apporter une résolution émotionnelle ou un sursaut d’enjeu, reste mou et peu crédible. Un Mariage sans Fin n’est pas seulement un film raté ; c’est un film qui ne justifie jamais son existence. Ni drôle, ni touchant, ni inventif, il passe à côté de tout ce qui aurait pu en faire une variation intéressante sur le thème de la boucle temporelle. L’énergie de Tarek Boudali, pourtant habitué aux registres comiques, est ici bridée par un scénario trop sage, trop calqué, trop peu habité. Disponible sur Amazon Prime Video, le film fait pâle figure face à l’original dont il s’inspire lourdement.
Et quand les deux sont accessibles sur la même plateforme, difficile de trouver une raison valable de choisir cette version française. À vouloir coller trop fidèlement à son modèle, Un Mariage sans Fin s’oublie lui-même en route. Et dans cette boucle sans fin, le spectateur finit, lui aussi, par perdre patience.
Note : 0/10. En bref, Un Mariage sans Fin n’est pas seulement un film raté ; c’est un film qui ne justifie jamais son existence. Ni drôle, ni touchant, ni inventif, il passe à côté de tout ce qui aurait pu en faire une variation intéressante sur le thème de la boucle temporelle.
Sorti le 30 mai 2025 directement sur Amazon Prime Video
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