21 Juin 2025
Murder Most Puzzling // Saison 1. Episode 1. Episode #1.1.
Un nouveau visage débarque dans le monde très codifié des enquêtes à la télévision britannique : celui de Cora Felton, autoproclamée « Puzzle Lady », croqueuse de mots croisés et, accessoirement, détective amateur. Murder Most Puzzling, diffusée sur Channel 5, inaugure sa première saison avec un épisode qui cherche sa voie entre mystère, humour et excentricité assumée. En théorie, ce mélange peut fonctionner. En pratique, le résultat laisse perplexe. L’intrigue s’ouvre sur une découverte macabre : une jeune femme est retrouvée sans vie dans un cimetière du village fictif de Bakerbury, avec dans sa poche une énigme inspirée de mots croisés. Une mise en scène étrange, presque théâtrale, qui attire l’attention de la police locale.
Cora Felton, une rédactrice de mots croisés pour un journal qui a récemment emménagé dans une petite ville tranquille, propose ses services à la police locale pour résoudre des affaires liées à des énigmes.
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C’est ainsi que Derek Hooper, inspecteur en chef peu habitué aux affaires de ce genre, fait appel à Cora Felton, célèbre pour ses talents de cruciverbiste. Mais dès les premières scènes, un malaise s’installe. Cora est introduite de manière abrupte, dans une posture peu glorieuse : évanouie dans sa voiture après une soirée trop arrosée. L’intention semble être de brosser le portrait d’un personnage fantasque et imprévisible. Pourtant, ce choix crée une dissonance dès le départ. La série semble hésiter sur le ton à adopter : comédie légère ou drame criminel aux accents réalistes ? Cette ambiguïté plombe l'épisode. Cora Felton est censée être au centre de l’intrigue, mais son traitement pose problème.
Loin d’incarner une figure d’autorité ou d’inspiration, elle apparaît comme un stéréotype d’enquêtrice farfelue, sans profondeur ni justification émotionnelle convaincante. Ses interventions paraissent souvent déconnectées de l’enquête, comme si elle s’imposait plutôt qu’elle n’apportait une réelle valeur ajoutée. Le contraste entre son comportement et l’ambiance générale de la série est frappant. Là où les autres personnages évoluent dans une dynamique réaliste, presque pesante, Cora semble jouer dans une autre série. Cette dissonance nuit à l’équilibre du récit. On comprend qu’un retournement de situation vient, plus tard, tenter d’expliquer son attitude. Mais l’effet reste insuffisant : ce twist soulève davantage de questions qu’il n’en résout.
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Autour de Cora gravitent plusieurs figures censées enrichir l’univers de Bakerbury. Sa nièce Sherry, interprétée par Charlotte Hope, incarne une sorte de contrepoint plus sérieux, plus ancré. Mais l’alchimie entre les deux femmes reste superficielle. Leur relation peine à évoluer, et les dialogues ne permettent pas vraiment de comprendre ce qui les lie. Derek Hooper, inspecteur en chef, alterne entre maladresse et moments de lucidité. Cette oscillation constante entre comédie involontaire et sérieux nuit à la crédibilité du personnage. Quant aux autres habitants du village – journaliste fouineur, maire autoritaire, avocate intrigante – ils se débattent dans des rôles trop rigides ou trop caricaturaux pour susciter un réel intérêt.
Le cœur d’une série policière repose sur la qualité de son intrigue. Ici, l’idée de base – un tueur qui utilise les mots croisés comme signature – est originale. Le problème vient de son traitement. Le déroulement manque de rythme, les indices sont dispersés sans logique apparente, et les révélations tardent à susciter l'effet de surprise attendu. La résolution, bien qu’intelligemment pensée, arrive trop tard pour raviver l’attention. Il est difficile de s’investir pleinement dans une enquête quand les enjeux émotionnels sont aussi peu incarnés. Le lien entre le crime et les motivations des personnages semble artificiel, comme plaqué sur une structure narrative préétablie. Il aurait été possible de construire une tension progressive, un vrai suspense autour des indices, des faux-semblants, des motivations cachées.
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Mais ici, tout paraît précipité. Les rebondissements tombent à plat, les confrontations manquent de nerf, et le spectateur reste en retrait, sans matière à élaboration. Murder Most Puzzling semble vouloir s’inscrire dans la tradition du cosy crime britannique, ces récits où le crime s’invite dans un décor bucolique, résolu par un détective amateur souvent marginal. On pense évidemment à Miss Marple. Mais là où ces exemples jouent avec finesse sur les contrastes entre la douceur du cadre et la noirceur du crime, la série de Channel 5 peine à trouver cet équilibre. Le recours au comique excentrique, incarné par Cora, semble plaqué, sans être intégré de façon cohérente à l’ensemble.
La série n’exploite ni l’humour, ni la gravité, ni l’émotion. Chaque piste semble abordée à moitié, comme si le scénario refusait de choisir un cap. Même la mise en scène hésite : musique trop légère par moments, puis soudainement dramatique ; lumière flatteuse dans des scènes graves, cadrages bancals dans les échanges cruciaux. Tout cela contribue à créer une atmosphère peu immersive. Et pourtant, certains éléments laissent entrevoir ce que la série aurait pu devenir. L’idée d’une héroïne publique, devenue célèbre pour ses grilles de mots croisés, est suffisamment inhabituelle pour intriguer. Le parallèle entre ses énigmes et les crimes offre une matière riche, propice à des jeux de miroir, à une exploration de la logique, du langage, voire de la psychologie.
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Mais ces promesses ne sont pas tenues. Le passé trouble de Cora est mentionné mais à peine exploré. Son rapport à la notoriété reste en surface. L’impact émotionnel de l’enquête sur elle ou son entourage est esquivé. L’univers reste plat, les dialogues manquent de nuance, et le tout paraît bâclé. Ce premier épisode de Murder Most Puzzling donne l’impression d’un pilote conçu à la hâte, sans véritable vision d’ensemble. La série possède les ingrédients d’un bon divertissement, mais leur dosage laisse à désirer. L’excentricité du personnage principal, qui aurait pu devenir une force, finit par isoler le spectateur au lieu de l’embarquer. Rien n’interdit à cette série de trouver son rythme dans les épisodes suivants.
Mais avec seulement trois volets prévus pour cette première saison, le temps manque pour installer une dynamique durable. Le potentiel est là, mais il reste largement à concrétiser. En attendant, difficile de recommander ce démarrage à celles et ceux qui cherchent un polar captivant ou une série à énigmes bien ficelée. À moins d’avoir une patience à toute épreuve… ou une passion inébranlable pour les mots croisés.
Note : 3/10. En bref, un démarrage bancal pour une série à énigmes.
Prochainement en France
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