Critique Ciné : The Breadwinner (2026, Amazon Prime Video)

Critique Ciné : The Breadwinner (2026, Amazon Prime Video)

The Breadwinner // De Eric Appel. Avec Nate Bargatze, Mandy Moore et Colin Jost.

 

Passer du stand-up au cinéma n’est jamais un exercice facile, et Nate Bargatze l’apprend à ses dépens avec The Breadwinner. L’idée de départ avait pourtant de quoi séduire : parachuter un père de famille habitué au boulot dans le quotidien d'un foyer dont il doit désormais tout gérer seul. Sur le papier, il y avait matière à signer une comédie moderne et piquante sur la répartition des tâches, la charge mentale ou l’inversion des rôles. Sur l’écran, c’est une autre histoire. Le film préfère s’installer confortablement dans un vieux réflexe hollywoodien et dérouler sa seule vraie idée fixe : papa est un incapable total à la maison. Au départ, l'histoire s’enclenche de manière plutôt fluide. Nate se retrouve sur le carreau au moment exact où sa femme monte sa boîte. 

 

Un homme devient père au foyer et réalise rapidement qu'il ne sait plus où donner de la tête.

 

Pour faire tourner la baraque, l’organisation change du tout au tout : Nate accepte de rester à la maison pour gérer les filles pendant plusieurs semaines. C'était l'occasion rêvée d'explorer avec humour les frictions ordinaires d'un couple qui réapprend à fonctionner, les galères quotidiennes d'un parent au foyer ou les stéréotypes qui nous collent encore à la peau. Malheureusement, The Breadwinner bifurque très vite vers la facilité. Le gros point noir du film réside dans son personnage principal. Nate nous est dépeint comme un homme complètement largué face aux tâches les plus courantes. Préparer un repas, faire tourner une machine de linge ou structurer une journée avec ses enfants devient chez lui une épreuve insurmontable.

 

Ce genre d'humour peut marcher sur une ou deux scènes. Ça devient beaucoup plus lourd quand cela devient l'unique trait de caractère du héros. À la moindre hésitation, le scénario déclenche une catastrophe. Nate glisse, se blesse, accumule les bourdes et prend des décisions totalement absurdes. À force d'appuyer sur sa maladresse, le film détruit toute possibilité de le faire évoluer de manière crédible. C’est franchement dommage, parce que le sujet méritait une approche plus fine. Voir un père prendre conscience du travail colossal que demande la gestion d'un foyer aurait pu donner une vraie comédie intelligente. On aurait aimé voir Nate galérer, ajuster le tir, apprendre de ses erreurs et mesurer enfin ce que sa femme porte sur les épaules au quotidien. 

 

Au lieu de ça, The Breadwinner préfère enchaîner les tartelettes à la crème, les chutes et les situations d'humiliation pure. Du côté de la dynamique familiale, les deux filles occupent une place centrale. Évidemment plus débrouillardes et lucides que leur père, elles servent de faire-valoir comique pour souligner à quel point l'adulte est dépassé par les événements. La formule fait sourire sur le coup, mais elle tourne très vite en rond. Ce schéma du père à la ramasse secouru par ses enfants appartient à une tradition vieille comme la télévision. Réutiliser des mécaniques connues n'est pas un problème en soi, à condition d'y apporter un regard neuf ou une touche de fraîcheur. Ce n'est pas le cas ici. 

 

The Breadwinner ressemble à un projet resté coincé dans les années 90, une sorte de sitcom familiale rallongée pour tenir le format long-métrage. Heureusement, tout n'est pas à jeter. On croise ici et là quelques répliques bien senties et des échanges plus spontanés entre les comédiens. Ces petites parenthèses apportent un peu d'air frais et montrent ce que le film aurait pu être avec un scénario un peu plus inspiré. Pourtant, Nate Bargatze a un réel capital sympathie et un style comique bien à lui. Son humour d'observation, très ancré dans le quotidien, fonctionne d'ordinaire très bien sur scène grâce à son ton pince-sans-rire et sa simplicité. Mais le passage au grand écran grippe la machine.

 

Au lieu de construire une vraie fiction cinématographique, le film donne souvent l'impression de vouloir caser le personnage de scène de l'humoriste dans des situations créées sur mesure pour un sketch. Les événements s'enchaînent pour provoquer un gag immédiat plutôt que pour nourrir l'histoire ou faire grandir les personnages. Pire encore, dès qu'une scène commence à toucher juste ou à apporter un peu d'émotion, le scénario s'empresse d'injecter une blague pour désamorcer la tension. Cette peur permanente d'être pris en flagrant délit de sérieux empêche l'histoire d'exister pleinement. À force de vouloir faire rire toutes les trente secondes, le film finit par perdre son impact.

 

Ce qui pèse le plus lourd au final, c'est ce sentiment de prévisibilité absolue. Le parcours du héros se devine dès la première demi-heure : l'homme sous-estime le travail domestique, accumule les boulettes, frôle le drame familial, avant de déclencher une prise de conscience bienvenue dans le dernier acte. Il y avait pourtant moyen d'injecter un peu de personnalité dans ce moule ultra-classique. Parler un peu plus franchement de la pression économique, du statut social ou de ce que veut dire être parent aujourd'hui aurait donné du corps au récit. Au lieu d'assumer ces thèmes, l'écriture préfère rester dans une zone de confort maximale pour ne bousculer personne.

 

Même la mise en scène trahit ce manque d'ambition. La présence ultra-visible de marques et de placements produits au milieu des scènes rappelle un peu trop qu'on est devant un divertissement très calibré. On regarde l'ensemble sans déplaisir, les acteurs font le boulot et certaines situations arrachent un sourire, mais il manque ce grain de folie ou cette sincérité qui fait les grandes comédies. The Breadwinner s'enferme dans la facilité et s'oublie malheureusement aussi vite qu'il s'est laissé regarder.

 

Note : 3/10. En bref, en enfermant Nate Bargatze dans le cliché éculé du père incapable de gérer son foyer, The Breadwinner gâche un sujet de société prometteur et un réel potentiel comique. Malgré un capital sympathie indéniable et quelques répliques bien senties, cette comédie ultra-prévisible manque cruellement d'originalité pour marquer les esprits.

Sorti le 10 août 2026 directement sur Amazon Prime Video

 

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