26 Juillet 2025
Dexter: Resurrection // Saison 1. Episode 4. Call Me Red.
Il y a des épisodes qui servent de pont narratif, d’autres qui remettent les enjeux au centre du jeu. Et puis il y a ceux, comme cet épisode 4 de Dexter: Resurrection, qui confrontent le protagoniste à son propre reflet – ou à ses multiples fragments. "Call Me Red" s’inscrit dans cette lignée, en installant un huis clos aussi improbable qu’inquiétant : un dîner entre tueurs, où la parole est aussi libre que dangereuse. Dès les premières minutes, quelque chose cloche dans l’atmosphère. Pas parce qu’il y a danger immédiat, mais parce que tout semble trop bien orchestré. Dexter ne se rend pas simplement à une soirée, il s’infiltre dans un rituel codé, sous l’identité d’un autre tueur qu’il a éliminé peu avant.
Ce simple acte, en apparence stratégique, met en lumière un point essentiel : Dexter ne joue plus seulement avec les limites de son propre code, il se réinvente un masque. La scène où il découvre la fameuse "collection" de Leon Prater est frappante. Cette pièce forte d’objets morbides, dédiée aux figures les plus sombres de la série – Trinity, le Tueur de la Glace, ou encore le Boucher de Bay Harbor – agit comme un miroir. Ce lieu devient plus qu’un décor : c’est un sanctuaire tordu qui matérialise la mémoire collective des crimes, mais aussi le poids que Dexter pensait avoir enterré avec sa disparition. L’instant où il frôle ses anciens trophées – les fameuses lamelles de sang – crée une brèche dans sa posture.
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L’émotion qu’il tente de contenir surgit malgré lui, et cela en dit long sur ce qui le traverse. Ce moment-là ne crie pas nostalgie, mais il évoque un ancrage. Il n’est pas face à un simple objet : il est confronté à lui-même, à une époque où sa méthode faisait sens selon un code strict. Cette mémoire déclenche une tension interne entre ce qu’il a été et ce qu’il devient. Chaque personnage autour de la table n’est pas simplement un tueur, mais une version différente du concept même de "justification". Il y a ceux qui tuent pour dominer, d'autres pour réparer. Mia – ou Lady Vengeance – se positionne à la frontière de ces deux pôles. Son approche sélective, presque militante, résonne avec ce que Dexter a toujours cherché à défendre.
La complicité qui se développe entre eux ne repose pas sur un flirt classique, mais sur une reconnaissance mutuelle. Elle agit selon une logique qui lui est propre, et cela intrigue Dexter autant que cela l’attire. L’arrivée de Lowell, alias le Collectionneur de Tatouages, modifie immédiatement l’équilibre du groupe. Ce personnage flamboyant, interprété avec une certaine ironie, fait office de catalyseur. Son comportement, à la fois arrogant et excessivement détendu, met en évidence l’imprévisibilité de cette réunion. Et quand il commence à parler de ses projets de meurtre comme d’un simple week-end à venir, Dexter comprend que le jeu devient dangereux.
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Il est alors confronté à un dilemme. Cette assemblée est composée d’individus qui correspondent à sa cible habituelle, mais elle incarne aussi une forme de communauté que Dexter n’a jamais connue. Ces personnes ne le jugent pas. Mieux encore : elles partagent un besoin qu’il a toujours dû cacher. Le fait d’être parmi ses "semblables" crée un paradoxe. Il peut enfin parler sans filtre, mais il doit continuer à mentir pour ne pas être démasqué. L’élimination de Lowell est un moment pivot. Dexter ne le tue pas seulement parce qu’il enfreint son propre code moral, mais aussi pour préserver son identité. Pourtant, il ne peut s’empêcher de savourer ce qui se joue dans les dernières secondes : le basculement de la peur chez la victime au moment précis où elle comprend à qui elle a réellement affaire.
Cette terreur pure, face à une figure mythifiée du passé, ramène Dexter à une certaine forme de contrôle qu’il croyait avoir perdu. Ce meurtre-là, malgré son efficacité, agit comme un signal d’alerte. Le cercle dans lequel il s’est infiltré pourrait ne pas laisser passer cette disparition si facilement. Ce sont des tueurs, mais ce sont aussi des êtres organisés, avec leurs règles, leurs pactes tacites. Dexter sait qu’en tuant l’un d’eux, il a franchi une ligne – même si c’était pour les "bonnes" raisons. Ce dîner avait tout pour être un tournant : un endroit où Dexter pouvait exister, même masqué. Mais la stabilité de cette illusion ne pouvait durer. Mia reste une énigme, et son attirance pour Dexter ne semble pas seulement fondée sur un désir de lien.
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Il y a dans son regard une lucidité qui tranche avec le reste du groupe. Elle voit en Dexter une profondeur qui lui échappe encore, mais qui l’intrigue suffisamment pour qu’elle veuille en savoir plus. En parallèle, la présence de Harry – du moins son écho mental – agit comme un rappel constant que chaque détour a un prix. Dexter ne peut pas se laisser aller à cette nouvelle vie sans ignorer totalement Harrison. Et c’est là que l’épisode renoue avec l’essentiel : cette tension entre passé et présent, entre besoin personnel et responsabilité paternelle. Pendant que Dexter tente de jouer les équilibristes, Harrison se retrouve à son tour dans un engrenage.
La traque menée par Batista prend une tournure plus directe, et les pièces commencent à s’assembler. Le spectateur sait que Batista possède une information que Harrison ignore : son père est vivant. Ce simple décalage crée une forme de tragédie. Ce que Harrison pense être un passé clos s’apprête à ressurgir, sans qu’il ait pu s’y préparer. Ce fil narratif, à lui seul, pourrait faire basculer l’intrigue dans une autre direction. Batista n’est plus simplement un enquêteur : il est devenu l’ombre du passé qui refuse de disparaître. Son obsession pour la vérité semble alimentée autant par le devoir que par un besoin de rédemption personnelle. Et même si l’on peut se demander s’il ira jusqu’au bout, une chose est certaine : sa présence marque un tournant.
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L’épisode 3 laissait entrevoir un frémissement dans la relation entre Dexter et son fils, mais c’est dans cet épisode 4 que tout bascule réellement. L’apparition de Dexter face à Harrison est brutale, inattendue, presque irréelle. Pourtant, elle survient à un moment stratégique. Juste avant que Harrison ne sombre, avant qu’il ne prenne une décision irréversible. Cette réunion n’efface rien. Elle n’annule pas les mensonges, les années d’absence, ni les blessures. Mais elle offre une possibilité. Un espace où les choses pourraient, peut-être, être réparées. Il ne s’agit pas de rédemption instantanée, mais d’un alignement. Dexter et Harrison, chacun de leur côté, ont tenté de survivre à leur manière.
Les réunir n’est pas une fin en soi, c’est une nouvelle ligne de départ. Ce que cet épisode montre avec habileté, c’est à quel point chaque personnage porte un masque – parfois plus d’un. Dexter joue le rôle de Red, mais se souvient de ce qu’il était. Mia cache une logique derrière son apparente spontanéité. Prater, qui ne tue pas, reste pourtant profondément obsédé par la mort. Et même Harry, simple voix dans la tête de Dexter, symbolise un code qui se fissure de plus en plus. Tout l’épisode fonctionne sur cette ambiguïté : jusqu’où peut-on jouer un rôle sans se perdre ? Peut-on vraiment changer si l’on ne se détache pas de ses racines ? Et surtout, à quel moment l’illusion devient plus dangereuse que la vérité ?
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Chaque séquence de cet épisode a une fonction. Rien ne semble gratuit ou décoratif. Le choix de réunir autant de figures marquantes dans une même pièce n’est pas qu’un clin d’œil aux fans. C’est une façon de dire que Dexter n’avance pas seul. Son passé, ses choix, ses contradictions, tout cela est encore bien présent, sous différentes formes. L’écriture évite les excès. Même dans l’humour noir, toujours bien dosé, il y a un équilibre. Le ton reste fidèle à ce que la série sait faire de mieux : confronter les ténèbres avec lucidité, sans pathos inutile. Le personnage de Dexter n’est pas glorifié. Il est montré dans toute sa complexité, ses hésitations, ses impulsions.
Cet épisode ne se contente pas d’ouvrir des portes, il en referme certaines avec force. Lowell n’est plus là, mais Mia est toujours présente. Harrison connaît maintenant la vérité, mais ce qu’il fera de cette information reste flou. Et Batista, lui, n’a pas dit son dernier mot. Ce dîner entre tueurs agit comme une métaphore. Chacun y vient avec ses armes, ses failles, ses secrets. Mais c’est la manière dont Dexter navigue dans ce chaos qui donne le ton pour la suite. Rien n’est simple, tout est compromis. Et c’est justement ce qui rend cette saison captivante : cette capacité à explorer les marges, à faire dialoguer les fantômes du passé avec les incertitudes du présent.
Note : 10/10. En bref, un épisode parfait, clairement fait pour les fans mais au delà de ce plaisir pur, l’épisode est fascinant à bien des égards.
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