Critique Ciné : Happy Gilmore 2 (2025, Netflix)

Critique Ciné : Happy Gilmore 2 (2025, Netflix)

Happy Gilmore 2 // De Kyle Newacheck. Avec Adam Sandler, Julie Bowen et Christopher McDonald.

 

Il y a des films qu'on revoit avec un plaisir coupable, des comédies qui ont marqué une époque et qu’on associe à un certain âge de l’insouciance. Happy Gilmore (sorti sous le nom Terminagolf en France), sorti en 1996, fait partie de cette catégorie. À la fois irrévérencieux et attachant, il avait su capturer l’énergie d’un Adam Sandler au sommet de sa verve comique. Près de trente ans plus tard, Happy Gilmore 2 tente de raviver la flamme. Mais ce retour attendu par les fans a des allures de réunion maladroite, où l’émotion de retrouver d’anciens visages ne suffit pas à masquer les faiblesses d’un projet qui semble surtout reposer sur la nostalgie. Dès les premières minutes, le ton est donné : Happy Gilmore 2 choisit de déconstruire ce que le premier film avait construit, en annulant de façon abrupte les acquis du personnage. 

 

Le retour d'Happy Gilmore !

 

Ce revirement aurait pu être une piste intéressante s’il n’était pas expédié sans explication solide, ni réelle intention dramatique. Le scénario multiplie les clins d’œil au film original, à tel point qu’on se demande parfois si on regarde une suite ou un best of. Les flashbacks et références appuyées prennent une place disproportionnée. L’idée de revisiter les moments cultes n’est pas mauvaise en soi, mais ici, elle prend le pas sur toute tentative de construire une histoire cohérente. Le “nouvel” arc narratif – Happy doit reprendre le golf pour financer les études artistiques de sa fille – n’a ni la fraîcheur ni la folie de l’original. Le tout donne une impression de scénario bricolé, qui cherche plus à cocher des cases qu’à raconter une vraie histoire.

 

Le film semble fonctionner selon une logique d’algorithme : plus il y a de visages connus, plus le public sera ravi. Résultat, Happy Gilmore 2 est peuplé de célébrités issues de tous horizons – chanteurs, influenceurs, golfeurs pros, comédiens – dont la présence est souvent gratuite, voire déroutante. Certains caméos sont amusants, d’autres franchement dispensables. On a parfois l’impression d’assister à un défilé plutôt qu’à une comédie. Les retours de Julie Bowen, Ben Stiller ou Christopher McDonald font tout de même plaisir. McDonald, dans le rôle de Shooter McGavin, trouve d’ailleurs quelques beaux moments. Mais leur temps d’écran est limité, souvent au profit de personnages secondaires peu développés, comme les fils de Happy ou des figures issues de l’univers Netflix. 

 

Même Bad Bunny, pourtant charismatique ailleurs, se perd ici dans un rôle absurde et peu inspiré. L’un des aspects les plus étonnants de Happy Gilmore 2 est son changement d’ambiance au fil du récit. Le début évoque clairement une suite nostalgique, à mi-chemin entre l’hommage et la parodie. Puis, sans transition claire, le film plonge dans un univers délirant, presque surréaliste, où le golf se transforme en compétition façon MTV des années 2000. Ce virage abrupt casse le rythme et brouille le propos. On passe de la comédie absurde à une satire mal assumée, sans vraiment savoir ce que le film cherche à dire. En termes de mise en scène, rien ne choque vraiment, mais rien ne retient non plus l’attention. La réalisation est fonctionnelle, sans éclat, et souffre d’un manque cruel de rythme. 

 

Le film dure deux heures, et ce temps se fait sentir. De longues séquences semblent étirées inutilement, d’autres auraient gagné à être développées. Il y a un vrai problème de construction dans l’ensemble. Côté humour, la déception est palpable. Le film reprend des blagues du premier sans leur redonner un nouvel élan. Certaines scènes paraissent simplement recopiées, avec une énergie amoindrie. D’autres s’enfoncent dans un humour daté, reposant sur des jeux de mots éculés ou des ressorts comiques peu inspirés. Difficile d’imaginer que les mêmes auteurs aient écrit certaines scènes aussi plates. Même Sandler, pourtant à l’aise dans ce personnage de loser sympathique, semble ici en pilotage automatique. Il retrouve bien les tics de jeu de l’original, mais sans la vitalité d’antan. 

 

L’âge du comédien n’est pas le problème ; c’est plutôt le manque d’intention derrière son retour. L’émotion n’est pas absente, mais elle est trop vite éclipsée par un comique forcé. Certains films vieillissent bien parce qu’ils savent rester à leur place. Happy Gilmore faisait partie de ceux-là. Cette suite n’était pas indispensable. Elle ressemble plus à un projet contractualisé par Netflix, à la recherche d’un succès d’été facile, qu’à une véritable envie artistique de prolonger une histoire. Le fan service y est omniprésent, mais mal utilisé. À force de recycler les mêmes ficelles, Happy Gilmore 2 perd son identité. Le film n’est pas non plus une catastrophe totale. Quelques moments arrivent à faire sourire, notamment certaines scènes entre Happy et ses enfants, ou les rares instants où l’émotion affleure. 

 

Mais cela ne suffit pas à compenser les lacunes du scénario, les maladresses de mise en scène, et surtout, l’absence de souffle comique. Happy Gilmore 2 est une suite qui échoue à retrouver l’équilibre entre l’humour absurde et le récit sincère du film original. En misant tout sur la nostalgie, les caméos et les références, il oublie de proposer une vraie vision, ou même simplement un bon moment de comédie. Les fans inconditionnels d’Adam Sandler y trouveront peut-être leur compte, mais les autres risquent surtout de se replonger dans le premier film… pour oublier cette suite.

 

Note : 3/10. En bref, Happy Gilmore 2 est une suite qui échoue à retrouver l’équilibre entre l’humour absurde et le récit sincère du film original. En misant tout sur la nostalgie, les caméos et les références, il oublie de proposer une vraie vision, ou même simplement un bon moment de comédie. 

Sorti le 25 juillet 2025 directement sur Netflix

 

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