Olympo (Saison 1, 8 épisodes) : un plongeon dans l’absurde plus que dans la piscine

Olympo (Saison 1, 8 épisodes) : un plongeon dans l’absurde plus que dans la piscine

Quand une série promet une incursion dans le monde du sport de haut niveau, avec tout ce que cela implique de pression, de rigueur et de dépassement de soi, il y a de quoi être curieux. Surtout quand cette même série arrive avec une bande-annonce léchée, un casting au physique avantageux et une promesse de drame adolescent saupoudré de mystères et de tensions sexuelles. Mais une fois les huit épisodes de Olympo avalés, le constat est simple : le programme ne raconte pas tant une histoire qu’il n’empile des situations absurdes dans un décor aseptisé et hautement photogénique. La série se déroule dans un centre fictif de hautes performances niché quelque part dans les Pyrénées. 

 

Les meilleurs athlètes du pays s’entraînent au Centre de Hautes Performances des Pyrénées, comme Amaia, la capitaine de l’équipe nationale de natation synchronisée qui n’exige que le meilleur d’elle-même et ne permet aucune erreur. Mais quand sa coéquipière et meilleure amie Núria la surpasse pour la première fois, Amaia se rend compte que certains athlètes améliorent inexplicablement leurs performances... Après des années à pousser leur corps à bout et à sacrifier leur vie pour le sport, ils sont confrontés à un dilemme : jusqu’où sont-ils prêts à aller ?

 

Un endroit où de jeunes athlètes sont censés se préparer à intégrer les meilleures équipes sportives nationales, voire internationales. Pourtant, dès les premières scènes, la crédibilité du cadre s’effrite. À aucun moment les exigences réelles du sport de haut niveau ne semblent prises au sérieux. Il y a bien quelques entraînements ici ou là, mais toujours survolés, jamais incarnés. À la place, l’intrigue préfère miser sur des éléments bien plus racoleurs : trahisons, manipulations, jalousies adolescentes et beaucoup, beaucoup de scènes de sexe. Trop, même, pour qu’elles aient un quelconque poids narratif. 

 

Il ne s’agit pas ici de condamner l’érotisme dans les fictions, mais plutôt de souligner à quel point son usage est ici systématique, presque mécanique, comme un automatisme destiné à retenir l’attention du spectateur à défaut de construire un propos cohérent. Le personnage principal, Amaia, est censée représenter la figure de la sportive disciplinée, engagée, celle qui tient son équipe à bout de bras. Mais très vite, son arc narratif glisse vers autre chose : une quête solitaire, quasi paranoïaque, où elle se met à soupçonner un complot dans les murs du centre. Tout cela parce que sa meilleure amie devient soudainement meilleure qu’elle, ce qui réveille des soupçons qui vont crescendo.

 

L’idée d’une dérive institutionnelle autour du dopage et des pressions exercées sur les jeunes athlètes n’est pas inintéressante en soi. Mais elle est ici traitée de manière si caricaturale, si peu crédible, qu’elle perd toute force. On passe de l’évocation à la surenchère grotesque, avec des expériences médicales dignes d’un thriller de série Z et des adultes incompétents qui oscillent entre négligence et sadisme sans jamais convaincre. Difficile de s’attacher à qui que ce soit dans Olympo. Les personnages secondaires sont nombreux, mais interchangeables. Leurs motivations semblent changer d’un épisode à l’autre sans véritable logique. L’ensemble donne l’impression d’un collage de personnalités sans âme, pilotées uniquement par les exigences du scénario et non par une cohérence interne.

 

Quant à l’acting, il oscille entre le convenable et le gênant. La majorité du casting semble recrutée pour son physique plus que pour son jeu, et cela se ressent à chaque réplique. Les moments d’émotion tombent à plat, les confrontations manquent de tension, et les rares instants de sincérité sont noyés dans un flot de surjeu permanent. Visuellement, la série s’applique à flatter l’œil. Les plans sont propres, les ralentis nombreux, les jeux de lumière fréquents, et l’eau omniprésente devient un élément de mise en scène à part entière. Mais à trop vouloir séduire esthétiquement, Olympo oublie de construire un univers crédible. Le style l’emporte sur le fond, jusqu’à épuisement.

 

On sent que la série cherche à impressionner, à créer une sorte de ballet visuel dans lequel le corps des athlètes devient un objet de contemplation. Mais ce choix esthétique ne compense pas les nombreuses faiblesses d’écriture, ni l’absence de véritable enjeu dramatique. Chaque épisode semble suivre le même schéma : un peu d’entraînement, beaucoup de tensions hormonales, quelques scènes pseudo-mystérieuses, et un cliffhanger artificiel. Le principal problème reste l’histoire elle-même. Les rebondissements ne surprennent jamais. Les scènes supposées choquantes tombent à plat. Et surtout, la série semble constamment hésiter entre plusieurs directions : est-ce un drame sportif ? Un thriller conspirationniste ? Une chronique adolescente ? Une satire de la performance ? 

 

Rien de tout cela n’est vraiment assumé. À force de vouloir brasser large, Olympo ne raconte plus rien. Elle accumule des séquences souvent gratuites, parfois absurdes, sans jamais construire de tension durable. Même le suspense, qui devrait être le moteur de ce type de série, finit par disparaître, noyé dans la prévisibilité des situations et l’invraisemblance des comportements. Difficile de ne pas remarquer à quel point la série mise sur l’hypersexualisation. Les scènes de sexe sont omniprésentes, souvent sans justification. Elles semblent exister pour elles-mêmes, comme si elles étaient là pour combler un vide scénaristique plutôt que pour nourrir les arcs des personnages.

 

Cela soulève des questions sur la représentation des jeunes dans ce type de fiction. Non pas par pudibonderie, mais parce que le traitement est ici purement voyeuriste. Ces séquences n’explorent rien, ne révèlent rien, elles s’accumulent. Elles rendent l’ensemble monotone, et finissent par desservir le propos au lieu de l’enrichir. La série aurait pu aborder de façon pertinente des sujets tels que le consentement, la pression du résultat, l'identité personnelle, ou encore les dérives du sport de compétition. Tous ces éléments sont là, en filigrane. Mais ils ne sont jamais explorés en profondeur. Ils sont réduits à des éléments de décor, des prétextes pour justifier une nouvelle scène de crise ou de nudité.

 

Le résultat est frustrant. Car derrière cette façade tape-à-l’œil se cache un vrai potentiel. Le monde du sport de haut niveau, rarement traité en fiction adolescente, offre une richesse de situations et de conflits humains. Mais ici, tout cela est englouti sous des couches de superficialité. Dès les premiers épisodes, impossible de ne pas penser à Elite, l’autre série espagnole à succès de Netflix. Même format, même esthétique, même logique de surenchère. Mais là où Elite assumait son côté sulfureux tout en maintenant une certaine efficacité narrative, Olympo semble se perdre dans sa propre caricature. Tout semble avoir été calibré pour reproduire le succès d’une formule déjà éprouvée, sans chercher à innover ni à surprendre. 

 

Ce manque d’originalité se ressent à tous les niveaux, de la construction des personnages aux situations dramatiques en passant par la direction artistique. Le dernier épisode laisse entrevoir la possibilité d’une suite, mais sans véritable impact. Le cliffhanger arrive sans qu’aucune tension n’ait réellement été installée auparavant. On devine qu’il s’agit là d’un appât pour une hypothétique saison 2, mais il est difficile de ressentir une quelconque impatience à l’idée de replonger dans cet univers. Si une deuxième saison voit le jour, il serait souhaitable que l’écriture gagne en maturité, que les personnages soient mieux construits, et que l’histoire retrouve un minimum de cohérence. Sinon, la série continuera à s’enliser dans un spectacle creux et prévisible.

 

Olympo est symptomatique d’un certain pan de la production Netflix actuelle : des projets visuellement séduisants mais profondément vides. Des séries conçues pour plaire à un algorithme plutôt qu’à une réelle exigence artistique. Ici, tout semble avoir été pensé pour cocher des cases : sexe, scandale, tension, esthétique, casting jeune… mais au final, rien ne tient. Ce n’est pas une série que je conseillerais, sauf peut-être pour passer un moment sans réfléchir, ou pour observer jusqu’où peut aller une fiction lorsqu’elle sacrifie tout au profit du style et du spectacle. Mais même dans cette optique, d'autres programmes, plus assumés ou plus inventifs, méritent davantage le détour.

 

Note : 4/10. En bref, Olympo est symptomatique d’un certain pan de la production Netflix actuelle : des projets visuellement séduisants mais profondément vides. Des séries conçues pour plaire à un algorithme plutôt qu’à une réelle exigence artistique. 

Disponible sur Netflix

 

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