Perdiendo el Juicio (Saison 1, 10 épisodes) : une série judiciaire entre fragilité et ironie douce

Perdiendo el Juicio (Saison 1, 10 épisodes) : une série judiciaire entre fragilité et ironie douce

Perdiendo el Juicio fait partie de ces séries qu'on regarde sans chercher la perfection mais dont on suit l'évolution avec une certaine curiosité. Entre désillusion professionnelle, décalage intime et quête de reconstruction, la saison 1 déroule ses dix épisodes comme un parcours chaotique, tantôt drôle, tantôt pesant, souvent imprévisible. Le personnage central, Amanda Torres, n’est pas une héroïne au sens classique. C’est une femme brillante, rigoureuse, mais habitée par un trouble obsessionnel-compulsif qui finit par fissurer ce qu’elle a construit. La série s’ouvre sur un effondrement personnel et professionnel, sans pathos excessif, mais avec une précision clinique. 

 

Ce n’est pas le TOC qui choque, mais le regard que le monde professionnel porte sur une femme qui ne rentre plus dans le moule. Dès le premier épisode, la chute est consommée. Plus de bureau prestigieux, plus de statut, plus de respectabilité. À la place, un petit cabinet à l’image de sa nouvelle vie : modeste, bancal, incertain. Ce contraste structure toute la saison et conditionne les dynamiques relationnelles qui s’installent. Le cabinet où Amanda tente de relancer sa carrière ne respire pas la grandeur. Il flotte dans un entre-deux assez étrange, un lieu où l’ambition a laissé place à une forme d’acceptation molle de la médiocrité. Ce décor un peu défraîchi se révèle pourtant propice à l’évolution du récit. Il devient même un théâtre d’apprentissage : là où les anciens codes n'ont plus cours, un autre type de solidarité se forme.

 

Gabriel, son nouveau patron, fonctionne à l’instinct. Ce n’est pas un leader charismatique, ni un visionnaire, mais quelqu’un qui ouvre une porte à Amanda quand toutes les autres se sont fermées. Cette relation ambivalente sert de socle à plusieurs moments de tension ou de rapprochement subtil. La série effleure un triangle sentimental sans vraiment s’y plonger de manière frontale. Amanda reste prisonnière d’un passé qu’elle ne veut pas enterrer, tout en s’exposant peu à peu à la possibilité d’un nouveau lien. Ce va-et-vient émotionnel ne cherche pas à créer de coups de théâtre, mais plutôt à souligner le malaise de quelqu’un qui doit réapprendre à exister autrement. La dynamique entre Amanda, Gabriel, et son ex-partenaire César n’a rien de spectaculaire, mais s’inscrit dans cette volonté d’humaniser des relations souvent codifiées dans les séries judiciaires.

 

L’arc narratif autour de la sœur d’Amanda, accusée du meurtre de son fiancé le jour de leur mariage, fonctionne comme une toile de fond qui revient à intervalles réguliers. Ce fil rouge n’est pas traité comme un simple mystère à résoudre, mais comme un poids que le personnage principal porte en parallèle de son instabilité professionnelle et psychologique. Cette accusation touche à l’intime, décuple les dilemmes moraux et brouille les frontières entre ce qu’Amanda peut gérer en tant qu’avocate et ce qu’elle doit encaisser en tant que sœur. C’est dans cette dualité que la série trouve certains de ses moments les plus honnêtes. Ce qui surprend dans Perdiendo el Juicio, c’est sa structure hybride. Chaque épisode propose une affaire judiciaire indépendante, avec son décor, ses enjeux, ses témoins et ses failles. 

 

C’est un format qu’on a vu s’effacer au profit des séries à arcs narratifs continus, plus feuilletonnantes. Ce choix narratif donne à la série un rythme particulier. Certains épisodes s’en sortent mieux que d’autres, mais chacun permet de recentrer l’attention sur un nouvel aspect du métier d’avocat. C’est aussi l’occasion de faire intervenir des personnages secondaires éphémères qui viennent bousculer temporairement l’équilibre du groupe. On retrouve dans la série un mélange d’acteurs confirmés et de nouveaux visages. Elena Rivera donne vie à Amanda avec une retenue maîtrisée. Ce n’est pas une interprétation flamboyante, mais elle tient la ligne du personnage sans tomber dans l’excès. 

 

Elle évite la surinterprétation, ce qui dans le cas d’un trouble comme le TOC, aurait pu faire basculer le ton. Autour d’elle gravitent Manu Baqueiro dans un registre plus léger, Alfonso Lara ou encore Lucía Caraballo et Daniel Ibáñez dans des rôles secondaires qui varient en pertinence selon les épisodes. Certains acteurs semblent moins investis ou moins bien dirigés, ce qui crée parfois une forme de dissonance dans le jeu collectif. Chacun des dix épisodes propose une histoire avec un début, un développement et une conclusion. Ce format assure une lisibilité bienvenue, notamment pour celles et ceux qui ne cherchent pas à s’engager dans une narration labyrinthique. Le revers, c’est qu’aucun épisode ne décolle vraiment. La série ne cherche pas à faire de grands gestes, mais cela se ressent parfois comme un manque de souffle.

 

Le premier épisode concentre beaucoup d’informations, presque trop. Il aurait sans doute gagné à s’étendre un peu plus pour mieux poser les bases. Ensuite, la cadence s’installe, mais sans montée en puissance significative. On avance avec un sentiment d’équilibre constant, parfois monotone. Le trio de scénaristes à l’origine du projet parvient à tisser un univers cohérent, sans chercher à impressionner. Ce n’est pas un récit qui enchaîne les répliques marquantes, mais certains dialogues sonnent juste. L’humour y est discret, jamais moqueur. Il s’infiltre dans les situations, pas dans les punchlines. Ce ton doux-amer constitue une des marques de fabrique de la série. Le traitement du TOC est d’ailleurs un bon exemple de cette retenue. Il est abordé de manière sérieuse, sans devenir un ressort comique. 

 

Il fait partie intégrante du personnage, de son quotidien, de ses réactions, mais n’est jamais utilisé comme un effet de mise en scène. Sur le plan visuel, Perdiendo el Juicio reste sobre. Le cadrage est classique, l’éclairage souvent neutre, les décors réalistes. Il n’y a pas de recherche esthétique poussée, ni de signature particulière. Cela donne à la série un aspect fonctionnel : ça raconte, ça suit les personnages, mais ça ne prend pas de risques. Ce manque d’audace visuelle s’accompagne d’une réalisation parfois trop lisse. Certaines scènes semblent expédiées ou montées à la hâte, surtout dans les transitions entre les affaires judiciaires et la trame principale. Le dernier épisode remplit son rôle sans bouleverser la dynamique de la série. Il boucle certaines lignes narratives tout en laissant planer des interrogations sur ce qui pourrait suivre. 

 

Ce n’est pas un final spectaculaire, mais une conclusion honnête, qui reste en cohérence avec le ton général. Aucune révolution en vue, simplement la promesse implicite que si une saison 2 voit le jour, elle pourra creuser davantage les enjeux esquissés ici. Perdiendo el Juicio ne bouscule pas les codes du genre, et ne le prétend pas. Ce n’est pas une série qui cherche à faire sensation. Elle mise sur une narration stable, une héroïne atypique, et une alternance entre cas de la semaine et arcs personnels. Son intérêt repose sur cette ambiance intermédiaire, ni dramatique ni comique, ni pesante ni légère. Il est possible que cette saison ne laisse pas de trace durable. Mais elle trouve malgré tout une forme d’équilibre entre narration et émotion, avec quelques moments de justesse qui méritent qu’on s’y attarde. 

 

Ceux qui apprécient les histoires de reconquête, les intrigues judiciaires accessibles, ou les personnages en rupture avec leur environnement y trouveront leur compte. Ce n’est pas une série mémorable, mais c’est une série qui accompagne bien. Parfois, cela suffit.

 

Note : 6.5/10. En bref, Perdiendo el Juicio ne bouscule pas les codes du genre, et ne le prétend pas. Elle mise sur une narration stable, une héroïne atypique, et une alternance entre cas de la semaine et arcs personnels.

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