1 Juillet 2025
Quiproquo s’est installée sur mon écran un peu par curiosité, sans attente particulière. Au fil de ses huit épisodes, cette série belge a su trouver un certain équilibre entre légèreté narrative et souci de parler du réel, tout en restant dans les limites d’une fiction principalement destinée à divertir. Ce n’est pas une série qui bouscule, ni une œuvre dont la forme ou le fond marquera durablement le paysage audiovisuel. Mais elle m’a accompagné avec une simplicité agréable, et parfois, c’est largement suffisant. Ce qui retient l’attention dès le premier épisode, c’est le duo formé par Giulia et Lykoz. Deux personnages qui n’auraient probablement jamais dû se croiser en dehors de cette fiction.
Elle, avocate rigide, en rupture avec le système et ses propres émotions ; lui, ancien rappeur et entrepreneur de fortune, toujours prompt à naviguer entre les lignes. Leur association, improbable sur le papier, fait naître un cabinet juridique improvisé dans un ancien club de jazz. Ce local, improbable comme leur tandem, devient le point de ralliement d’une galerie de personnages venus chercher une forme de justice de proximité. Il ne s’agit pas ici de grande plaidoirie, de procès spectaculaires ou de révélations judiciaires à la chaîne. La série s’intéresse plutôt à l’échelle locale, celle des embrouilles de quartier, des dossiers oubliés, des gens que le système judiciaire laisse en marge. Ce choix de cadre est d’ailleurs à souligner : Charleroi, rarement représentée à l’écran, devient ici un personnage à part entière.
Il y a quelque chose de sincère dans cette volonté de coller à une réalité géographique précise, sans enjoliver ni charger à l’excès le décor. La structure de la saison laisse une place importante à l’évolution de la relation entre les deux protagonistes. Chaque épisode apporte une petite affaire, souvent bouclée en un arc court, en parallèle d’un fil rouge plus intime, lié à leur passé respectif et à leurs tentatives de (re)construction. Cette construction fonctionne, mais elle présente aussi ses limites. En milieu de saison, le rythme a tendance à ralentir. Certains épisodes s’attardent sur des enjeux secondaires qui, malgré leur bonne volonté, manquent parfois d’impact.
Le ton reste cohérent, mais l’intérêt peut faiblir lorsque la série s’éloigne trop de ce qui fait sa force : l’interaction entre Giulia et Lykoz, et leur confrontation avec une réalité juridique souvent absurde, parfois touchante. Cela dit, cette lenteur n’est pas rédhibitoire. Elle participe aussi d’un certain refus de la surenchère dramatique. Quiproquo ne cherche pas à en mettre plein la vue ; elle avance tranquillement, dans une forme de confiance en son dispositif de base. Cette modestie peut être vue comme une faiblesse, mais elle crée aussi un espace de respiration, de légèreté assumée. Il est rare de voir une série qui ose situer son action au croisement de la justice et du quotidien le plus ordinaire. Ici, pas de héros surdoué ni de policiers torturés. Les protagonistes sont des gens avec des failles visibles, des limitations claires, et un entourage aux réactions crédibles.
La comédie ne repose pas sur un humour absurde ou potache, mais plutôt sur des décalages de ton, des incompréhensions entre des mondes qui ne se rencontrent d’habitude jamais. Ce contraste est d’autant plus marqué que les milieux juridiques sont souvent représentés à travers un filtre très lisse, voire élitiste. Dans Quiproquo, il est question de justice de terrain, bricolée, parfois maladroite. C’est cette imperfection qui fait tout le charme du dispositif. On assiste à une tentative de rendre accessible ce qui semble d’ordinaire réservé à une caste d’initiés. Le fait que cela se fasse dans un club de jazz recyclé, entouré de personnages parfois un peu marginaux, contribue à cette atmosphère à la fois absurde et familière.
Il y a une intention sociale dans cette série, mais elle reste en arrière-plan. Elle ne cherche pas à dénoncer frontalement, ni à moraliser. Plutôt qu’un discours, on perçoit une forme d’observation, presque neutre. La précarité, l’injustice, les biais du système judiciaire : tout cela est évoqué, mais toujours avec retenue. L’humour prend souvent le dessus, ce qui n’est pas forcément un défaut, tant que cela ne devient pas un prétexte pour éviter le fond. Dans certains épisodes, cet équilibre penche clairement du côté du divertissement. Quelques intrigues s’enchaînent sans réelle tension, avec des résolutions parfois un peu faciles. Cela ne dérange pas tant que le ton reste maîtrisé. Mais il y a aussi des moments où la légèreté empêche d’aller au bout d’un propos.
Comme si la série craignait d’alourdir l’ambiance ou de perdre sa tonalité sympathique. Ce choix peut frustrer, car les bases sont posées pour traiter des sujets durs avec finesse, mais tout reste à la surface. Ce qui m’a particulièrement parlé dans cette série, c’est son sens du décor. Charleroi n’est pas là juste pour faire joli ou pour poser une ambiance. Elle fait partie intégrante de l’histoire. Les lieux filmés – un théâtre, des rues grises, un club abandonné – racontent autant que les dialogues. La ville donne un poids à chaque scène, une forme de gravité silencieuse qui contraste avec le ton parfois léger des situations. La mise en scène ne cherche pas la sophistication. Pas d’effets clinquants, pas de montage trop appuyé.
Cela pourrait sembler fade dans un autre contexte, mais ici, cela renforce l’impression de proximité. La caméra observe, sans forcer l’émotion. Ce style discret s’accorde bien avec les choix narratifs. Et même si certains décors reviennent souvent, l’ensemble reste visuellement cohérent. L’univers de Quiproquo est peuplé de seconds rôles qui, pour la plupart, n’ont pas vraiment le temps de s’épanouir. Il y a pourtant un potentiel évident dans ces figures de l’ombre : des voisins, des clients, des proches, tous porteurs de fragments d’histoires intéressantes. Mais beaucoup d’entre eux restent cantonnés à des apparitions fonctionnelles. C’est un des regrets que je garde après avoir terminé la saison. Certains personnages auraient mérité plus d’attention, ne serait-ce que pour étoffer le monde autour du duo central.
Ce manque de développement crée parfois une impression d’incomplétude. Comme si l’univers était encore en chantier, ou qu’une partie du budget créatif avait été concentrée sur le noyau principal. Un des aspects les plus réussis de la série, à mon goût, réside dans sa bande originale. Le mélange de jazz et de sons urbains offre un habillage sonore cohérent avec l’ambiance générale. On sent que ce n’est pas un simple habillage musical, mais un véritable élément d’identité. Le personnage de Lykoz, en lien avec la musique dès le départ, trouve ici une extension de sa personnalité. Certains morceaux marquent les épisodes, sans être trop envahissants. Ils viennent souligner un regard, une hésitation, une décision.
Ce soin apporté à l’environnement sonore mérite d’être souligné, car il contribue beaucoup à l’atmosphère générale. On y retrouve une forme de modernité discrète, jamais tape-à-l’œil, mais toujours bien sentie. Quiproquo ne prétend pas à la révolution narrative. C’est une série qui avance sur des rails modestes, avec des ambitions mesurées. Elle réussit là où beaucoup d’autres échouent : proposer un divertissement accessible, localisé, et porté par une dynamique de duo crédible. Il y a des faiblesses – des longueurs, des personnages sous-exploités, une volonté de rester dans la légèreté parfois trop prudente. Mais dans l’ensemble, l’expérience reste agréable. Il m’a été facile d’enchaîner les épisodes semaine après semaine, même si je n’ai jamais ressenti d’urgence à tout regarder d’un seul trait.
C’est une série qui accompagne, plutôt qu’elle ne captive. Elle fonctionne comme un feuilleton d’été : sympathique, pas prise de tête, parfois un peu maladroite mais sincère dans sa démarche. En refermant cette saison, je n’ai pas ressenti un grand manque, mais plutôt une curiosité modérée pour la suite. Si une deuxième saison venait à voir le jour, je la regarderais volontiers, dans l’espoir de voir les thématiques s’épaissir, les personnages secondaires gagner en consistance, et l’humour s’articuler avec des enjeux plus denses. La saison 1 de Quiproquo, c’est ce genre de série qui n’a pas besoin d’en faire trop pour fonctionner. Un cadre original, un tandem principal bien interprété, une ambiance sonore soignée et une réalisation sobre suffisent ici à créer une fiction cohérente, sans excès ni prétention.
Tout ne tient pas parfaitement la route, mais le résultat, dans sa simplicité, m’a convaincu. Il ne faut pas attendre de Quiproquo une critique acerbe du système judiciaire ni une grande fresque sociale. Ce qu’elle propose, c’est un regard léger sur des situations parfois graves, un humour discret dans un décor brut, et une volonté d’ancrer la fiction dans un réel souvent absent de l’écran. Cela suffit à faire de cette série un bon compagnon de soirée, ni plus, ni moins.
Note : 6.5/10. En bref, la saison 1 de Quiproquo, c’est ce genre de série qui n’a pas besoin d’en faire trop pour fonctionner. Un cadre original, un tandem principal bien interprété, une ambiance sonore soignée et une réalisation sobre suffisent ici à créer une fiction cohérente, sans excès ni prétention.
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