31 Juillet 2025
Six épisodes, une île grecque, une mère pas comme les autres et une avalanche de balles. The Assassin, disponible sur Prime Video, n’a clairement pas l’intention de s’intégrer discrètement dans la masse des séries d’espionnage ou d’action. Elle débarque, bruyante, désinvolte, parfois incohérente, mais surtout très consciente d’elle-même. C’est précisément ce positionnement borderline – entre comédie noire, thriller déjanté et drame familial – qui en fait une proposition intrigante dans un paysage de plus en plus saturé. En tant que spectateur, je n’ai pas cherché une histoire crédible ou un réalisme oppressant.
Une ancienne tueuse à gages, Julie, et son fils Edward, avec qui elle est en froid, sont contraints de faire équipe pour survivre. Alors que des questions surgissent autour de la paternité d'Edward et que le passé dangereux de Julie la rattrape, le duo est forcé de fuir l’île et de prendre la fuite ensemble.
J’y ai vu une série qui assume son propre désordre et qui mise tout sur la personnalité de ses personnages, en particulier celle de Julie, une ancienne tueuse à gages désormais installée en Grèce. Vie tranquille, mer bleue, retrait symbolique. Évidemment, cela ne pouvait pas durer. Il était temps que le monde des fictions d’action s’autorise à sortir des figures attendues : l’homme froid et mutique, ou l’énième héroïne athlétique de 25 ans aux réflexes surhumains. Ici, Keeley Hawes incarne une femme d’âge mûr, épuisée par les hormones, les souvenirs et les compromis. Et c’est exactement ce qui donne à Julie une densité plus crédible que beaucoup de personnages semblables. Son quotidien paisible en Grèce vole en éclats lorsqu’un appel inattendu la ramène dans ses anciens travers.
Le passé frappe à la porte sous la forme d’un faux "dernier contrat", et, dans la foulée, son fils Edward débarque après quatre ans de silence. Pas de répit. Entre les retrouvailles ratées et les balles qui sifflent, tout s’emballe rapidement. Ce qui fait fonctionner cette série, ce n’est pas uniquement la mise en scène ou les séquences d’action, mais la dynamique entre Julie et Edward. Lui, végétarien, cérébral, journaliste, persuadé que tout se règle par la parole. Elle, directe, lacunaire, violente quand il le faut – et souvent quand il ne le faut pas. Leur relation est une collision constante entre deux mondes, deux générations, deux manières de faire face à la réalité. Freddie Highmore incarne un Edward souvent dépassé, parfois touchant, mais rarement passif.
Ce n’est pas juste un faire-valoir comique : il a ses propres zones d’ombre, et même si certaines ne sont qu’effleurées, elles suffisent à maintenir un équilibre narratif. Il n'est pas juste "le fils de", et ça, c’est appréciable. Six épisodes, c’est peu, surtout quand la série veut tout raconter en même temps. On suit Julie et Edward dans une fuite effrénée où les destinations s’enchaînent : de la Grèce à l’Albanie, en passant par la Libye et Londres. À peine un lieu est posé qu’un rebondissement l’éclate. Ça va vite, très vite. Trop vite pour laisser respirer certains arcs narratifs. Cette frénésie semble parfois compenser un manque de profondeur. Quand chaque épisode contient une fusillade, une révélation familiale et un retournement improbable, on finit par s’habituer au chaos.
L’effet de surprise s’érode à mesure que la série avance. Autour du duo principal gravitent une panoplie de personnages qui enrichissent l’univers mais parfois au prix de la clarté. Entre un milliardaire mystérieux, un frère idiot, une survivante de yacht, un ancien collègue à jet ski et une femme qui peint des visages suspects en cours d'art, la galerie est large. Trop large. Certains personnages sont introduits pour générer du mouvement plus que pour apporter du fond. Leur fonction est parfois purement mécanique : relancer la tension, injecter un peu d’humour ou de mystère. Cela marche… jusqu’à ce que ça s’essouffle. L’aspect visuel de The Assassin est clairement réfléchi. La série ne cherche pas le réalisme, elle cherche l’impact.
Les scènes d’action sont stylisées, parfois presque chorégraphiées à l’excès, et le sang coule dans une esthétique proche de la BD ou du jeu vidéo. On est loin des thrillers oppressants : ici, le spectaculaire prime. Le ton général navigue entre second degré et humour noir. C’est une série qui se moque gentiment des codes qu’elle utilise. On sent que tout est un peu trop gros pour être pris au sérieux : le timing parfait des sauvetages, les jets privés et les yachts à portée de main, ou encore le fait qu’une tueuse transporte un test de grossesse pendant une mission. Mais là encore, il faut accepter les règles du jeu. The Assassin est un divertissement qui se regarde avec une certaine distance, une complicité implicite avec le spectateur qui comprend qu’il ne faut rien prendre au pied de la lettre.
L’intrigue principale aurait suffi. Pourtant, la série en superpose d’autres qui peinent à convaincre. L’histoire parallèle d’un informaticien emprisonné en Libye, les secrets d’un père jamais nommé, les magouilles d’une dynastie minière : tout cela pourrait former un tissu dense, mais dans un format aussi court, l’effet est inverse. Ces sous-intrigues donnent parfois l’impression d’être là pour remplir, pas pour enrichir. Dans une série plus longue, ces fils narratifs auraient pu respirer, se croiser de manière plus organique. Ici, ils arrivent souvent comme des interruptions, détournant l’attention de ce qui fonctionne réellement : la relation mère-fils, et le parcours intérieur de Julie. Derrière ses excès, The Assassin soulève des questions plus sérieuses.
Sur le vieillissement des femmes dans l’audiovisuel, sur la légitimité des corps non jeunes dans des rôles d’action, sur la maternité vue sous l’angle du désenchantement. Julie n’a rien d’une mère idéale, ni d’une héroïne parfaite. Elle est fatiguée, blessée, parfois violente, mais toujours vraie. La série propose une réponse à peine voilée aux représentations stéréotypées. Une femme peut tuer, fuir, mentir, aimer, rater, sans que cela doive être justifié par une souffrance exceptionnelle ou une vengeance noble. Elle peut juste être un être humain complexe. Certaines séquences méritent d’être saluées : la scène du mariage attaqué par un sniper, la discussion absurde autour d’un dîner vegan interrompu par une attaque, ou encore les moments de tendresse maladroite entre Julie et Edward après une fusillade.
Ces instants rappellent que la série, malgré son rythme effréné, peut parfois viser juste. La mise en scène sait doser le spectaculaire avec des respirations plus intimes. C’est dans ces transitions que The Assassin surprend le plus, lorsqu’elle ose la rupture de ton, l’absurde dans le tragique, ou l’émotion fugace dans une course-poursuite. The Assassin n’a pas vocation à être un chef-d'œuvre. Elle ne cherche pas à révolutionner un genre, ni à livrer un message profond sur la condition humaine. Ce qu’elle propose, c’est une série courte, rythmée, visuellement marquée, portée par un duo central attachant et suffisamment de dérision pour qu’on accepte les incohérences. Est-ce que tout fonctionne ? Non. Est-ce que j’ai passé un bon moment ? Oui.
C’est le genre de série à regarder sans chercher à tout comprendre, sans espérer un réalisme clinique, mais avec l’envie de suivre une histoire improbable racontée avec humour, décalage et une certaine fraîcheur. Elle ne s’excuse jamais d’être ce qu’elle est : un divertissement décomplexé, parfois absurde, parfois touchant, souvent bruyant. Et franchement, dans le flot actuel des séries calibrées à outrance, cela fait du bien de voir un projet qui préfère rater en prenant des risques que réussir en jouant la sécurité.
Note : 7/10. En bref, c’est le genre de série à regarder sans chercher à tout comprendre, sans espérer un réalisme clinique, mais avec l’envie de suivre une histoire improbable racontée avec humour, décalage et une certaine fraîcheur.
Disponible sur Amazon Prime Video
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