Critiques Séries : Alien: Earth. Saison 1. Episode 2. Mr. October.

Critiques Séries : Alien: Earth. Saison 1. Episode 2. Mr. October.

Alien: Earth // Saison 1. Episode 2. Mr. October.

 

Après un premier épisode (« Neverland ») qui posait les bases d’un univers où les menaces extraterrestres ne sont plus confinées à l’espace lointain, le second chapitre, « Mr. October », reprend immédiatement après les événements du crash du Maginot. L’action s’élargit à de nouveaux décors terrestres, mais ce qui retient véritablement l’attention, c’est la dynamique intime qui s’installe entre deux personnages déjà introduits : Wendy et son frère Hermit. Là où l’épisode précédent déployait un éventail de protagonistes, de concepts et de contextes politiques, ce nouvel opus resserre légèrement l’objectif sur la relation fraternelle, tout en conservant les tensions militaires, corporatistes et biologiques qui constituent l’ADN de la série.

 

La transition entre les deux épisodes se fait sans rupture narrative. L’ambiance de fin du premier volet — mélange d’horreur spatiale et de menace urbaine — reste intacte. Les ruines de New Siam deviennent le nouveau théâtre des opérations, avec une atmosphère où les ombres, les structures éventrées et les bruits métalliques rappellent autant Alien et Aliens que Blade Runner. Pourtant, au-delà des décors, ce deuxième épisode se concentre sur un objectif précis : réunir Wendy et Hermit. Cette quête personnelle contraste avec l’ampleur des enjeux globaux. Elle permet d’ancrer le récit dans une dimension plus émotionnelle, même si certains choix scénaristiques viennent troubler cette immersion.

 

Wendy, toujours encadrée par Prodigy, manifeste dès le début une inquiétude marquée pour son frère. La phrase qu’elle prononce à propos de sa fragilité souligne la différence fondamentale entre elle, hybride synthétique-humaine, et Hermit, simple mortel. Cette préoccupation déclenche un retour en arrière où elle se remémore une décision passée, prise dans l’intérêt supposé de son frère, mais qui a fini par lui nuire. Grâce à ses capacités de manipulation technologique, Wendy avait intercepté une demande de démission qu’Hermit comptait adresser à Prodigy afin de rejoindre une école de médecine martienne. 

Cette ingérence, justifiée par une volonté de le garder proche, introduit un dilemme moral qui pourrait resurgir dans les épisodes à venir : jusqu’où est-il légitime d’utiliser un pouvoir pour “protéger” quelqu’un, surtout lorsque cela revient à limiter sa liberté ? De son côté, Hermit traverse une série de situations qui tiennent presque du rêve éveillé. Accompagné d’une unité armée de Prodigy, il se retrouve à explorer les zones dévastées autour du Maginot. La découverte de cadavres de l’équipage, les déplacements acrobatiques entre des structures instables et la confrontation avec des habitants réfractaires à l’évacuation créent un climat d’instabilité permanente.

 

L’un des moments marquants se déroule dans un appartement de luxe, occupé par un hôte excentrique organisant une réception malgré l’urgence. Cette scène, à la fois étrange et mondaine, se transforme brutalement en massacre lorsqu’un xénomorphe s’invite et sème la panique. Hermit en ressort blessé, bousculé à la fois par la créature et par Morrow, le mystérieux cyborg survivant du Maginot, dont les intentions restent ambiguës. C’est dans ce décor macabre, ponctué par la découverte d’une balle de baseball dédicacée par Reggie Jackson — clin d’œil direct au titre de l’épisode — que Wendy et Hermit se retrouvent.

 

La scène de retrouvailles évite le registre de la survie immédiate pour se concentrer sur un autre type d’émotion : celle du lien retrouvé après une longue séparation. Hermit, persuadé que sa sœur était morte depuis des années, exprime son désarroi face à cette “résurrection”. De son côté, Wendy, qui nourrit sa part d’humanité à travers le souvenir idéalisé de leur enfance, reçoit une confirmation que ces souvenirs sont partagés. Cette séquence fonctionne comme un rappel : derrière la technologie, derrière les programmes de Prodigy, il y a eu une vraie personne, avec une histoire et des liens familiaux réels. C’est aussi un moment qui, symboliquement, oppose la froide logique corporatiste au caractère irremplaçable des relations humaines.

En termes de rythme, « Mr. October » prolonge le style du dernier acte de « Neverland ». Les scènes d’action-horreur se succèdent, avec une variété de créatures issues de la cargaison du Maginot. Si les xénomorphes restent au centre de la menace, d’autres formes de vie extraterrestres apparaissent, apportant un surcroît d’incertitude. Parmi elles, une entité oculaire recouverte d’yeux multiples et un chat zombifié marquent visuellement l’imaginaire. Certaines séquences renvoient aux codes visuels établis par Ridley Scott : lumières stroboscopiques, couloirs étroits, sons métalliques, et une tension entretenue par la progression prudente des personnages à travers des zones infestées.

 

Cependant, les failles déjà perceptibles dans « Neverland » continuent de peser. Le scénario repose encore sur l’idée que le crash du Maginot a surpris tout le monde, alors même que les grandes puissances corporatives comme Yutani disposent d’un contrôle spatial avancé. De plus, certaines réactions de personnages paraissent artificielles, servant davantage à orienter l’intrigue qu’à refléter des comportements plausibles face à un danger extrême. L’exemple le plus flagrant reste la manière dont Hermit survit à plusieurs confrontations directes avec des xénomorphes, sans réel impact psychologique visible, ce qui amoindrit la crédibilité de la tension dramatique.

 

En parallèle des événements de terrain, l’épisode intègre une discussion entre Dame Silvia et Boy Kavalier. Leur échange, apparemment léger, aborde pourtant un point central : l’objectif réel de la création des hybrides. Silvia s’inquiète du risque de produire de simples consommateurs immortels, vidés de leur substance humaine. Kavalier, décontracté, laisse entendre qu’il cherche simplement une intelligence à sa hauteur, sans réelle préoccupation éthique. Ces dialogues, bien que concis, prolongent les questions esquissées dans le premier épisode sur la place de l’humanité dans une ère dominée par la technologie et les ambitions corporatistes.

La conclusion voit Hermit capturé par un xénomorphe, tandis que Wendy, accompagnée de Slightly, se dirige vers une section contenant d’énormes œufs extraterrestres. Sa réplique illustre un ton décalé qui tranche avec la gravité ambiante. Ce mélange d’humour et de tension pourrait devenir une signature du personnage, mais reste à voir s’il s’intégrera harmonieusement dans le ton global de la série. Ce deuxième épisode confirme que Alien: Earth avance sur deux rails parallèles : d’un côté, une intrigue intime centrée sur Wendy et Hermit ; de l’autre, un enchaînement d’actions horrifiques ponctuées de menaces multiples. 

 

L’équilibre entre ces deux axes reste fragile, surtout lorsque la crédibilité narrative est mise à mal par des incohérences répétées. Pourtant, la mise en scène visuelle conserve une cohérence forte, et certains dialogues parviennent à enrichir les thèmes abordés. Le potentiel est donc toujours présent, mais sa concrétisation dépendra de la capacité des épisodes suivants à densifier les enjeux émotionnels tout en resserrant la logique interne de l’histoire.

 

Note : 6.5/10. En bref, ce deuxième épisode confirme que Alien: Earth avance sur deux rails parallèles : d’un côté, une intrigue intime centrée sur Wendy et Hermit ; de l’autre, un enchaînement d’actions horrifiques ponctuées de menaces multiples. L’équilibre entre ces deux axes reste fragile, surtout lorsque la crédibilité narrative est mise à mal par des incohérences répétées. 

Disponible sur Disney+

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