14 Août 2025
Last Stop: Yuma County // De Francis Galluppi. Avec Jim Cummings, Faizon Love et Jocelin Donahue.
Perdu quelque part dans le désert de l’Arizona, un diner anonyme, coincé entre une station-service et un vieux motel, devient le théâtre d’un affrontement feutré. C’est là que Francis Galluppi installe l’action de Last Stop: Yuma County, son premier long-métrage, un huis clos sec comme le paysage qui l’entoure. Ce décor, archétype du cinéma américain, convoque à la fois le western, le polar et la comédie noire. Galluppi ne cherche pas à réinventer la formule, mais à s’y glisser avec assurance, en distillant un mélange de tension, de violence et d’humour noir. Le point de départ est simple : un vendeur de couteaux s’arrête dans ce coin perdu pour faire le plein.
Au milieu du désert brûlant d’Arizona, une station-service se retrouve à sec. Dans le diner attenant, les clients attendent dans une ambiance étouffante l’arrivée du camion-citerne pour les ravitailler. Ils pensent que le pire, c’est la chaleur, mais c’est sans compter sur l’arrivée de deux braqueurs en cavale dans le restaurant…
Problème : les cuves de la station sont à sec, et il faut attendre la livraison. Pendant ce laps de temps, un duo inquiétant entre dans le diner. L’atmosphère se tend aussitôt. C’est l’allumette qui amorce une mèche lente, très lente, jusqu’à une explosion que le réalisateur retarde volontairement. La première partie prend ainsi le temps de poser ses personnages, de les laisser se jauger, et d’installer cette dynamique d’attente qui nourrit le suspense. Cette patience est une arme à double tranchant. D’un côté, elle donne au spectateur l’occasion de savourer la montée de la tension, de se familiariser avec les figures hautes en couleur qui peuplent ce microcosme : une serveuse pragmatique, un couple de retraités, un shérif désinvolte, quelques voyageurs de passage… et bien sûr, ces malfrats dont la présence ne laisse présager rien de bon.
De l’autre, ce rythme étiré peut frustrer. Car si l’attente est une mécanique efficace dans un huis clos, elle exige des dialogues affûtés pour maintenir l’attention. Or, Galluppi, tout prometteur qu’il soit, n’a pas encore la verve d’un Tarantino ou la précision ironique des frères Coen. Les échanges restent fonctionnels, parfois amusants, mais rarement mémorables. Le film revendique d’ailleurs ses influences. On y retrouve la trivialité des conversations absurdes qui cachent une menace latente, le goût pour les éclats de violence soudains, et cette atmosphère à la fois ordinaire et surréaliste qui rappelle Fargo ou Reservoir Dogs. Pourtant, Galluppi ne tombe pas dans la simple imitation. Il adopte une tonalité plus légère, presque parodique par moments, tout en gardant un pied dans le thriller classique.
C’est un exercice de style assumé : celui d’un jeune cinéaste qui joue avec les codes tout en apprenant à les maîtriser. Visuellement, Last Stop: Yuma County est soigné. La photographie capte la lumière crue du désert, l’intérieur feutré du diner, les teintes chaudes qui enveloppent les personnages. Les plans fixes accentuent l’impression d’immobilité, renforçant l’idée que tout le monde est prisonnier de cet endroit. La bande originale, discrète mais efficace, accompagne les variations de tension. Rien de tape-à-l’œil, mais une cohérence esthétique qui sert le récit.
Le casting apporte une énergie appréciable. Jim Cummings incarne un protagoniste à la fois maladroit et déterminé, tandis que Richard Brake impose une présence intimidante. Jocelin Donahue, Michael Abbott Jr., Connor Paolo ou encore Nicholas Logan complètent cette galerie de personnages, chacun avec ses petites aspérités. Leur jeu permet au film de garder l’intérêt éveillé, même dans ses moments plus statiques. Là où Galluppi surprend, c’est dans la gestion du basculement. Après une première heure presque exclusivement dialoguée, l’action prend le dessus. La seconde partie s’embrase, mêlant violence sèche et touches d’humour grinçant.
Certaines scènes flirtent avec l’absurde, notamment dans la façon dont les personnages réagissent aux situations extrêmes. Ce décalage contribue au charme du film, sans pour autant le transformer en comédie pure. Il s’agit plutôt d’un drame criminel teinté d’ironie, où l’on sourit autant que l’on sursaute. L’ultime demi-heure apporte également un soupçon d’émotion inattendu, qui nuance le portrait globalement cynique que le film trace de ses protagonistes. Cette dimension, bien que brève, donne un peu plus d’épaisseur à l’ensemble. Toutefois, elle ne compense pas entièrement une écriture qui, sur la durée, manque de ce petit supplément d’âme capable de transformer un bon thriller en œuvre marquante.
Last Stop: Yuma County n’évite pas certains écueils. Le film semble parfois trop conscient de ses effets, comme s’il cherchait à faire clin d’œil au spectateur à chaque référence. Cette posture, séduisante dans un cadre purement parodique, peut devenir un frein quand il s’agit de construire une tension dramatique organique. De plus, malgré un final explosif, l’intrigue globale demeure assez linéaire. Le huis clos fonctionne, mais reste enfermé dans ses limites, sans jamais prendre le risque d’un véritable déraillement narratif. Pour autant, difficile de nier le plaisir que procure cette plongée dans une Amérique rurale fantasmée par le cinéma.
Entre les tartes à la rhubarbe, les flics qui tuent le temps et les criminels au charisme trouble, Galluppi signe un divertissement solide, sans prétention excessive. La durée contenue du film joue en sa faveur : il ne s’éternise pas et sait quand tirer sa révérence. Ce premier long-métrage est aussi une carte de visite. Galluppi prouve qu’il sait tenir une mise en scène, travailler ses ambiances et diriger un ensemble d’acteurs variés. Ce sens du cadre et du rythme visuel pourrait, avec une écriture plus affûtée, l’emmener vers des œuvres plus ambitieuses. Pour l’instant, Last Stop: Yuma County se situe dans cette zone intermédiaire : ni un coup d’éclat, ni un faux pas, mais un signe encourageant pour la suite.
En définitive, le film se savoure comme une variation sur un thème connu. Ceux qui apprécient les huis clos criminels y trouveront leur compte, surtout s’ils aiment les décors poussiéreux, les personnages atypiques et les montées de tension ponctuées de décharges brutales.
Note : 6/10. En bref, ce n’est pas un chef-d’œuvre caché, mais un thriller honnête, porté par une atmosphère travaillée et quelques éclats bien sentis. Galluppi n’invente rien, mais il rappelle que, parfois, il suffit d’un lieu, de quelques personnages bien campés et d’une étincelle pour maintenir le spectateur sur le qui-vive.
Sorti le 6 août 2025 au cinéma
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