Critiques Séries : Alien: Earth. Saison 1. Episode 5.

Critiques Séries : Alien: Earth. Saison 1. Episode 5.

Alien: Earth // Saison 1. Episode 5. In Space, No One…

 

Depuis le lancement de Alien: Earth, chaque épisode a tenté de poser sa pierre à l’édifice d’une intrigue complexe, entre manipulations, expériences interdites et drames humains. Pourtant, arrivé au cinquième chapitre, un doute commençait à s’installer : la série saurait-elle tenir sur la longueur sans se perdre dans ses propres ambitions ? Cet épisode intitulé “In Space, No One…” apporte une réponse claire. Pas en avançant l’intrigue principale, mais en prenant le risque d’un flashback centré sur le destin du Maginot et de son équipage. Plutôt que de dérouler une suite linéaire, la série choisit de remonter aux origines de la catastrophe déjà évoquée dans le tout premier épisode. 

 

Ce choix structurel ne va pas sans risque : revenir sur des événements dont l’issue est déjà connue peut souvent manquer d’intérêt. Pourtant, cette plongée rétroactive apporte une densité nouvelle aux personnages et offre un miroir fascinant à l’univers de la franchise. Difficile de ne pas remarquer à quel point cet épisode fait écho au film fondateur de Ridley Scott de 1979. Les décors, les situations et même certaines dynamiques de groupe rappellent directement l’équipage du Nostromo. À la différence près que tout est vu à travers le prisme du Maginot, ce vaisseau qui avait déjà été présenté comme une pièce maîtresse du puzzle narratif.

Le parallèle n’est pas anodin : un équipage confronté à une menace biologique qu’il ne maîtrise pas, des tensions internes où la raison se heurte à l’imprudence, et une série de décisions catastrophiques qui précipitent tout le monde vers l’abîme. Cet effet de miroir avec le film d’origine agit comme une manière de rappeler les fondamentaux : dans l’univers d’Alien, l’horreur ne vient pas seulement de la créature mais aussi de la bêtise humaine et de la cupidité des compagnies qui exploitent sans scrupule ce danger. Si un visage s’impose dans cet épisode, c’est bien celui de Morrow. Interprété avec intensité par Babou Ceesay, ce personnage jusque-là ambigu se dévoile sous un angle plus nuancé. 

 

Jusqu’ici, son obsession et son attachement presque maladif aux créatures pouvaient le faire passer pour un simple exécutant des intérêts de Yutani. Ici, son passé et sa douleur prennent une autre épaisseur. La révélation concernant sa fille décédée pendant son absence jette une lumière différente sur sa détermination. Ce n’est plus seulement l’ambition ou la froideur mécanique du cyborg qui guident ses choix, mais une souffrance plus intime. Cela ne l’excuse pas, mais cela permet de comprendre le poids de ses décisions. Morrow devient moins une caricature d’antagoniste et plus une figure tragique. Dans les épisodes précédents, il apparaissait souvent comme une force brute, calculatrice, presque inhumaine. 

Ici, il prend la dimension d’un homme hanté, dont la froideur est en réalité le masque d’une douleur impossible à surmonter. Autour de Morrow gravite un équipage qui semble condamné dès les premières minutes. Leurs erreurs s’accumulent, oscillant entre incompétence et légèreté coupable. Certains choix sont si aberrants qu’il devient difficile de ressentir une véritable compassion. Pourtant, cette écriture n’est pas gratuite. Elle illustre à quel point la survie dans un univers hostile ne dépend pas seulement de la technologie ou des protocoles, mais de la capacité des humains à ne pas céder à leurs travers les plus basiques : jalousie, distraction, orgueil ou simple bêtise.

 

Un exemple marquant est celui de Malachite, l’assistant ingénieur. Sa naïveté et sa maladresse servent de ressort narratif pour faire circuler l’exposition. Mais au-delà de cette fonction, son incapacité à respecter des règles élémentaires devient fatale. Il n’est pas le seul : d’autres membres du Maginot se perdent dans des querelles mesquines ou des obsessions futiles, au détriment de la sécurité de tous. En filigrane, l’épisode rappelle que la technologie, aussi avancée soit-elle, ne protège pas de la faillite humaine. Le Maginot, vaisseau censé représenter une prouesse technique, se révèle finalement aussi vulnérable que son équipage.

Le choix de placer un long flashback au milieu de la saison peut surprendre. Personnellement, je n’ai jamais été friand de ce procédé, souvent utilisé comme un simple remplissage. Ici, pourtant, il trouve sa justification. Revenir en arrière permet non seulement de donner un contexte aux premiers instants de la série, mais aussi de repositionner les antagonistes. Jusqu’à présent, Morrow apparaissait comme l’ennemi principal. Cet épisode déplace cette perception. Le rôle de Kavalier dans les sabotages change la donne : il devient une figure bien plus haïssable, tandis que Morrow gagne en complexité. 

 

Ce renversement de perspective fonctionne parce qu’il arrive à ce moment précis, quand le spectateur commençait à penser avoir saisi toutes les cartes. De plus, en s’inspirant du canevas du premier Alien mais en le déployant plus tard dans la saison, la série évite un écueil : celui d’être cataloguée dès son premier épisode comme une simple copie nostalgique. En plaçant ce miroir cinq épisodes plus tard, Alien: Earth réussit à jouer avec l’attente et la mémoire du spectateur.  Noah Hawley, aux commandes de cet épisode, signe une réalisation qui s’appuie sur la tension plus que sur le spectaculaire. 

L’horreur ne réside pas uniquement dans les apparitions des créatures, mais dans l’attente, les silences, les regards qui trahissent la peur ou l’orgueil. Cette économie d’effets est efficace : le spectateur sait ce qui va arriver, connaît les codes, mais se laisse tout de même piéger par la lente descente aux enfers du Maginot.  Ce cinquième chapitre tranche avec ceux qui l’ont précédé.  Les épisodes 2 et 3 avaient exploré davantage la dimension politique et philosophique de la série, avec un accent mis sur les hybrides et les manipulations génétiques. L’épisode 4, lui, avait quelque peu dispersé son énergie dans une intrigue secondaire qui manquait de tension.

 

L’épisode 5, au contraire, recentre la narration sur un huis clos spatial et sur des enjeux humains clairs. Il rappelle que l’ADN de la franchise repose sur deux piliers : l’espace comme décor oppressant et l’humain comme principal facteur d’échec. Ce retour aux sources, même déguisé en flashback, donne de la cohérence à l’ensemble et prépare le terrain pour la suite. En termes narratifs, ce flashback ne fait pas avancer directement l’intrigue principale. Mais il modifie en profondeur la perception des personnages. Comprendre que Kavalier est à l’origine du sabotage change la dynamique entre lui et Morrow. 

Ce dernier n’apparaît plus comme le cerveau malveillant, mais comme une victime manipulée par un système plus vaste. Cela ouvre aussi la voie à une relecture de ce qui a été vu dans les épisodes précédents. Les choix de Morrow, sa froideur apparente, son obsession pour les créatures prennent une autre signification. Cette dimension tragique pourrait influencer son rôle dans les prochains épisodes et rendre ses confrontations plus ambiguës. Ce cinquième épisode pose aussi une question plus large : dans l’univers d’Alien, l’histoire n’est-elle pas condamnée à se répéter ? Chaque tentative de contrôler ou d’exploiter les xénomorphes se solde par une catastrophe. 

 

Le Maginot n’est qu’un avatar supplémentaire de cette logique. Comme le Nostromo avant lui, il devient un tombeau spatial, conséquence d’un mélange de cupidité et de désinvolture. La série joue avec cette répétition consciente, presque ironique. En mettant en scène un “remake” déguisé du film de 1979, elle souligne que les erreurs du passé continuent de hanter l’avenir. C’est une manière habile de relier la série à la saga cinématographique tout en affirmant sa propre identité. En tant que spectateur, cet épisode m’a surpris. J’avais peur que la série s’enferme dans un rythme irrégulier, alternant fulgurances et lenteurs. 

Ce retour en arrière m’a d’abord semblé être une perte de temps, avant de comprendre son rôle. Voir Morrow sous un angle plus humain et repositionner Kavalier comme véritable antagoniste change mon regard sur la saison entière. Ce n’est pas un épisode qui cherche à épater, mais un chapitre qui prend le temps de repositionner les pièces du jeu. Il n’est pas sans défauts – certains passages auraient mérité plus de subtilité, et l’équipage du Maginot frôle parfois la caricature – mais il apporte une cohérence bienvenue. L’épisode 5 de Alien: Earth fonctionne comme un carrefour narratif. Ce flashback ne se contente pas de combler des trous, il reconfigure la manière dont les personnages et les enjeux sont perçus. 

 

En revisitant les codes du film fondateur sans tomber dans la simple copie, il réussit à donner de la chair à Morrow et à redistribuer les rôles d’antagonistes. Au-delà de son intrigue, il rappelle que la série trouve sa force lorsqu’elle revient à l’essence de la saga : l’espace comme lieu d’isolement et de peur, et l’humain comme maillon faible de la chaîne. Ce cinquième chapitre n’est pas un simple hommage au passé, mais une étape décisive qui prépare la suite. L’histoire du Maginot, désormais révélée, laisse présager que les prochains épisodes pourraient s’aventurer sur un terrain encore plus incertain, où la frontière entre victimes et bourreaux se brouille davantage.

 

Note : 8.5/10. En bref, cet épisode flashback ne se contente pas de combler des trous, il reconfigure la manière dont les personnages et les enjeux sont perçus. En revisitant les codes du film fondateur sans tomber dans la simple copie, il réussit à donner de la chair à Morrow et à redistribuer les rôles d’antagonistes.

Disponible sur Disney+

 

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