1 Août 2025
La saison 2 de Twisted Metal débute avec fracas. Trois épisodes posent les jalons d’une nouvelle dynamique, où les routes cabossées du monde post-apocalyptique ne sont plus seulement le théâtre de confrontations motorisées, mais aussi le miroir d’enjeux personnels plus profonds. Difficile d’ignorer que l’univers de la série devient plus dense. Les motivations des personnages prennent le pas sur la simple violence gratuite, même si celle-ci reste omniprésente. La série ne cherche pas à tout dévoiler d’un coup. Les trois premiers épisodes fonctionnent comme une rampe de lancement, où la compétition tant attendue – le tournoi Twisted Metal – est constamment évoquée, sans encore commencer.
Certains pourraient y voir une frustration, surtout si la première saison est perçue comme une longue introduction. Mais cette attente est mise à profit pour solidifier les liens entre les protagonistes, et introduire de nouveaux visages qui devraient bousculer l’équilibre en place. Le choix de ne pas précipiter l’action permet à la série d’explorer ce qui la distingue dans un paysage saturé de récits post-apocalyptiques : la volonté de s’attarder sur les individus, leurs failles, leurs convictions, et parfois leur absurdité. Dès les premières minutes, les routes désertiques reprennent vie. John Doe n’est plus seul bien longtemps, puisque Quiet revient rapidement dans le tableau. Cependant, le contexte n’a plus rien à voir avec ce qu’ils ont connu.
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Leurs trajectoires les ont transformés, et leurs retrouvailles ne ressemblent pas à un soulagement amoureux, mais plutôt à une reconnaissance distante entre deux anciens compagnons d’armes. À New San Francisco, John se retrouve sous le contrôle d’une nouvelle Raven. Contrairement à la version précédente, celle-ci est introduite avec une touche d’étrangeté volontairement assumée. Son passé tragique, entre une amie comateuse et une passion pour le mysticisme, lui donne des raisons personnelles de vouloir que John participe au tournoi. En parallèle, le duo Sweet Tooth et Stu prend une décision inattendue : plutôt que de créer leur propre compétition, ils préfèrent intégrer celle déjà en préparation. Leur objectif n’a rien d’altruiste : ils espèrent affronter les pires tueurs réunis au même endroit, dans une logique de carnage organisé.
Ce détour évite d’avoir à justifier la présence de ce duo dans l’arc central. Le monde de Twisted Metal s’élargit aussi du côté des Dolls, groupe auquel appartient désormais Quiet. La promesse du tournoi leur apparaît comme une opportunité politique : faire tomber les murs qui séparent les « Outsiders » des mégapoles. L’enjeu dépasse la simple survie. Il s’agit ici d’une tentative de rééquilibrer les forces. C’est également au cours de cet épisode que John croise, sans encore la reconnaître, sa sœur perdue, désormais connue sous le nom de Dollface. La coïncidence est lourde de sens, mais la mémoire défaillante de John empêche toute émotion immédiate. Ce flou entretient une tension prometteuse pour la suite.
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Le deuxième épisode poursuit l’ancrage émotionnel initié précédemment, en mettant l’accent sur la figure de Dollface. Derrière son apparence froide se cache Krista, la sœur que John ne reconnaît pas, malgré quelques signes évidents. L’amnésie n’est plus seulement un ressort narratif pratique : elle devient une barrière affective. Le triangle formé par John, Quiet et Krista s’installe progressivement. Il ne s’agit pas d’un conflit amoureux, mais d’un affrontement de loyautés et de visions du monde. Quiet s’est construite une nouvelle famille auprès des Dolls. Krista, quant à elle, semble porter une blessure ancienne qu’elle tente de réparer à travers le tournoi. Et John flotte entre ces deux femmes, incapable de relier les morceaux de son passé.
Une nouvelle venue, Mayhem, apporte un souffle inattendu à l’intrigue. Adolescente insolente et malicieuse, elle instaure une dynamique intéressante avec Quiet, à mi-chemin entre la rivalité et la complicité. Sa présence, bien que secondaire dans l’immédiat, semble déjà avoir un poids narratif non négligeable. Cet épisode contient également une course qui détermine qui représentera les Dolls dans le tournoi. Quiet s’impose, mais décide d’emmener John dans son sillage. Ce geste n’est pas sans conséquences : il officialise leur engagement dans la compétition, tout en renforçant le lien qui les unit encore. En toile de fond, une nouvelle menace émerge : Mr. Grimm. Présenté dans une ambiance pesante à l’asile de Blackfield, il incarne une étrangeté inquiétante, à la frontière entre le réel et le surnaturel.
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Le troisième épisode est sans doute le plus équilibré jusqu’ici. Il parvient à conjuguer développement des personnages, absurdités visuelles, et montée de tension. John et Krista commencent enfin à interagir de manière plus intime, même si l’émotion peine encore à s’imposer. Pour John, l’absence de souvenirs agit comme un mur : sans passé, difficile d’éprouver quoi que ce soit. L’idée que Krista et lui partageaient un goût pour les drive-in est utilisée comme prétexte à un retour sur les lieux de leur enfance. Ce passage offre un moment de calme, vite interrompu par l’arrivée d’Axel, un homme fusionné avec un véhicule improbable. Ce type de personnages fait le sel de la série : grotesques, décalés, mais parfaitement intégrés à son ton particulier.
La confrontation avec Axel et son créateur, un savant dérangé, donne lieu à une scène étrange où les dialogues flirtent avec l’absurde. C’est aussi l’occasion d’un premier acte de bravoure de John, même si le tout reste enveloppé dans une ironie grinçante. Pendant ce temps, Quiet et Mayhem prennent de l’importance. La première enseigne à la seconde comment conduire, non sans accrochages. Cette mini-formation permet d’explorer un autre versant de Quiet : celui d’une femme qui, malgré ses blessures, accepte de transmettre. L’alchimie entre les deux fonctionne, en particulier parce qu’elle est progressive. Mr. Grimm, quant à lui, continue d’intriguer. Ses gestes rituels, ses murmures, ses meurtres — tout laisse planer un doute sur sa véritable nature.
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Est-il simplement fou, ou cache-t-il quelque chose de plus sombre ? La série ne tranche pas, et c’est justement ce flou qui fonctionne. L’épisode se termine aux portes de Diesel City, où les armes spéciales sont censées être acquises. Tout semble en place pour que le tournoi démarre, mais les tensions internes restent vives. Ces trois premiers épisodes montrent une série qui refuse la facilité. Au lieu de foncer tête baissée dans le chaos de la compétition, elle opte pour un détour narratif, assumé et maîtrisé. La priorité est donnée aux personnages, à leurs liens, à leur évolution. Ce choix peut dérouter ceux qui attendent de la destruction en continu, mais il donne une densité nouvelle à l’univers de Twisted Metal.
Ce que propose cette saison, ce n’est pas un simple affrontement de véhicules armés, mais une exploration d’un monde fissuré, où les murs ne sont pas que physiques. Le passé pèse, les identités vacillent, et chacun cherche à retrouver un sens, un but, une mémoire. L’humour noir, toujours présent, équilibre les scènes les plus violentes. L’écriture évite la surenchère dramatique, préférant des instants décalés, voire absurdes, qui rappellent que dans ce monde ruiné, le grotesque est devenu banal. La saison 2 de Twisted Metal ne commence pas dans le sang, mais dans la confusion émotionnelle. Les routes sont pleines de pièges, mais c’est surtout dans les têtes que les nœuds sont les plus difficiles à démêler.
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Le tournoi est à l’horizon, mais ce sont les trajectoires personnelles qui dessinent, pour l’instant, la vraie carte du récit. Avec ces trois épisodes, la série confirme une volonté : celle de faire exister ses personnages au-delà de leur apparence ou de leur fonction narrative. En creusant leurs relations, en multipliant les points de vue, Twisted Metal construit une tension qui n’explosera que plus fort quand le tournoi commencera vraiment.
Note : 6.5/10. En bref, la saison 2 de Twisted Metal ne commence pas dans le sang, mais dans la confusion émotionnelle. Les routes sont pleines de pièges, mais c’est surtout dans les têtes que les nœuds sont les plus difficiles à démêler.
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