1 Août 2025
Zénithal // De Jean-Baptiste Saurel. Avec Vanessa Guide, Franc Bruneau et Cyril Gueï.
Zénithal, premier long-métrage de Jean-Baptiste Saurel, fonce tête baissée dans l’absurde pour provoquer un rire nerveux, un soupir désabusé ou, parfois, un malaise étonnamment libérateur. Ni tout à fait comédie, ni franchement satire, ce film s’engage sur un terrain glissant : celui de la masculinité toxique, abordée à travers un humour gras et revendiqué. Le résultat ? Un ovni cinématographique à la fois irritant et intrigant, difficile à recommander sans prévenir du choc thermique qu’il provoque. Car Zénithal, c’est avant tout une proposition : celle de rire du ridicule des fantasmes virils, à condition d’en supporter l’épaisseur. L’histoire tient sur un coin de serviette – et encore. Francis, un homme banal, est en couple avec Sonia depuis dix ans.
Ensemble depuis 10 ans, Francis et Sonia ne se comprennent plus. Alors qu’ils essayent de sauver leur couple, Francis se retrouve accusé du meurtre de son ancien rival Ti-Kong. Fuyant la police, il tombe entre les griffes d’un chirurgien en roue libre, prêt à tout pour défendre la domination masculine. Sonia passe alors à l’action pour secourir Francis, son couple, et rétablir la paix entre les sexes. Après l’ère du génital… l’heure du zénithal a sonné.
Le quotidien a limé les contours de leur relation, et les silences ont remplacé les dialogues. Alors que leur couple vacille, Francis est accusé d’un crime grotesque : le meurtre de Ti-Kong, une vedette adulée pour ses performances sexuelles hors norme. Le motif ? Une jalousie supposée liée à la taille du sexe du défunt. C’est sur ce postulat volontairement absurde que Saurel bâtit son film. La suite déraille joyeusement : Francis fuit la police, croise la route d’un chirurgien mégalomane obsédé par la domination masculine, et Sonia, plus lucide que tous les autres réunis, se lance dans une opération de sauvetage aussi sentimentale que politique. L’intrigue tient debout comme elle peut, souvent à coups de vannes lourdes et de clins d’œil appuyés à une pop culture des années 2000.
Ceux qui se souviennent du court-métrage La Bifle (2012) ne seront pas surpris par l’univers décalé de Zénithal. Jean-Baptiste Saurel y prolonge son exploration des attributs masculins comme prétextes à la comédie physique. Mais là où le format court lui permettait une efficacité immédiate, le passage au long-métrage révèle les limites de ce type d’humour quand il s’étire. À force de vouloir repousser les bornes du bon goût, le film finit par tourner en rond. L’effet de surprise du court n’est plus là, et la surenchère devient moins percutante. Il y a des moments où la mécanique se grippe, où les gags tombent à plat faute de renouvellement. Certaines scènes donnent l’impression d’avoir été écrites uniquement pour allonger la durée.
Cela n'empêche pas quelques trouvailles visuelles bien pensées, ni des saillies comiques qui touchent juste, mais le rythme global manque de constance. Le film tente, au fond, de faire une critique du masculin contemporain, coincé entre performance et vide identitaire. Francis, en anti-héros passif, subit les injonctions d’un monde qui valorise encore la virilité comme gage de réussite et d’attractivité. L’arrivée du personnage du chirurgien – véritable caricature de patriarcat déjanté – enfonce le clou. Mais au-delà de l’intention, le film peine à proposer une véritable analyse. La satire s’arrête souvent à la surface, se contentant d’énoncer des clichés plutôt que de les démonter. Ce manque de profondeur transforme parfois le message en simple décor, au lieu d’en faire le moteur de la narration.
Ce n’est pas que Zénithal évite la réflexion, mais celle-ci reste secondaire par rapport à l’humour. Or, quand cet humour s’essouffle – ce qui arrive assez rapidement – le film laisse un certain vide. Ce n’est ni une farce vraiment corrosive, ni une comédie vraiment attachante. Et cela frustre, d’autant plus que le sujet méritait mieux. Si Zénithal tient à peu près debout, c’est en grande partie grâce à son casting. Les comédiennes et comédiens se donnent corps et âme – parfois littéralement – pour faire exister des personnages plus archétypaux que construits. Leur énergie compense souvent la pauvreté de certaines scènes. Le duo principal fonctionne bien : Francis, paumé et dépassé, est interprété avec une lassitude presque touchante, tandis que Sonia apporte une vraie densité émotionnelle à un film qui en manque cruellement par ailleurs.
Le chirurgien, quant à lui, est une figure grotesque et volontairement outrancière, que l’acteur incarne avec une jubilation contagieuse. Cela ne sauve pas tout, mais sans cette implication du casting, le film aurait sans doute sombré dans une parodie involontaire. Le ton général du film se rapproche plus d’un délire potache de fin d’études que d’un projet de cinéma construit. L’image rappelle par moments certains standards de la série B, entre éclairages criards et décors volontairement kitsch. Ce choix esthétique peut agacer, mais il semble faire partie du pacte que Saurel passe avec son spectateur : ici, rien n’est vraiment sérieux, sauf peut-être le regard qu’on porte sur les choses. Ce décalage visuel peut surprendre mais finit par servir le propos : Zénithal ne veut pas faire illusion.
Il préfère exhiber ses coutures, quitte à paraître bâclé. L’ensemble se regarde un peu comme une parodie de film d’action qui aurait croisé un manuel de sexologie pour adolescents. Ce type de film a de quoi désarçonner. Il ne cherche pas à rassembler large, ni à séduire par un humour consensuel. Il parle plutôt à celles et ceux qui ont grandi avec l’absurde comme genre à part entière, qui acceptent de voir des films expérimentaux même lorsqu’ils frôlent le navrant. Zénithal s’adresse à un public restreint, capable de trouver du sens dans l’insensé, du plaisir dans l’outrance, et une certaine lucidité dans la bouffonnerie. Il y a là un positionnement rare, risqué, qui mérite d’être signalé – même si le pari ne tient pas toujours.
Difficile de savoir si Jean-Baptiste Saurel a atteint son sommet avec ce film, ou s’il s’agit d’une étape de transition avant un projet plus abouti. Ce qui est certain, c’est que Zénithal ne laisse pas indifférent. Il divise, agace, amuse parfois, mais ne triche pas. Il propose un regard décalé sur la masculinité moderne, mais sans toujours réussir à l’articuler avec une narration solide. Il amuse un temps, mais épuise sur la durée. Et surtout, il donne envie de revoir La Bifle, ce court-métrage qui, lui, avait su capturer en quelques minutes ce que Zénithal étire parfois inutilement. Un film à réserver aux amateurs d’humour absurde, un peu crade, un peu raté, mais jamais tiède. Pour tous les autres, mieux vaut savoir à quoi s’attendre avant de se lancer dans ce drôle de trip.
Note : 5/10. En bref, un film à réserver aux amateurs d’humour absurde, un peu crade, un peu raté, mais jamais tiède. Pour tous les autres, mieux vaut savoir à quoi s’attendre avant de se lancer dans ce drôle de trip.
Sorti le 21 août 2024 au cinéma - Disponible en VOD et sur myCanal
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