16 Août 2025
Young Millionaires, création française de Igor Gotesman (Family Business, Fiasco, Five) disponible sur Netflix, part sur une idée qui frappe immédiatement : quatre adolescents de Marseille, à peine 17 ans, gagnent 17 millions d’euros à la loterie. Le rêve absolu… sauf que la loi leur interdit de toucher le moindre centime avant leur majorité. À partir de là, tout s’enchaîne : les combines, les mauvaises décisions, les tensions, les amitiés mises à rude épreuve. La série veut mélanger comédie et drame, avec un ton léger mais des situations parfois sombres. Le décor marseillais sert de toile de fond à une histoire qui parle autant de jeunesse que d’argent, mais qui ne livre pas toujours ce qu’elle semble promettre au départ.
Vendredi 13 dans le 13, Samia, Léo, David et Jess, amis d'enfance, décrochent le jackpot à la loterie. Mais à 17 ans, impossible d'encaisser le ticket... Premier problème d'une longue série car toucher le gros lot à cet âge, c'est aussi ouvrir la porte à une avalanche de galères. Parce qu'on n'est pas sérieux quand on a 17 ans et 17 millions !
L’idée de base est forte. Elle touche à quelque chose d’universel : que ferait-on avec une telle somme à un âge où l’on n’a encore aucune expérience de la vie adulte ? Ici, la réponse passe par des choix précipités, souvent irréfléchis. Dès les premières minutes, la série établit une urgence : l’argent est là, mais impossible d’y accéder légalement. Cette contrainte est le moteur de tout ce qui va suivre. Pourtant, si le point de départ intrigue, le développement ne conserve pas toujours la même intensité. Les premiers épisodes installent bien l’univers et le groupe de personnages, mais la tension se dilue ensuite dans une succession de péripéties qui ne font pas toujours avancer l’histoire.
Les enjeux sont clairs, mais le récit prend parfois des détours qui paraissent davantage répondre à un besoin de rythme qu’à une réelle logique narrative. Les quatre protagonistes forment un noyau soudé. On sent une histoire commune, des liens anciens. Mais ces relations, si elles sont crédibles par moments, souffrent d’un manque de profondeur. David agit comme leader par défaut. C’est lui qui prend les décisions, bonnes ou mauvaises, et qui entraîne les autres dans ses plans. Son passé compliqué explique une partie de son comportement, mais la série ne creuse pas assez cette dimension pour en faire un vrai moteur émotionnel. Jess joue sur l’image de la fille populaire, sûre d’elle, avec un côté rebelle. Ses choix sont souvent dictés par l’instant plutôt que par la réflexion.
Son contexte familial apporte une excuse à certaines décisions, mais rarement une vraie remise en question. Samia est sans doute celle qui avait le plus de potentiel dramatique. Son avenir sportif compromis aurait pu offrir un arc riche, mais il reste en arrière-plan. Léo, plus réservé, semble conçu comme la voix de la raison, mais il se laisse souvent entraîner sans opposer de réelle résistance. Ce quatuor fonctionne dans la dynamique de groupe, mais pris individuellement, chacun manque de nuances. Les personnages secondaires – notamment un professeur impliqué malgré lui ou certains membres de la famille – apportent des contrepoints, mais restent trop effacés pour influencer réellement le fil principal.
L’un des aspects marquants de cette saison est la difficulté à trouver un ton cohérent. Le pitch et certaines scènes laissent penser à une comédie adolescente décomplexée. Mais à plusieurs reprises, la série glisse vers des situations beaucoup plus graves : chantage, trahison, risques judiciaires. Cette alternance peut créer de l’intérêt, mais elle provoque aussi un déséquilibre. Les moments drôles paraissent parfois plaqués, comme si le scénario craignait de devenir trop sombre, tandis que les moments sérieux arrivent brutalement, sans transition fluide. Résultat : l’atmosphère globale est difficile à cerner. La ville est presque un personnage à part entière. Plages, quartiers résidentiels, cités… la série offre un aperçu varié de Marseille.
On sent que la mise en scène a cherché à capturer une diversité d’ambiances : chaleur du bord de mer, tension des rues étroites, énergie des lieux publics. Cependant, ce décor sert surtout d’arrière-plan esthétique. Peu de scènes exploitent vraiment la spécificité culturelle ou sociale de la ville pour enrichir le propos. La représentation reste assez générale, parfois stéréotypée, ce qui limite la portée de l’ancrage local. Au cœur de Young Millionaires, il y a cette interrogation : que devient une amitié face à une somme aussi énorme ? La série montre assez bien que l’argent agit comme un révélateur. Les ambitions, les envies, les rancunes enfouies ressortent vite. Chacun projette sa propre vision de l’avenir, ce qui provoque des conflits.
En revanche, la réflexion sur la société de consommation reste en surface. On voit les ados se laisser tenter par des dépenses absurdes, mais le scénario n’explore pas vraiment les conséquences à long terme. Les dangers du gain facile sont évoqués, mais plus par le biais de situations extrêmes que par un véritable travail psychologique. Avec ses épisodes d’environ 30 minutes, la série se regarde facilement. Le format court incite au visionnage en continu. Mais cette rapidité a un revers : peu de scènes prennent le temps de s’installer. Les intrigues secondaires sont lancées puis rapidement abandonnées, ou bien se résolvent par des coïncidences un peu forcées.
L’un des points faibles tient dans le manque de progression dramatique. Les enjeux initiaux – encaisser l’argent, éviter les ennuis – sont posés dès le départ, mais leur évolution reste limitée. Les rebondissements existent, mais souvent sous forme de petites complications plutôt que de véritables changements de situation. Les dialogues cherchent une authenticité adolescente, avec un langage familier et des expressions récurrentes. Cela donne par moments un côté naturel, mais peut aussi devenir répétitif. Certaines répliques semblent chercher l’effet comique ou la punchline au détriment de la crédibilité. Il y a malgré tout quelques échanges réussis, notamment quand la tension monte et que les émotions dépassent les mots préparés.
C’est dans ces instants-là que les relations entre les personnages paraissent les plus sincères. Sur le plan visuel, Young Millionaires reste soignée. Les cadrages sont propres, la lumière met en valeur les décors, et l’ensemble a une esthétique moderne. Le montage conserve un rythme régulier, évitant les longueurs. Cependant, cette propreté visuelle donne parfois un aspect lisse, qui contraste avec le chaos que l’histoire voudrait transmettre. Les scènes de tension gagneraient à être filmées avec plus d’énergie ou de spontanéité, pour coller à l’esprit des situations. En fin de saison, certaines intrigues trouvent leur conclusion, mais beaucoup de questions restent en suspens.
Ce n’est pas forcément un problème si une suite est prévue. Mais l’incertitude autour d’une deuxième saison laisse l’impression que l’histoire reste incomplète. Le dernier épisode cherche à offrir un certain apaisement, mais il le fait de manière abrupte, avec des résolutions qui paraissent un peu faciles compte tenu des complications accumulées. La saison 1 de Young Millionaires a un concept suffisamment fort pour attirer, et une exécution qui, malgré ses faiblesses, reste regardable. Les personnages manquent de nuances, mais le groupe fonctionne assez pour que l’on suive l’histoire jusqu’au bout.
La série souffre de son hésitation entre comédie et drame, d’un rythme inégal et de dialogues parfois forcés. Pourtant, elle conserve une légèreté qui la rend accessible. On ne sort pas bouleversé, mais pas totalement indifférent non plus. Si une saison 2 voyait le jour, elle gagnerait à approfondir ses personnages, clarifier son ton et exploiter davantage les thématiques qu’elle effleure.
Note : 5.5/10. En bref, la saison 1 de Young Millionaires a un concept suffisamment fort pour attirer, et une exécution qui, malgré ses faiblesses, reste regardable. Les personnages manquent de nuances, mais le groupe fonctionne assez pour que l’on suive l’histoire jusqu’au bout.
Disponible sur Netflix
Netflix n’a pas encore renouvelé Young Millionaires pour une saison 2 à l’heure où j’écris ces lignes.
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