4 Septembre 2025
Fils de // De Carlos Abascal Peiró. Avec Jean Chevalier, François Cluzet et Karin Viard.
Sortir un film sur la nomination d’un Premier ministre en pleine actualité parlementaire française relève presque de la provocation. Carlos Abascal Peiró ne pouvait pas mieux tomber pour son premier long-métrage, Fils de, qui scrute les coulisses du pouvoir avec un mélange d’ironie et de férocité. Pourtant, derrière le clinquant d’un casting impressionnant et le rythme effréné de la mise en scène, une question demeure : que raconte vraiment ce film sur la politique française, et surtout, pourquoi m’a-t-il laissé un goût d’inachevé ? L’intrigue démarre une semaine après une présidentielle.
Une semaine après la présidentielle, la France cherche toujours son Premier Ministre. Nino, jeune attaché parlementaire ambitieux, est missionné pour convaincre son père, Lionel Perrin d’accepter le poste. Mais cet éternel perdant a coupé les ponts avec la politique…et son fils. Nino se retrouve embarqué dans une course effrénée où tous les coups sont permis. Il a 24h pour sauver sa carrière, son couple et si possible l’avenir de la France !
Nino Perrin, jeune attaché parlementaire ambitieux (Jean Chevalier, vraie révélation), a vingt-quatre heures pour convaincre son père, Lionel Perrin (François Cluzet), d’accepter le poste de Premier ministre. Problème : le paternel n’a aucune envie de replonger dans ce marigot politique. Entre le poids de l’héritage, les ambitions contrariées et les rivalités internes, le film installe un duel générationnel qui a tout du drame classique… mais emballé dans les habits d’une comédie politique. Sur le papier, difficile de ne pas saliver : satire du pouvoir, relations père-fils, une journaliste ambitieuse qui rôde (Sawsan Abès, très convaincante dans le rôle de Malka), et un décor institutionnel qui se prête au jeu des coups bas.
Le film veut croquer les pathologies d’un système politique devenu caricature de lui-même : hypocrisie, égo surdimensionné, obsession médiatique, peur du déclassement. Des ingrédients universels, transposables dans n’importe quel pays européen. C’est d’ailleurs ce qui lui donne une résonance au-delà du seul contexte français. Mais ce choix d’archétypes finit par desservir les personnages. Beaucoup ressemblent à des pantins, des girouettes pathétiques prêtes à tout pour grappiller un peu de lumière. Et même si le rire affleure, l’excès de clichés empêche parfois de s’attacher. J’ai pensé à Veep ou à Baron Noir, mais sans la même épaisseur.
Ici, le rire désamorce tout, parfois au détriment de la réflexion. Le vrai cœur du film reste la relation père-fils. Nino incarne cette génération qui veut changer le système mais en vit déjà, condamné à reproduire ce qu’elle critique. Lionel, lui, incarne le vieux lion désabusé, qui connaît trop bien les compromissions du pouvoir pour avoir envie d’y retourner. Ce duel intime fonctionne bien, même s’il tombe parfois dans le déjà-vu. Les scènes où le fils supplie le père, ou où l’orgueil prend le dessus sur l’affection, ont un parfum de répétition. J’aurais aimé que Carlos Abascal Peiró ose davantage creuser ces moments de vulnérabilité.
Mais il préfère relancer l’intrigue par une cascade de rebondissements et de punchlines, ce qui rend le récit plus nerveux, mais moins émouvant. Fils de pose malgré tout une question pertinente : la politique est-elle encore un exercice de conviction ou seulement un spectacle de postures ? Le film montre à quel point le pouvoir se nourrit de son image, entre caméras omniprésentes, scandales médiatiques attendus et manipulations savamment orchestrées. La presse, elle aussi, est montrée comme un acteur ambigu : parfois héroïque, parfois complice, parfois simple marionnette.
Cette ambivalence résonne particulièrement à l’heure où l’information circule plus vite que les faits. La mise en scène, avec son montage nerveux, ses dialogues incisifs et ses séquences au rythme presque jazz, accentue cette impression d’un monde qui tourne en boucle, improvisant sans cesse pour mieux retomber sur ses pieds. François Cluzet et Karin Viard, habitués des rôles complexes, semblent parfois bridés par des personnages trop archétypaux. Alex Lutz apporte son grain de folie, mais n’a pas assez d’espace pour déployer sa verve habituelle. En revanche, Jean Chevalier tire son épingle du jeu. Son Nino est crédible, nerveux, parfois agaçant mais toujours humain.
Face à lui, Sawsan Abès impose une journaliste féroce, prête à tout pour exister dans un univers médiatique impitoyable. Ces deux-là offrent de vraies étincelles, plus que les vétérans du casting. La réalisation adopte une esthétique qui rend hommage aux années 80/90, ce qui donne par moments un ton rétro assez savoureux. Le rythme supersonique, les dialogues mordants et la bande-son singulière participent à l’énergie générale. Mais ce tourbillon visuel et sonore fatigue aussi. J’ai eu parfois l’impression que le réalisateur craignait de laisser le spectateur respirer.
Chaque minute est saturée de dialogues, de situations rocambolesques, de rebondissements. L’énergie est indéniable, mais un peu de silence aurait permis aux personnages de gagner en profondeur. La force d’une bonne satire est de savoir s’arrêter avant de lasser. Ici, la durée finit par jouer contre le film. À force d’accumuler les trahisons, scandales et révélations, le récit perd un peu de sa force initiale. Ce qui était drôle et grinçant devient parfois répétitif. Je comprends le choix de la frénésie, qui colle bien à l’idée d’un monde politique en surchauffe permanente. Mais à la fin, je me suis demandé : à quoi bon ce déferlement ? Que reste-t-il de ce portrait, une fois les rires passés ?
Malgré ses faiblesses, Fils de a le mérite de ne pas sombrer dans le cynisme absolu du « tous pourris ». Carlos Abascal Peiró, ancien journaliste, connaît son sujet et évite de jeter le bébé des institutions avec l’eau du bain ministériel. Il préfère montrer la politique comme un théâtre absurde où se jouent aussi des drames humains
Son film reste une comédie vive, ironique, parfois brillante, mais inégale. J’ai apprécié certaines répliques cinglantes, l’énergie des acteurs et la manière dont le réalisateur mélange politique et intime. Mais j’ai regretté le manque d’épaisseur des personnages secondaires et une tendance à trop tirer sur la corde du burlesque.
Fils de est un objet hybride, entre comédie politique et drame familial. Par moments brillant, souvent drôle, il manque cependant de souffle pour vraiment marquer. Carlos Abascal Peiró prouve qu’il a un sens de la satire et du rythme, mais gagnerait à faire davantage confiance à ses personnages et à la complexité humaine, plutôt qu’aux archétypes et aux artifices narratifs. En sortant de la salle, j’ai pensé que ce film avait tout pour devenir une référence de la comédie politique française, mais qu’il s’était un peu perdu dans son propre tourbillon. Une promesse, donc, plus qu’un aboutissement.
Note : 5.5/10. En bref, Fils de est un objet hybride, entre comédie politique et drame familial. Par moments brillant, souvent drôle, il manque cependant de souffle pour vraiment marquer.
Sorti le 3 septembre 2025 au cinéma
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