Critiques Séries : Invasion (2021). Saison 3. Episode 6.

Critiques Séries : Invasion (2021). Saison 3. Episode 6.

Invasion (2021) // Saison 3. Episode 6. Marilyn.

 

La série Invasion poursuit sa troisième saison avec un sixième épisode centré sur le personnage de Marilyn et l’origine du groupe Infinitas. Ce choix narratif ralentit encore le rythme et détourne l’attention de la menace extraterrestre pour plonger dans un passé qui, au fond, n’apporte pas grand-chose. Intitulé « Marilyn », l’épisode prend la forme d’un long flashback qui tente d’expliquer comment Infinitas est devenu ce culte étrange vouant un véritable culte aux envahisseurs. Mais le résultat laisse une impression mitigée, tant le récit paraît plaqué et déconnecté des enjeux réels de la saison. 

 

Dès les premières minutes, il devient clair que l’épisode se concentre davantage sur la psychologie des personnages que sur la progression de l’intrigue générale. Verna et Joel sont au cœur du récit, mais leur intérêt reste limité. Connaître par avance leur destin rend difficile toute implication émotionnelle. La mort de la mère de Joel, censée marquer un tournant dramatique, n’a pas le poids nécessaire. Le spectateur sait déjà où ces personnages aboutiront, et ce savoir annule presque tout suspense. Ce retour en arrière, situé au début de l’invasion, fonctionne comme ces épisodes classiques des séries de zombies qui reviennent au « jour zéro ». 

Le problème est similaire : voir des survivants découvrir des évidences déjà acquises fatigue plus qu’autre chose. Le récit fait mine de révéler des informations, mais elles sont soit redondantes, soit anecdotiques. Pire encore, la narration gomme toute tension potentielle. Les quelques scènes d’action, comme l’attaque extraterrestre qui coûte la vie à la mère de Joel, peinent à instaurer une réelle intensité. Au-delà de l’action, l’épisode tente de donner une explication à la montée en puissance de Verna. Sa rencontre avec une entité extraterrestre lui insufflant la voix de sa sœur décédée devient l’élément déclencheur de sa croyance. Ce moment aurait pu être fascinant s’il ne souffrait pas d’un excès de lourdeur. 

 

Plutôt que d’instiller le doute ou de laisser planer une ambiguïté, la mise en scène force le trait : Verna est en deuil, elle est fragile, et les aliens exploitent cette faiblesse. Tout est dit, tout est montré, rien n’est suggéré. L’idée que les extraterrestres puissent récupérer les souvenirs des humains morts pour les réutiliser dans leurs communications intrigue sur le papier. Mais l’exécution reste pauvre. Plutôt qu’explorer cette piste, le scénario préfère montrer Verna s’enfoncer dans une croyance quasi religieuse. Elle se présente comme une sorte de prophète improvisée, et le groupe de survivants, pourtant rassemblé par hasard dans une église, se laisse convaincre avec une facilité déconcertante. 

Là encore, l’écriture manque de subtilité. L’embrigadement se déroule en accéléré, comme s’il fallait absolument justifier l’existence d’Infinitas dans un seul épisode. La dimension pseudo-religieuse de Verna occupe donc une place centrale. Elle récupère un langage messianique pour donner du sens à son expérience et fédérer ceux qui l’entourent. Mais cette construction paraît artificielle, car elle saute directement d’une attitude rationnelle à un fanatisme sans transition crédible. L’écart entre la Verna des flashbacks et la Verna actuelle produit une dissonance qui décrédibilise le personnage plutôt que de l’étoffer.

 

Plus gênant encore, le retour à la temporalité présente en fin d’épisode accentue cette sensation de décalage. Après quarante minutes d’une plongée dans le passé, la reprise de l’histoire principale survient trop vite, sans continuité fluide. La bascule est brutale et empêche toute cohérence. En voulant humaniser une antagoniste, le récit aboutit paradoxalement à la rendre moins intéressante. Le problème fondamental de cet épisode tient à sa fonction dans la saison. Après les trahisons et la montée en tension de l’épisode précédent, consacrer quarante-cinq minutes à expliquer les origines d’un groupe déjà dévoilé enlève tout élan narratif. Infinitas avait surpris par son retournement, en apparaissant non comme une organisation politique mais comme une secte aliénophile. 

C’était une révélation efficace, qui aurait gagné à rester mystérieuse. La détailler de manière laborieuse réduit son impact. Le traitement des autres personnages accentue ce désintérêt. Joel, malgré le drame qu’il vit, reste un protagoniste sans relief. Quant aux survivants croisés au fil de l’épisode, ils relèvent du cliché : l’autoritaire, le peureux, le pasteur dépassé. Ce dernier, en se donnant la mort presque immédiatement, illustre la pauvreté de l’écriture. Chaque rôle secondaire existe uniquement pour servir la transformation de Verna, sans personnalité propre. Même les enjeux matériels, comme la question des ressources, manquent de consistance. 

 

Le vol de nourriture introduit brièvement une tension mais disparaît aussitôt avec l’arrivée providentielle d’un camion. Ce type de facilité scénaristique évacue toute profondeur. Là où un véritable conflit interne aurait pu émerger, l’histoire se résout en quelques minutes. Le spectateur ressort avec l’impression d’avoir assisté à un remplissage. Cet épisode illustre une faiblesse déjà récurrente de Invasion : l’incapacité à maintenir une cohérence rythmique. Chaque fois qu’un arc semble décoller, un détour inutile vient casser l’élan. Ici, ce retour sur Verna et Infinitas aurait pu être traité en une séquence plus courte ou distillé au fil de la saison. À la place, l’histoire s’étire, donnant la sensation que la série tourne encore en rond.

Le ressenti devant cet épisode est surtout celui d’une frustration croissante. La troisième saison semblait amorcer un virage avec l’affrontement direct contre les extraterrestres et la montée des tensions entre factions humaines. Pourtant, l’intrigue choisit de regarder en arrière au moment où elle devrait accélérer. Résultat : un sentiment d’immobilité, comme si la série refusait d’aller au bout de ses idées. Il reste bien quelques pistes intéressantes, comme l’idée que la perception des extraterrestres dépend de l’état psychologique de ceux qui les rencontrent. Verna, en deuil, y voit une promesse de retrouvailles. D’autres pourraient y voir une menace. Ce contraste aurait mérité d’être exploré avec plus de finesse. 

 

Malheureusement, l’écriture préfère appuyer lourdement sur le thème du salut, transformant une nuance potentielle en caricature. À ce stade de la saison, un tel épisode fragilise l’ensemble. L’impression domine que la série gaspille son temps et celui du spectateur. L’univers mis en place garde un potentiel certain, mais il se dilue dans des choix scénaristiques discutables. Infinitas pouvait rester un mystère inquiétant ; en cherchant à l’expliquer, la série l’a banalisé. Quant à Marilyn, censée être le pivot de cet épisode, elle ressort moins intrigante qu’auparavant.

En conclusion, l’épisode 6 de la saison 3 d’Invasion illustre parfaitement les dérives de la série : un récit qui croit approfondir ses personnages mais qui en réalité les affadit, un rythme qui se veut posé mais finit par lasser, et des détours narratifs qui diluent la tension au lieu de l’exacerber. L’histoire avance à pas comptés alors que les enjeux devraient s’intensifier. L’impression d’un rendez-vous manqué s’impose, renforçant le sentiment d’une saison qui, malgré quelques idées de départ prometteuses, peine à convaincre.

 

Note : 3.5/10. En bref, l’épisode 6 de la saison 3 d’Invasion illustre parfaitement les dérives de la série : un récit qui croit approfondir ses personnages mais qui en réalité les affadit, un rythme qui se veut posé mais finit par lasser, et des détours narratifs qui diluent la tension au lieu de l’exacerber. 

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