2 Octobre 2025
La deuxième saison de Platonic nous offre dix nouveaux épisodes qui viennent prolonger les mésaventures de Sylvia et Will. Après une première saison qui avait déjà mis en avant la complexité de leur relation amicale, cette suite choisit de plonger encore plus loin dans leurs contradictions, leurs fêlures et leurs choix de vie à la quarantaine. Ce n’est pas une simple comédie légère, ni une énième variation de la rom-com où deux personnages finissent par céder à une attirance. Ici, tout repose sur une amitié volontairement cabossée, un duo qui cherche à retrouver un équilibre sans jamais vraiment y parvenir.
Ce désordre rend la série parfois agaçante, souvent drôle, mais surtout sincère dans ce qu’elle raconte sur l’âge adulte et la difficulté de concilier aspirations personnelles et responsabilités. La saison 2 reprend là où la précédente s’était arrêtée : Will est désormais fiancé à Jenna, une entrepreneuse ambitieuse, tandis que Sylvia tente de donner un nouveau souffle à sa vie professionnelle en organisant leur mariage. Ce simple cadre suffit à installer une tension immédiate : comment rester l’ami intime d’un homme qui s’apprête à se marier avec une femme que l’on supporte à peine ? Dès les premiers épisodes, le dilemme s’impose. Sylvia veut se convaincre qu’elle peut tolérer Jenna, mais chaque interaction trahit un malaise.
L’écriture joue habilement sur ce contraste : d’un côté, une femme brillante, sûre d’elle et tournée vers le succès ; de l’autre, une mère de famille qui se débat entre l’impression d’avoir mis sa carrière entre parenthèses et l’envie de retrouver une forme de liberté. Cette opposition est moins caricaturale qu’il n’y paraît. La série ne cherche pas à désigner une « gentille » et une « méchante », mais plutôt à montrer comment certaines rencontres révèlent les failles intérieures. Sylvia n’en veut pas seulement à Jenna ; elle projette sur elle ce qu’elle-même n’a pas osé devenir. Will, lui, continue d’incarner ce personnage d’adulescent attardé, sympathique mais incapable de se fixer.
Sa relation avec Jenna ressemble plus à une fuite en avant qu’à un choix réfléchi. À travers ce couple improbable, la saison met en évidence une tendance fréquente : croire que s’engager rapidement peut servir de pansement à une solitude mal vécue. Au fil des épisodes, Will confie à Sylvia ses doutes, notamment une attirance naissante pour une autre femme. Ce n’est pas tant la romance parallèle qui intéresse la série, mais plutôt la manière dont Will se sabote lui-même. Ses envies de liberté s’opposent sans cesse à son besoin de reconnaissance. On assiste à une oscillation permanente entre l’élan immature et la recherche d’un cadre plus adulte.
Cette instabilité devient le carburant de la comédie, mais aussi sa limite. Car en répétant trop souvent ce schéma, le récit donne parfois une impression de stagnation. Si Will peine à grandir, Sylvia lutte pour ne pas s’éteindre. Mère de trois enfants, mariée à Charlie, elle découvre que sa vie bien rangée ne lui suffit plus. La série lui offre des situations à la fois cocasses et révélatrices : des scènes où elle s’improvise organisatrice d’événements, d’autres où elle tente de retrouver une identité propre, distincte de son rôle de mère et d’épouse. Ce parcours résonne particulièrement avec une réalité vécue par beaucoup de femmes : l’impression d’avoir sacrifié une partie de soi pour la famille, puis la nécessité de retrouver un espace personnel.
Platonic traite cette thématique avec humour, mais aussi avec un regard lucide. Sylvia n’est pas dépeinte comme une héroïne courageuse qui se réinvente du jour au lendemain ; au contraire, ses essais maladroits, ses excès et ses contradictions rendent son cheminement plus crédible. Le cœur de la série reste bien sûr la relation entre Sylvia et Will. Leur complicité repose sur une énergie presque enfantine, un goût pour les bêtises et les situations absurdes. Mais au-delà des rires, il y a une véritable dépendance réciproque. Ils se servent mutuellement de refuge, au risque de brouiller les frontières avec leurs vies respectives. Cette amitié est parfois toxique.
Sylvia s’immisce dans la relation de Will et Jenna, pendant que Will occupe une place trop envahissante dans la vie de Sylvia, au détriment de Charlie et des enfants. Le duo fonctionne sur une équation instable : chacun reproche à l’autre de détourner son existence, tout en étant incapable de s’en passer. L’un des mérites de cette saison est de ne pas chercher à résoudre ce paradoxe. Au lieu de trancher entre « bonne » ou « mauvaise » amitié, elle choisit d’explorer les zones grises. Car après tout, beaucoup d’amitiés de longue date reposent sur ce mélange de complicité et d’agacement, de soutien et de sabotage.
Un autre aspect intéressant de cette saison est le rôle plus marqué des personnages secondaires. Charlie, le mari de Sylvia, gagne en consistance. Son passage dans un jeu télévisé, suivi d’une remise en question existentielle, montre que la crise de la quarantaine ne touche pas seulement ceux qui paraissent insatisfaits de prime abord. De même, Jenna n’est pas réduite à une caricature de femme froide. Certes, elle incarne une certaine rigidité et un conformisme agaçant, mais ses scènes révèlent aussi une fragilité masquée. L’écriture choisit de nuancer, ce qui évite que la série ne tombe dans des oppositions trop simplistes. Ces trajectoires parallèles permettent de donner un peu de relief à une intrigue parfois trop centrée sur Sylvia et Will.
Elles rappellent aussi que les choix de chacun ont toujours un impact sur l’entourage. En termes de rythme, la saison souffre d’une certaine inégalité. Certaines séquences sont franchement hilarantes, d’autres paraissent rallongées inutilement. Le format de dix épisodes peut donner une impression de longueur, là où une version plus condensée aurait sans doute renforcé l’efficacité comique. Cependant, ce relâchement sert aussi à installer des moments plus calmes, où la série prend le temps de réfléchir à des thèmes de fond : le vieillissement, la peur de passer à côté de sa vie, le besoin d’affirmer des limites dans les relations amicales ou familiales.
C’est dans ces instants que Platonic dépasse la simple comédie et devient une chronique douce-amère de l’âge adulte. Le mot qui pourrait résumer cette deuxième saison est sans doute « frontières ». Les frontières entre amitié et intrusion, entre soutien et dépendance, entre vie personnelle et vie professionnelle. Sylvia et Will testent en permanence ces limites, parfois en les franchissant sans scrupule, parfois en essayant de les redessiner maladroitement. Cette exploration donne lieu à des situations absurdes mais aussi à des moments de malaise, qui reflètent une vérité universelle : savoir poser des limites est sans doute l’un des plus grands défis des relations humaines.
Derrière les gags et les dialogues acérés, Platonic reste profondément ancrée dans le thème de la crise de la quarantaine. Will et Sylvia, chacun à leur manière, illustrent ce moment où les choix faits plus jeunes apparaissent soudain figés et où l’on se demande s’il est encore temps de bifurquer. La série ne donne pas de réponses toutes faites. Elle montre plutôt la difficulté de jongler entre responsabilités et désirs personnels, et la tentation permanente de l’évasion. Que ce soit par un mariage précipité, un nouveau travail ou une amitié dévorante, chaque personnage cherche à combler un vide intérieur.
Si la première saison souffrait d’un manque de crédibilité dans le lien entre les deux protagonistes, la deuxième parvient à donner plus de densité à leur relation. Leurs disputes semblent plus vraisemblables, leurs moments de complicité moins forcés. La dynamique entre Seth Rogen et Rose Byrne fonctionne mieux parce qu’elle accepte de montrer les failles : ce n’est pas une amitié parfaite, mais une relation qui survit malgré les maladresses, les erreurs et les tensions. De plus, le choix de confronter les personnages à de nouvelles responsabilités – mariage pour Will, reconversion pour Sylvia – permet de varier les situations et d’éviter une simple redite de la saison 1.
Malgré ces qualités, la saison n’est pas exempte de défauts. Certains épisodes donnent une impression de remplissage, comme si les scénaristes cherchaient avant tout à prolonger la durée. La répétition des disputes entre Will et Sylvia peut finir par lasser. De plus, le côté parfois trop caricatural de Will – éternel adolescent incapable d’évoluer – peut agacer. Sa propension à se saboter devient prévisible, ce qui amoindrit l’effet comique au bout d’un moment. Enfin, la série n’évite pas complètement le piège de la « série pour plateformes », avec ce format étiré qui semble calibré pour remplir un calendrier de diffusion plutôt que pour servir l’histoire.
La réponse dépend de ce que l’on attend de la série. Ceux qui recherchent une intrigue resserrée et une efficacité comique constante risquent de rester frustrés. En revanche, ceux qui apprécient les comédies où les personnages sont au centre, avec leurs contradictions et leurs maladresses, trouveront dans cette saison une matière riche et parfois touchante. Platonic ne cherche pas à réinventer le genre, mais elle parvient à capter quelque chose de vrai sur l’amitié, sur la quarantaine et sur les compromis qu’impose la vie adulte. Même si certaines longueurs pèsent, la sincérité du duo Rogen/Byrne et la justesse des thématiques rendent cette deuxième saison digne d’intérêt.
Avec ses dix épisodes, la saison 2 de Platonic poursuit l’exploration d’une amitié fragile, drôle et inconfortable. Sylvia et Will restent des personnages imparfaits, parfois irritants, mais profondément humains. À travers eux, la série parle autant des relations amicales que de la difficulté à se réinventer à la quarantaine. Il ne s’agit pas d’une série parfaite, mais d’une œuvre qui assume ses maladresses pour mieux refléter celles de ses personnages. Et c’est peut-être là que réside son véritable intérêt : montrer que l’amitié, comme la vie, est faite de compromis, d’excès et d’instants de grâce inattendus.
Note : 7/10. En bref, la saison 2 de Platonic explore avec humour et lucidité les contradictions d’une amitié envahissante à la quarantaine, entre complicité, sabotage et quête de sens.
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