2 Octobre 2025
La mini-série The Twisted Tale of Amanda Knox, disponible sur Disney+ en huit épisodes, retrace un fait divers devenu l’un des plus médiatisés du début des années 2000 : l’accusation d’Amanda Knox, étudiante américaine, dans le meurtre de sa colocataire Meredith Kercher, à Pérouse. L’affaire avait fait basculer une vie et nourri la presse internationale pendant des années. Avec ce projet, Disney+ s’aventure sur un terrain déjà exploré par des documentaires et par le témoignage écrit d’Amanda Knox elle-même. Le résultat ne surprend pas, mais il éclaire une nouvelle fois les failles d’une justice qui s’est laissée guider par les préjugés, et d’une presse plus intéressée par une figure sulfureuse que par la vérité.
Le récit commence en 2007, dans un décor de carte postale : une ville italienne, des étudiants venus de plusieurs pays, des amitiés qui se créent, une romance qui s’installe. Le quotidien d’Amanda Knox, alors âgée de 20 ans, ressemble à celui de milliers d’étudiants en échange. La découverte du corps de Meredith Kercher brise cette normalité. La série choisit de montrer le point de vue d’Amanda, comme si le spectateur devait voir et ressentir à travers elle. Plans subjectifs, voix-off, scènes intimes : l’approche rompt avec les codes classiques du polar. Mais ce procédé ne tient pas toujours sur la durée. Ce qui devait rapprocher finit parfois par éloigner, en donnant le sentiment d’un récit autocentré, presque fermé sur lui-même.
L’affaire Amanda Knox est restée dans les mémoires pour ses incohérences. Dès les premiers jours, la police italienne s’est focalisée sur l’étudiante américaine et son compagnon, Raffaele Sollecito. Les interrogatoires se sont enchaînés, souvent sans traducteur compétent, dans un climat de pression psychologique intense. La série restitue cette atmosphère oppressante : aveux arrachés, versions contradictoires, accusations qui se retournent. Amanda, jeune et maladroite, devient rapidement la coupable idéale. Son comportement, jugé trop détendu, ses relations amoureuses, et même ses objets personnels – un simple sex-toy retrouvé dans ses affaires – deviennent des preuves implicites.
La mécanique judiciaire se met en marche, et la logique rationnelle semble disparaître. Si l’enquête avait déjà ses failles, la couverture médiatique a achevé de transformer Amanda Knox en figure publique. Le surnom « Foxy Knoxy », hérité d’une image de jeunesse et détourné en caricature de femme fatale, est devenu un raccourci commode pour les tabloïds. La série reconstitue certaines séquences devenues virales à l’époque, comme ce baiser échangé avec son compagnon devant les caméras, analysé comme un signe de froideur. Ce moment illustre la manière dont l’opinion s’est construite à partir d’images sorties de leur contexte.
La réalité complexe disparaît, remplacée par un récit simpliste : une Américaine insensible, manipulatrice, peut-être meurtrière. The Twisted Tale of Amanda Knox rappelle aussi combien le genre a pesé dans cette affaire. Amanda n’a pas seulement été jugée pour un crime, elle l’a été aussi pour son attitude, sa sexualité et son indépendance. Avant même que le mot « slut-shaming » ne soit courant, elle en subissait déjà les mécanismes. La présence de Monica Lewinsky parmi les producteurs de la série n’est pas anodine. Elle connaît elle aussi la violence du regard public sur la vie privée. Ce parallèle inscrit la série dans une réflexion plus large : comment certaines femmes deviennent des boucs émissaires, réduites à un rôle qu’elles n’ont pas choisi.
Malgré un sujet fort, la mini-série souffre d’un défaut majeur : elle étire son récit. Huit épisodes pour raconter une histoire largement documentée, c’est beaucoup. Certaines scènes semblent répétitives, d’autres réexpliquent ce qui est déjà acquis. Le choix de coller de très près à la chronologie judiciaire donne parfois l’impression d’assister à une reconstitution filmée, sans véritable mise en perspective. Les épisodes du milieu, centrés sur les procès et la détention, manquent de souffle. On suit les allers-retours de la procédure sans que le spectateur ne découvre réellement de nouvelles clés. Le paradoxe de la série, c’est qu’elle met Amanda Knox au cœur du récit tout en peinant à la rendre pleinement lisible.
Elle est décrite par les autres comme naïve, excentrique, parfois froide, parfois solaire. Mais ces étiquettes contradictoires ne sont jamais dépassées. La fiction aurait pu explorer davantage son intériorité, ses contradictions, ses failles. Au lieu de cela, elle se contente souvent de rejouer les maladresses médiatisées sans en offrir une compréhension plus fine. Résultat : le spectateur finit par mieux connaître Raffaele, son compagnon, que la protagoniste elle-même. Un autre point faible de la série réside dans la place accordée aux personnages secondaires. Meredith Kercher, la véritable victime, est très peu présente. Patrick Lumumba, accusé à tort par Amanda lors d’un interrogatoire sous pression, n’est presque pas développé.
Même la famille d’Amanda reste en arrière-plan, alors que son soutien a été crucial dans son combat judiciaire. Ce choix narratif renforce l’impression que la série ne s’intéresse qu’à une seule perspective, au risque de passer à côté de la complexité d’une affaire qui a aussi broyé d’autres vies. Après quatre ans de prison, Amanda Knox et Raffaele Sollecito ont été acquittés. Mais la série ne s’arrête pas à ce moment. Elle montre les suites : les interviews agressives, le retour difficile à une vie normale, l’étiquette d’ancienne accusée qui colle encore à la peau. La confrontation finale avec le procureur Mignini apporte un peu de relief, en montrant un homme lui aussi prisonnier de ses obsessions et de ses échecs.
Pourtant, même dans ce dernier épisode, la série reste sage. Le potentiel dramatique est là, mais il n’est pas pleinement exploité. The Twisted Tale of Amanda Knox aurait pu proposer un regard neuf, dépasser la simple défense d’une innocence déjà reconnue. Elle aurait pu explorer ce que signifie être une personne mal comprise, disséquée par la presse mondiale, et chercher à donner corps à cette identité fragmentée. Au lieu de cela, elle se contente souvent de rejouer ce qui a déjà été dit : l’injustice judiciaire, le lynchage médiatique, la difficulté de se reconstruire. Des thèmes importants, mais traités sans l’originalité qu’un tel sujet pouvait permettre.
En huit épisodes, The Twisted Tale of Amanda Knox rappelle l’emballement d’une justice et d’une presse qui ont transformé une étudiante en monstre médiatique. La série met en lumière les biais sexistes, les dérives judiciaires et les effets durables d’un procès injuste. Mais elle le fait de manière trop prudente, parfois redondante, sans aller au bout de la réflexion sur qui était Amanda Knox et sur ce que cette affaire dit de notre rapport collectif aux scandales. En refermant cette mini-série, une impression persiste : l’histoire reste forte, mais la mise en fiction peine à lui donner la profondeur qu’elle mérite. Plus qu’un drame judiciaire, c’est une démonstration des limites de la télévision quand elle s’attaque à une affaire déjà trop racontée, et trop figée dans les esprits.
Note : 5/10. En bref, The Twisted Tale of Amanda Knox retrace avec sobriété une affaire déjà surexposée, mais s’enlise dans la redondance et peine à offrir un regard vraiment neuf sur son sujet.
Disponible sur Disney+
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