Critique Ciné : Rembrandt (2025)

Critique Ciné : Rembrandt (2025)

Rembrandt // De Pierre Schoeller. Avec Camille Cottin, Romain Duris et Céleste Brunnquell.

 

Il arrive que certains films soient moyens, maladroits, voire décevants. Et puis il y a Rembrandt, qui parvient à transformer une idée de départ intrigante en un objet cinématographique indigeste, confus et d’un ennui monumental. Pierre Schoeller, pourtant capable d’une vraie maîtrise par le passé (L’Exercice de l’État), signe ici un naufrage complet. Le film s’ouvre sur Claire (Camille Cottin), ingénieure nucléaire modèle, mariée depuis vingt-cinq ans à Yves (Romain Duris). Leur vie est stable, monotone, presque mécanique. Jusqu’au jour où Claire visite la National Gallery et tombe nez à nez avec un tableau de Rembrandt. Révélation instantanée : la peinture change tout, elle doute du nucléaire, de son métier, de son couple.

 

Claire et Yves, physiciens de formation, travaillent dans le nucléaire depuis toujours. Lors d’une visite à la National Gallery, Claire va être bouleversée par trois toiles de Rembrandt. Cette rencontre avec ces trois œuvres magistrales va les changer à jamais.

 

Sur le papier, ça aurait pu être fascinant : montrer comment l’art bouleverse une existence. Sur l’écran, c’est expédié en deux scènes et oublié aussitôt. Rembrandt disparaît comme un figurant sorti trop tôt du plateau, pour ne revenir qu’à la toute fin, parachuté sans logique. À ce stade, les spectateurs qui espéraient un vrai film sur l’art hollandais peuvent ranger leurs catalogues de musée et sortir les oreillers. Rapidement, le film se reconvertit en pamphlet antinucléaire maladroit. Claire devient soudain lanceuse d’alerte improvisée, expliquant que les centrales ne résisteront pas aux vagues scélérates, aux canicules ou à l’assèchement des rivières. L’intention n’est pas forcément absurde, mais l’exécution est lourde, caricaturale et didactique au possible.

 

À force de vouloir alerter, Rembrandt ressemble plus à une conférence PowerPoint d’association militante qu’à un vrai film de cinéma. Pédagogie simpliste, erreurs grossières, discours catastrophiste plaqué : impossible d’y croire une seconde. On est bien loin d’un thriller engagé ou d’un drame intelligent, et plus proche d’un exposé lycéen qui se prend pour Une vérité qui dérange. En parallèle, l’histoire du couple en plein naufrage aurait pu donner un drame intime intéressant. Mais là encore, c’est raté. Yves passe son temps à répéter les mêmes répliques, incapable de comprendre sa femme. Claire, de son côté, se contente de réciter ses doutes existentiels comme si elle préparait une dissertation de terminale. 

 

Leur fille (Céleste Brunnquell), censée incarner une nouvelle génération, ne fait qu’ajouter des scènes inutiles. Les dialogues sonnent faux, artificiels, comme des copies d’un atelier d’écriture raté. J’ai eu l’impression d’assister à des répétitions de théâtre amateur, où chacun lit son texte avec application mais sans conviction. À force, ces interminables discussions deviennent une épreuve de patience. Ce qui plombe Rembrandt, c’est son incapacité à choisir une direction. Trois films en un : un récit sur le pouvoir de l’art, une charge antinucléaire et un drame conjugal. Résultat ? Aucun des trois ne fonctionne. L’art est expédié, le nucléaire caricaturé, le couple insipide. 

 

Les transitions sont maladroites, les thématiques s’entrechoquent au lieu de dialoguer. Tout ça pour aboutir à une fin absurde, presque comique de vide, qui laisse surtout une impression : ce film ne savait jamais vraiment ce qu’il voulait dire. Camille Cottin et Romain Duris ont déjà prouvé qu’ils pouvaient être brillants. Ici, ils semblent complètement perdus. Duris, en particulier, est catastrophique : il récite ses dialogues sans y croire, comme s’il voulait qu’on abrège. Cottin fait ce qu’elle peut, mais son personnage est tellement mal écrit qu’il devient caricatural. Même Denis Podalydès, acteur d’une subtilité rare, semble égaré dans ce chaos. Aucun des interprètes ne parvient à sauver le film, et ce n’est pas leur faute : la direction d’acteurs est inexistante.

 

Visuellement, Rembrandt aligne les clichés : tours de refroidissement filmées comme des cathédrales, musique envahissante qui souligne chaque émotion au marqueur fluo, plans fixes interminables censés créer du “sens”. À force de lourdeur, la mise en scène écrase toute nuance. Schoeller semblait vouloir livrer un grand drame existentiel. Il accouche d’un objet empesé, bavard, prétentieux, incapable de captiver. Soyons honnête : deux ou trois scènes sortent du lot. La sidération de Claire devant la toile de Rembrandt fonctionne le temps d’un instant. Certaines explications techniques sur le nucléaire retiennent l’attention. Mais ces éclairs isolés ne compensent en rien la confusion générale.

 

Tout le reste est un interminable tunnel de dialogues forcés, de messages plaqués et de mise en scène étouffante. Ce film est un ratage quasi complet. Mal écrit, mal dirigé, mal joué, il aligne de bonnes intentions mal exploitées. L’idée de départ — montrer comment l’art peut bouleverser une vie — est enterrée sous un discours militant lourdingue et un drame conjugal soporifique. J’ai rarement eu autant l’impression de perdre mon temps au cinéma. Deux heures de vacuité, saupoudrées de musique assommante et de dialogues pompeux.

 

Note : 2/10. En bref, deux points pour les intentions et pour une ou deux scènes qui rappellent que l’idée aurait pu être intéressante. Tout le reste est à jeter.

Sorti le 24 septembre 2025 au cinéma

 

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