13 Novembre 2025
Il y a des séries qui font battre le cœur. D’autres qui donnent envie de réfléchir, voire de débattre. Et puis il y a Lazarus, qui donne surtout envie de vérifier si le minuteur du four n’a pas besoin d’être réglé. En six épisodes, Harlan Coben signe un thriller psychologique qui semble avoir oublié la moitié des notions de base du genre : la tension, le rythme, et, accessoirement, l’intérêt. J’ai tenu bon, vraiment. J’ai voulu y croire. Mais après six heures de discussions interminables entre un psychiatre dépressif et des fantômes bavards, j’ai surtout compris que la véritable énigme de Lazarus, c’est de savoir comment une série peut à ce point donner l’impression de ne parler de rien.
Depuis le suicide de son père, Joel Lazarus est hanté par d’étranges visions qu’il ne parvient pas à expliquer. Quand une série de meurtres non résolus refait surface, il comprend que ces événements pourraient être liés au passé tragique de sa famille — et notamment à l’assassinat brutal de sa sœur, vingt-cinq ans plus tôt. Plus il cherche des réponses, plus la frontière entre le réel et l’inexplicable s’effondre...
Tout commence avec Joel Lazarus, psychiatre torturé et prénom symbolique à faire pâlir un étudiant en lettres. Son père s’est suicidé, sa sœur est morte, et lui se débat dans un chagrin qui frôle le cliché. Jusque-là, pourquoi pas. Sauf que Joel commence à voir des fantômes — ou des hallucinations, on ne sait pas trop, la série non plus d’ailleurs — qui viennent lui souffler des indices sur des affaires non résolues. C’est censé être intriguant. C’est surtout confus. Les morts apparaissent, marmonnent trois phrases ésotériques, puis disparaissent en laissant Joel fixer le vide avec la conviction d’un poisson rouge devant un miroir. Pendant ce temps, les vivants parlent, beaucoup, pour ne rien dire.
Les scènes s’enchaînent sans cohérence, comme si chaque épisode avait été monté à l’aveugle entre deux réunions Zoom. À la longue, on comprend que Joel veut prouver que le suicide de son père cache un meurtre. On comprend aussi que la série n’a aucune idée de comment le faire comprendre. Lazarus semble née d’une idée griffonnée un soir de fatigue : “Et si un psy voyait des fantômes ?” Idée intéressante, sur le papier. Problème : il fallait encore un scénario derrière. Ce qu’on a à la place, c’est une succession de scènes où tout le monde parle de trauma, de mémoire, de culpabilité, sans jamais en dire quoi que ce soit de concret.
Le surnaturel sert de béquille paresseuse : dès qu’un mystère se profile, hop, un spectre débarque pour livrer la solution comme un post-it venu d’outre-tombe. Pas besoin d’enquête, pas besoin de logique. Les morts ont tout prévu. Le pire, c’est que la série ne sait pas si elle veut qu’on prenne ce surnaturel au sérieux. Parfois, c’est un vrai phénomène. Parfois, c’est peut-être la folie du héros. Et souvent, c’est juste un prétexte pour meubler quarante-cinq minutes d’écran. On en vient presque à espérer qu’un esprit vienne aussi hanter les scénaristes pour leur souffler une direction. Sam Claflin, pourtant capable de belles performances (Me Before You, Daisy Jones and The Six), passe ici son temps à froncer les sourcils et à hurler dans le vide.
Il est censé incarner un homme rongé par la douleur, mais finit par ressembler à quelqu’un qui vient de perdre son GPS émotionnel. Chaque dialogue est crié comme s’il fallait compenser le vide du scénario par le volume sonore. Bill Nighy, lui, hérite du rôle du père défunt, probablement le seul personnage à avoir eu la bonne idée de quitter l’histoire assez tôt. Il réapparaît ici et là, entre deux plans spectrals, pour rappeler à son fils qu’il a toujours été mystérieux — une façon polie de dire qu’il n’a jamais été écrit. Le reste du casting semble vaguement conscient qu’il joue dans une série, mais pas forcément laquelle. Certains acteurs surjouent, d’autres s’ennuient ouvertement. On les comprend.
Chaque épisode dure moins d’une heure. C’est écrit sur le papier. Dans la réalité, le temps se dilate. Le visionnage de Lazarus produit une forme de torpeur hypnotique, proche de l’expérience sensorielle d’une salle d’attente sans réseau. Les dialogues tournent en boucle, les plans s’étirent, la musique dramatique tente de créer une tension qui ne vient jamais. Il y a des moments où l’action semble prête à redémarrer. Puis Joel s’assoit. Et parle. Encore. À son père, à un collègue, à un fantôme, à un mur, peu importe. La série semble avoir confondu introspection et stagnation. Quand enfin quelque chose se passe — un rebondissement, une révélation, un sursaut d’énergie — c’est aussitôt saboté par une scène de conversation inutile ou une transition hors sujet.
Le suspense s’évapore, remplacé par une sorte de fatigue diffuse qui s’installe durablement. Le plus frustrant dans Lazarus, c’est son potentiel gâché. Le sujet du deuil, la santé mentale, la transmission familiale — tout est là pour construire un vrai drame humain. Mais au lieu d’en faire une exploration sensible, la série empile les clichés et les symboles comme un étudiant en cinéma pressé de finir son mémoire. Les apparitions surnaturelles, censées symboliser la culpabilité du héros, deviennent vite un gadget. Chaque épisode recycle les mêmes effets visuels, les mêmes sursauts prévisibles, les mêmes dialogues sur “ce qui se cache derrière la vérité”.
Le tout finit par ressembler à une parodie involontaire de thriller psychologique. Même la mise en scène semble fatiguée. Les décors grisâtres, les lumières trop contrastées, les gros plans insistants sur le visage torturé du héros : tout respire la lourdeur. À force, on finit presque par envier les personnages morts. Eux, au moins, n’ont plus à regarder la suite. Arrivé au dernier épisode, on se dit qu’il y aura peut-être une explication satisfaisante. Erreur. Lazarus choisit de boucler son intrigue à la hache. Les révélations pleuvent sans logique, les morts reviennent à la vie, les suspects changent d’identité en un clin d’œil, et tout cela pour aboutir à une fin aussi confuse que bâclée.
On sent presque la salle de montage paniquée : “vite, il faut finir avant la sixième heure.” Résultat, la conclusion ne clôt rien, ne répond à rien, et semble n’avoir été écrite que pour justifier une éventuelle saison 2 — menace qui plane comme un spectre supplémentaire. Le cliffhanger final ressemble plus à une blague qu’à une promesse. Après six heures de bavardages et de visions surnaturelles sans queue ni tête, on aurait aimé au moins une récompense, une dernière étincelle. À la place, Lazarus nous laisse avec un “hein ?” collectif et un profond sentiment d’avoir perdu du temps. Harlan Coben a bâti une carrière entière sur les rebondissements improbables et les secrets de famille tordus.
Mais Lazarus donne l’impression d’un auteur en pilotage automatique. Tout sonne déjà vu : le héros traumatisé, les flashbacks convenus, les dialogues pseudo-philosophiques sur la vérité et la folie. Coben et son co-créateur Danny Brocklehurst empilent les rebondissements comme des pièces d’un puzzle dont personne ne connaît l’image finale. Et quand tout s’écroule, on devine presque la tentation : “Ce n’est pas grave si ça n’a pas de sens, c’est du mystère.” Malheureusement, le mystère, sans structure, devient juste du désordre. Regarder Lazarus, c’est un peu comme assister à une séance de thérapie collective où personne n’écoute personne. Tout le monde parle, tout le monde souffre, mais rien n’avance.
On se retrouve à espérer qu’un fantôme vienne carrément éteindre la lumière du plateau. La série n’est ni assez absurde pour être drôle, ni assez solide pour être prenante. Elle flotte dans un entre-deux mou, un territoire où l’ennui règne sans partage. Même les rares moments censés être émouvants tombent à plat, noyés dans un flot de dialogues pesants et d’effets artificiels. Lazarus aurait pu être une méditation poignante sur le deuil, la folie et la mémoire. À la place, c’est un long couloir d’épisodes où la seule chose qui meurt vraiment, c’est l’attention du spectateur. Tout y paraît dérégulé : le rythme, les émotions, la logique. Chaque élément semble conçu pour faire croire à une profondeur qu’il n’a pas.
À force de tirer sur tous les fils sans en nouer un seul, la série finit par s’étrangler elle-même. La seule chose que Lazarus ressuscite vraiment, c’est le bon vieux réflexe de regarder sa montre. Et dans un sens, c’est presque un exploit : il fallait du talent pour rendre un thriller surnaturel aussi désespérément inanimé.
Note : 2/10. En bref, Lazarus est un thriller psychologique tellement confus et mou qu’il parvient à transformer le surnaturel, le deuil et le suspense en une interminable séance d’ennui clinique.
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