12 Novembre 2025
The Alibi, nouvelle production philippine d’Amazon Prime Video, semble venir d’une autre époque. Les deux premiers épisodes donnent l’impression d’assister à un téléfilm de l’après-midi sur TF1, avec ce mélange d’émotion forcée, de musique omniprésente et de zooms dramatiques à chaque silence prolongé. Ce n’est pas désagréable à regarder, mais il faut accepter le ton : tout respire le kitsch. L’histoire s’ouvre sur Vincent Cabrera, héritier d’un empire médiatique, accusé du meurtre de son rival. Pour éviter le scandale, il engage Stella Morales, une escort-girl chargée de lui fournir un faux alibi.
Un héritier d’un empire médiatique engage une escorte comme alibi dans une affaire de meurtre. Leur accord professionnel évolue en sentiments authentiques alors qu’ils découvrent des douleurs et des objectifs communs, les obligeant à affronter la vérité et leurs émotions.
Dès le départ, la série annonce la couleur : on est dans le drame à gros traits, avec des personnages plus symboliques que réalistes. L’homme de pouvoir en chute libre, la femme blessée mais forte, la famille toxique, les secrets de salon doré… rien ne manque. Ce n’est pas tant le scénario qui pose problème que la manière dont il est raconté. Chaque rebondissement semble souligné au stabilo : un regard fixe, une musique de tension, un zoom, et parfois même un ralenti. Tout paraît prévu pour que le spectateur comprenne bien qu’un moment “important” se déroule. Le souci, c’est que ce trop-plein d’effets finit par affaiblir l’intensité dramatique.
À force d’en faire trop, la série perd en crédibilité. Visuellement, The Alibi affiche de belles ambitions : tournage en 4K, éclairages soignés, décors élégants. Pourtant, malgré cette haute définition, tout semble artificiel. Les intérieurs sont impeccables, mais sans âme. Les plans de Manille, censés refléter la modernité du pays, ressemblent davantage à des cartes postales qu’à un véritable décor vivant. La série essaie d’imiter le style des thrillers américains modernes, mais la mise en scène reste figée dans des codes dépassés. Certains cadrages rappellent les soap operas du début des années 2010, et l’éclairage trop lisse gomme toute tension.
Ce contraste entre ambition technique et esthétique datée donne à The Alibi un côté étrange : une œuvre qui veut paraître luxueuse mais dont l’emballage révèle trop vite les coutures. Malgré ces défauts, il faut reconnaître à The Alibi une certaine cohérence dans son excès. Le ton mélodramatique ne semble pas être une erreur, mais un choix. Tout est joué comme sur une scène : les dialogues sont appuyés, les émotions à vif, les silences pesants. On retrouve ce style propre à de nombreuses productions philippines, où le drame prime sur la subtilité. Cette approche pourra rebuter ceux qui attendent un thriller sobre et tendu.
Mais elle peut aussi séduire ceux qui aiment ce genre d’énergie, presque théâtrale, où la sincérité l’emporte sur la justesse. Il y a quelque chose d’attachant dans cette exagération : la série ne triche pas sur ses intentions. Elle veut émouvoir, quitte à en faire trop, quitte à ressembler à un soap de luxe. Le couple formé par Paulo Avelino et Kim Chiu sauve largement l’ensemble. Lui, dans le rôle du fils d’empire piégé par son propre monde, trouve un équilibre intéressant entre arrogance et désarroi. Elle, en escort lucide mais fatiguée, apporte une émotion plus brute, parfois maladroite, mais sincère.
Leur alchimie fonctionne, même si les dialogues qu’ils échangent semblent souvent écrits pour un public qui a besoin qu’on lui répète les évidences. Leur relation évolue vite, peut-être trop. Les deux premiers épisodes laissent peu de place à la respiration, enchaînant révélations et confrontations sans véritable montée en tension. On sent une volonté de captiver immédiatement, mais ce rythme empêche le lien entre les personnages de se construire naturellement. Autour d’eux, les seconds rôles remplissent leur fonction sans surprise. John Arcilla campe un patriarche autoritaire tout droit sorti d’un drame familial classique. Zsa Zsa Padilla, en mère manipulatrice, incarne à merveille ce mélange de charme et de cruauté que le scénario lui demande.
Quant à Sam Milby, sa présence, bien que brève, apporte un minimum de gravité à l’intrigue. On pourrait reprocher à la série de réduire ces personnages à des archétypes, mais c’est aussi ce qui en fait un plaisir un peu coupable. The Alibi ne cherche pas à être réaliste ; elle joue avec les codes du soap haut de gamme. Et, à ce jeu-là, elle s’en sort avec un certain aplomb. L’un des aspects les plus frappants de la série reste sa mise en scène. Les zooms intempestifs, les fondus dramatiques, les ralentis inutiles… tout renvoie à un style qui semblait disparu depuis une décennie. À certains moments, cela frôle la parodie.
Pourtant, cette maladresse visuelle donne aussi une forme d’identité à la série : elle ne ressemble à rien d’autre sur Prime Video. Ce côté série Tyler Perry version philippine n’est pas qu’une impression : tout, des musiques d’ambiance aux transitions théâtrales, renvoie à une époque où le drame devait se voir et s’entendre. C’est kitsch, oui, mais c’est cohérent avec la tonalité générale. Ceux qui cherchent une expérience sérieuse y verront un défaut, ceux qui aiment le second degré y trouveront une certaine saveur. Derrière cette esthétique datée, on sent une vraie ambition.
The Alibi veut prouver que les productions philippines peuvent rivaliser avec les grandes séries asiatiques disponibles sur les plateformes internationales. Le résultat n’atteint pas cet objectif, mais la tentative mérite d’exister. Il y a quelque chose de touchant dans cette envie d’en faire beaucoup, de pousser chaque plan au maximum. Le problème, c’est que la série n’a pas encore trouvé la bonne distance entre sincérité et sophistication. Elle oscille entre le feuilleton populaire et le drame de prestige sans jamais trancher. Ce grand écart constant crée une impression d’inachevé. Malgré ses maladresses, The Alibi se regarde sans déplaisir. Peut-être parce qu’elle ne prétend pas être autre chose qu’un divertissement.
Elle joue avec les émotions de manière frontale, parfois maladroite, souvent excessive, mais toujours claire. En sortant des deux premiers épisodes, il reste une sensation étrange : celle d’avoir vu quelque chose de daté, mais pas mort. Le kitsch y devient presque un charme. Ce n’est pas une série que je qualifierais de réussie, mais c’est une série qui amuse par son décalage, qui rappelle ces drames télévisés d’avant les algorithmes, quand tout devait se comprendre au premier regard. Ces deux premiers épisodes de The Alibi n’inaugurent pas une révolution du thriller philippin.
Ils offrent plutôt un retour à une forme de narration simple, parfois empesée, mais étrangement attachante. La série semble coincée entre son ambition technique et son ADN de telenovela, mais elle ne s’en excuse jamais. C’est une œuvre à regarder sans attente de réalisme, avec la même indulgence qu’on accorde à un vieux film de l’après-midi : un peu daté, souvent maladroit, mais sincère dans son désir de captiver. The Alibi ne marquera pas l’histoire du streaming, mais elle illustre parfaitement cette zone grise entre le prestige et le kitsch, où tout sent la vieille production — et, quelque part, c’est aussi ce qui la rend intéressante.
Note : 5/10. En bref, c’est une œuvre à regarder sans attente de réalisme, avec la même indulgence qu’on accorde à un vieux film de l’après-midi : un peu daté, souvent maladroit, mais sincère dans son désir de captiver.
Disponible sur Amazon Prime Video
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