Baby Bandito (Saison 2, 8 épisodes) : une suite plus humaine, parfois agitée, mais jamais immobile

Baby Bandito (Saison 2, 8 épisodes) : une suite plus humaine, parfois agitée, mais jamais immobile

Regarder la saison 2 de Baby Bandito m’a fait l’effet d’un virage inattendu. J’attendais une continuité dans la dynamique du premier volet, et je me retrouve face à une histoire qui s’éloigne précisément de ce qui avait lancé la série. L’énergie change, la manière d’aborder les personnages aussi, et les huit épisodes laissent une impression assez particulière : un mélange d’impulsion, de désordre et de tension intime qui s’installe progressivement. Je ne dirais pas que cette saison cherche à dépasser la précédente ; elle essaie plutôt de toucher à quelque chose de plus personnel, tout en portant encore les traces du chaos qui entoure ces personnages.

 

Au centre de tout, il y a encore Kevin, qui n’a plus grand-chose du jeune voleur porté par l’adrénaline. Son rapport au crime se transforme, et l’histoire met en avant une motivation beaucoup plus proche du vécu que de l’ambition. Sa mère, malade, devient son moteur principal. Cela change la tonalité : on quitte la fascination du gain pour entrer dans une forme de quête qui ressemble davantage à un dernier geste envers quelqu’un qu’il aime. Kevin agit avec une fébrilité nouvelle, et sa façon de naviguer au milieu des tensions montre un personnage qui cherche autant à se rattraper qu’à se protéger. Ce glissement rend ses choix plus instables. 

 

Par moments, il donne l’impression de foncer sans calculer, et cela s’accorde plutôt bien avec l’évolution que la série veut lui attribuer. Ce n’est pas un chef d’équipe, encore moins un stratège. Il fonctionne à l’instinct, parfois avec naïveté, parfois avec lucidité, mais jamais avec distance. C’est cette absence de recul qui le rend intéressant, même lorsque ses décisions semblent improvisées. Génesis, quant à elle, occupe une place différente cette fois. Son importance émotionnelle reste visible, mais sa présence se fait plus irrégulière. J’aurais aimé que la saison développe davantage ce lien, surtout que leur relation avait construit une partie de la sensibilité du premier chapitre. 

 

Cette fois-ci, leur duo apparaît par moments décousu, comme si la série avait hésité entre plusieurs directions sans vraiment choisir laquelle approfondir. Cela ne retire pas l’intérêt du personnage, mais laisse un léger manque dans l’équilibre global. L’esthétique de la série continue de jouer un rôle fort. Certaines scènes de fuite, de confrontation ou de repli utilisent bien les décors sombres ou les éclairages accentués. On ressent un climat d’instabilité même lorsqu’il ne se passe « rien ». Les lieux reflètent une tension constante, et cette cohérence visuelle donne un vrai relief à la trajectoire des protagonistes. La série parvient aussi à représenter l’illusion du confort procuré par l’argent : des moments presque insouciants aussitôt rattrapés par une menace palpable. 

 

Rien ne dure, et l’image le rappelle sans insister. Les personnages secondaires, eux, ne sont pas tous traités avec le même soin. Certains gagnent en présence, notamment Mística, qui occupe un espace plus affirmé. On la voit prendre des décisions, assumer des responsabilités, s’imposer dans des situations où elle était auparavant plus effacée. À l’inverse, d’autres rôles restent en surface alors qu’ils semblent essentiels à l’avancement de l’histoire. Une partie des intrigues repose sur eux, mais leur construction reste parfois trop brève pour que leurs comportements soient pleinement compréhensibles.

 

Cela m’amène à l’un des aspects qui m’ont le plus dérouté : la quantité de fils narratifs. La saison multiplie les pistes — vengeance personnelle, ambitions individuelles, rivalités internes, mouvements de pouvoir — au point qu’il devient difficile d’identifier ce que la série veut vraiment explorer en priorité. Certaines idées méritaient plus de temps ; d’autres auraient pu être réduites. La variété n’est pas un problème, mais l’agencement manque parfois de clarté. Il arrive que deux épisodes d’affilée donnent l’impression que chaque personnage tente de tirer l’histoire vers sa propre direction. Heureusement, la série offre aussi des moments plus simples qui trouvent leur force dans l’émotion. 

 

Les scènes entre Kevin et sa mère en font partie. Elles n’essaient pas de produire un effet spectaculaire. Elles posent simplement une situation : un fils qui tente de donner du sens à ses actes alors que le temps manque. Il y a dans ces échanges quelque chose de sincère, peut-être même de fragile, qui dépasse largement le cadre du récit criminel. Ce sont les passages qui m’ont semblé les plus justes. Ce fil émotionnel nourrit d’ailleurs l’un des thèmes les plus marquants de cette saison : la place de l’argent dans la vie des personnages. Non pas au sens de richesse ou de réussite, mais comme dernière bouée de secours.

 

L’argent apparaît comme un moyen d’acheter un peu de paix, un peu de dignité, un peu de temps. Et plus les épisodes avancent, plus il devient clair que ces espoirs reposent sur une illusion. Les personnages s’y accrochent jusqu’à en perdre une partie d’eux-mêmes. La série met cela en évidence sans insister, à travers leurs comportements et leurs ruptures. En termes de cohérence, tout n’est pas fluide. Certaines réactions arrivent trop vite, certains retournements semblent davantage guidés par la nécessité d’entretenir un rythme que par la logique interne du récit. Je me suis retrouvé à plusieurs reprises à me demander si un personnage agirait réellement ainsi au regard de ce qu’il avait montré auparavant. 

 

Ces moments ne ruinent pas l’ensemble, mais ils créent une petite distance qui aurait pu être évitée avec un travail plus approfondi sur les transitions émotionnelles. Reste que la mise en scène conserve une lisibilité appréciable. Même lorsque plusieurs intrigues se croisent, le déroulement reste compréhensible. Les flashbacks ou les changements de temporalité ne cherchent pas à tromper le spectateur, ce qui évite un effet de déroute que certaines séries du même genre cultivent parfois inutilement. La réalisation demeure assez sobre, attentive aux expressions et aux silences plus qu’aux effets. 

 

Arrivé au dernier épisode, j’avais le sentiment d’un ensemble à la fois dense et inégal. La saison propose des idées intéressantes, certaines vraiment fortes, mais la volonté d’élargir l’univers crée par moments un déséquilibre que la narration peine à rattraper. Cela dit, l’orientation choisie reste pertinente : elle s’éloigne du braquage pour examiner l’après, ses retombées, son impact sur chacun. Ce choix mérite d’être souligné, car il donne à Baby Bandito une identité différente d’autres récits du même registre. Cette saison ne m’a pas touché par sa construction, mais plutôt par les intentions qu’elle laisse transparaître. 

 

Elle montre des personnages qui tentent de sauver ce qu’ils peuvent au milieu d’un terrain qui s’effondre. Elle met en lumière la façon dont des décisions prises dans l’urgence finissent par modeler le quotidien. Elle ne cherche pas à moraliser, mais à exposer ce que chacun fait lorsqu’il se retrouve face à ses propres limites. 

 

Note : 6/10. En bref, la saison 2 de Baby Bandito avance sur une voie plus humaine que spectaculaire. Elle tâtonne parfois, mais offre assez de matière pour susciter l’intérêt. Elle s’éloigne des recettes faciles et creuse les fissures plutôt que le frisson. Pour moi, c’est cette intention-là qui lui donne son identité, même avec ses maladresses.

Disponible sur Netflix

Netflix n’a pas encore renouvelé Baby Bandito pour une saison 3 à l’heure où j’écris ces lignes.

 

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