6 Décembre 2025
Je n’ai jamais fait partie des fans inconditionnels de la série Spartacus à l’époque de sa diffusion. L’univers antique m’avait toujours laissé un peu froid, et l’abondance de sang et de scènes torrides m’avait souvent donné l’impression d’assister à un spectacle qui cherchait surtout à provoquer. Avec le recul, je me dis que j’étais peut-être simplement passé à côté de ce que certains y voyaient. Plus d’une décennie a passé depuis la fin de la série originale, et me voilà devant cette nouvelle proposition : Spartacus: House of Ashur, un spin-off centré sur un personnage que je n’aurais jamais imaginé retrouver au cœur d’un récit.
Ayant miraculeusement survécu à la rébellion de Spartacus, l’ambitieux et manipulateur Ashur se retrouve à la tête du ludus autrefois dirigé par Batiatus - le même lieu où il fut jadis esclave. Devenu laniste, il doit désormais dompter non seulement une nouvelle génération de gladiateurs, mais surtout faire face aux intrigues impitoyables de la politique romaine. Pour imposer sa vision, il libère Achillia, une gladiatrice redoutable, et lance un nouveau type de spectacle sanglant, audacieux et subversif, qui scandalise les élites de Rome. Dans cette maison bâtie sur le sang, la trahison est monnaie courante, le pouvoir un jeu dangereux - et Ashur entend bien ne jamais redevenir un simple pion.
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Quand j’ai lancé les deux premiers épisodes, je ne savais pas trop à quoi m’attendre. J’avais gardé en mémoire les décors approximatifs, les dialogues excessifs et une mise en scène qui tirait souvent vers le kitsch. Étrangement, le retour dans ce monde m’a fait un effet inattendu. Le sang coule toujours à flots, les corps nus s’exposent sans pudeur, les combats cherchent autant l’impact visuel que le choc sensoriel, et un certain goût du grotesque refait surface, jusqu’à cette scène improbable avec un nain qui sort son zizi pour pisser sur un cadavre (oui, tout ça est bien présent dans le premier épisode). Une partie de moi s’est demandé ce que je faisais là… et une autre a souri sans vraiment comprendre pourquoi.
Je réalise peut-être que mon rapport à la série a changé parce que moi j’ai changé. Mes vingt ans sont loin derrière, et je regarde désormais ce genre de démesure avec un recul qui transforme parfois le mauvais goût en divertissement presque thérapeutique. Une série qui mélange pipi, sexe, bastons et ambitions romaines peut devenir distrayante quand on accepte l’absurdité inhérente à ce monde. Le spin-off choisit de placer Ashur au centre d’une réalité alternative où sa trahison l’a conduit au pouvoir. Le personnage n’a jamais été conçu pour susciter l’empathie. Dans la série originale, il représentait tout ce qu’un homme pouvait avoir de plus opportuniste et détestable.
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Le voir promu Dominus d’un ludus m’a d’abord laissé circonspect. Pourtant, cette position lui permet d’exprimer une palette de comportements qui révèlent ce que Spartacus avait toujours laissé en marge : un homme prêt à tout, absolument tout, pour gravir un nouvel échelon. Dans le premier épisode, cette nouvelle vie se met en place avec un mélange de grotesque assumé et de brutalité ritualisée. L’arène sert toujours de théâtre principal, et Ashur entend y faire parler de lui. Ses idées ne respectent aucune tradition. Ses choix, souvent motivés par l’envie de provoquer ou d’attirer l’attention des élites romaines, donnent un ton très particulier à ce début de saison.
Il cherche à choquer autant qu’à briller, et cela donne des scènes oscillant entre fascination et rire jaune. Parmi les éléments qui ont retenu mon attention, l’introduction d’Achillia joue un rôle majeur. Ashur voit en elle une opportunité stratégique et commerciale, et sa décision de faire d’elle une gladiatrice provoque des remous évidents. Les traditions romaines ne laissent pas de place aux combattantes, et cette transgression crée une tension très palpable au sein du ludus. Achillia ne cherche pas à susciter l'admiration. Elle survit, elle endure, elle affronte. Son énergie brute contraste avec la cruauté plus calculée d’Ashur. Ses entraînements rappellent que la violence demeure la colonne vertébrale de cet univers, mais ses réactions, ses regards, ses hésitations ajoutent une dimension humaine au récit.
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Les combats ne sont pas seulement spectaculaires, ils racontent quelque chose. Et cette intensité rend l’ensemble plus engageant. Le deuxième épisode met en lumière les failles d’un système dirigé par quelqu’un qui ne croit ni en l’honneur ni en l’unité. Les gladiateurs évoluent dans un climat où la méfiance domine. Chacun avance avec la sensation que la moindre erreur peut le rapprocher du cimetière ou d’une punition arbitraire. Korris, le Doctore, occupe une place essentielle dans cette dynamique. Son autorité ne repose pas sur les mêmes bases que celles d’Oenomaus autrefois, mais son rôle est clair : maintenir un semblant d’ordre dans un cadre où Ashur impose des règles en fonction de ses intérêts du moment.
Les tensions entre les deux hommes apportent une dimension intéressante à l’épisode. L’un vit pour la discipline, l’autre vit pour la manipulation. Leur cohabitation menace d’exploser à chaque instant. Les intrigues politiques occupent une place centrale dans la progression de l’histoire. Ashur cherche à s’imposer parmi les élites, mais son statut d’ancien esclave le rend immédiatement suspect. Rien n’est simple pour lui, et chaque interaction ressemble à une partie d’échecs où l’adversaire connaît déjà ses faiblesses. Certains passages montrent à quel point la Rome de la série reste impitoyable.
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Les sénateurs, les patriciennes ambitieuses, les alliances fragiles… tout cela renforce l’impression d’un monde où survivre nécessite une capacité constante à mentir, flatter, menacer ou corrompre. Ashur s’y prête avec un plaisir évident, mais son manque de véritable vision rend son ascension fragile. Une scène d’exécution à la fin du deuxième épisode illustre bien cette absurdité sanglante qui domine le show. C’est brutal, parfois gratuit, mais cela s’inscrit parfaitement dans la logique de cet univers. Même si la série adopte un angle alternatif où Spartacus n’a jamais mené de révolte, son spectre plane sur chaque mur du ludus.
Les gladiateurs murmurent son nom, certains l’imaginent encore vivant, et cette idée suffit à créer un climat de défiance envers Ashur. Cette absence-présence m’a frappé : Spartacus reste le moteur émotionnel de cet univers, même quand il n’apparaît pas. Je me demande d’ailleurs si cette série peut réellement tenir plusieurs saisons en se reposant sur un personnage aussi moralement bancal que Ashur. Mais pour l’instant, la curiosité l’emporte. Au final, ces deux épisodes m’ont surpris. Je ne dirais pas qu’ils m’ont conquis, mais ils ont éveillé chez moi un mélange étrange de nostalgie et de second degré. Les excès qui m’agaçaient autrefois sont devenus, avec le temps, presque amusants.
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Je regarde désormais cette débauche visuelle comme un spectacle assumé, avec ses maladresses et ses fulgurances. La série n’a pas encore trouvé un véritable fil conducteur émotionnel, mais elle compense par un rythme soutenu, des personnages marqués et une esthétique qui n’a jamais prétendu à la sobriété. Je reste prudent, mais intrigué. Si une rébellion se prépare réellement en coulisses, alors House of Ashur pourrait bien dévoiler autre chose qu’un simple festival de corps et de coups d’épée. Pour l’instant, je continue par curiosité. Peut-être qu’au fil des épisodes, ce spin-off trouvera sa vraie raison d’être.
Note : 6/10. En bref, ces deux épisodes m’ont surpris. Je regarde cette débauche visuelle comme un spectacle assumé, avec ses maladresses et ses fulgurances. La série n’a pas encore trouvé un véritable fil conducteur émotionnel, mais elle compense par un rythme soutenu, des personnages marqués et une esthétique qui n’a jamais prétendu à la sobriété.
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