6 Décembre 2025
Solitary // De Eamonn Murphy. Avec Gerry Herbert, Cailum Carragher et Cate Russell.
Solitary, premier long métrage du réalisateur irlandais Eamonn Murphy, suit l’histoire suit un fermier veuf qui vit dans un coin isolé de la campagne irlandaise. Il travaille seul, dort seul, et tente de garder un cap malgré le poids du deuil et l’éloignement de sa fille partie vivre à Dublin. Pourtant, malgré ce titre très direct, le protagoniste n’est pas complètement coupé du monde. Le village voisin existe, quelques amis passent lui parler, mais ce lien ténu ne suffit plus à calmer l’angoisse qui s’installe après une série d’événements violents. Le film cherche à explorer une solitude qui n’est pas tant géographique qu’intérieure.
Un fermier veuf, Brendan, mène une vie paisible en bordure d’un village de la campagne irlandaise. Mais le jour où son domicile est cambriolé, un sentiment croissant de crainte et d'insécurité s'empare de lui malgré le soutien de son entourage.
À partir du moment où sa maison est cambriolée, tout bascule pour cet homme qui tenait jusque-là grâce aux habitudes de son quotidien. Le foyer, censé être un refuge, devient un lieu chargé de tension. Chaque craquement la nuit fait douter, chaque visite imprévue crée un malaise. Le personnage principal développe une méfiance presque maladive, comme si le danger se glissait dans chaque recoin. Ce glissement progressif vers un état de vigilance excessive fait partie des aspects les plus parlants du film, même si certaines transitions manquent de clarté. Le récit s’appuie souvent sur son point de vue, et cela crée à la fois de la richesse et de la confusion. Certaines scènes semblent décalées, comme si la réalité se déformait légèrement à travers son regard fatigué.
Ce choix narratif permet d’entrer dans son état mental, mais il entraîne aussi une impression de flottement. À plusieurs reprises, j’ai eu du mal à déterminer si ce que je voyais relevait d’un véritable événement ou d’une interprétation amplifiée par la peur. Pour un thriller psychologique, cette ambiguïté peut maintenir une tension intéressante ; ici, elle désoriente parfois plus qu’elle ne renforce le propos. Le film aborde également la question du dépeuplement rural, thème récurrent dans le cinéma irlandais récent. Les maisons vides, les fermes vieillissantes, les routes désertes sont autant de signes d’un territoire qui se rétrécit. Solitary montre la difficulté pour un homme vieillissant de continuer à vivre dignement dans cet environnement.
Son corps le lâche petit à petit, ses gestes deviennent moins assurés, et la solitude accélère encore cette usure. Le portrait reste humain, sans jugement, mais il dégage une forme de tristesse difficile à ignorer. La dimension sociale et presque politique du film reste en arrière-plan, sans éclats. Ce n’est jamais le point central, mais cela colore l’histoire : les campagnes qui se vident, les personnes âgées qui se débrouillent seules, les institutions qui peinent à répondre aux besoins. À un moment, le personnage tente d’obtenir une arme pour se protéger après le cambriolage. La police lui refuse, le jugeant trop fragile ou n’en ayant soi-disant pas besoin. Cette scène résume assez bien la sensation d’abandon qui traverse le film.
Pourtant, plus tard, il sort un fusil de son placard, ce qui crée un étrange décalage. Cette incohérence laisse planer un doute sur la construction du récit et casse un peu la crédibilité de certaines séquences. La tension monte d’ailleurs autour de ce fusil. Le protagoniste finit par l’utiliser lorsqu’il pense que les agresseurs reviennent. Il tire à travers une porte verrouillée, puis s’écroule, soulagé de n’avoir blessé personne. Cette réaction, à la fois disproportionnée et trop retenue, brouille encore l’investissement émotionnel. Le film veut montrer un homme perdu, rongé par l’angoisse, mais certaines scènes manquent de cohérence pour permettre au spectateur de s’attacher pleinement.
Visuellement, le film privilégie les cadrages larges pour montrer la campagne, puis se resserre dès que l’action rentre dans la maison. Les couloirs sombres, les portes qui grincent, les fenêtres à moitié ouvertes renforcent la sensation d’enfermement. La lumière froide des nuits rurales donne une tonalité presque clinique aux moments d’angoisse. Dans ces instants-là, le long métrage fonctionne plutôt bien : l’atmosphère devient lourde, l’air semble manquer, et la maison prend la forme d’un piège. Le design sonore joue aussi un rôle important. Les bruits de pas, les respirations saccadées, le moindre choc dans le silence deviennent des menaces. Le film utilise ces éléments pour traduire l’effondrement mental du personnage.
Même les animaux de sa ferme, pourtant familiers, semblent soudain inquiétants. Le montage crée des phases de tension étouffantes, mais parfois trop prolongées. J’ai eu l’impression que certaines séquences cherchaient à étirer la peur au-delà de ce que l’histoire pouvait réellement supporter. L’ensemble reste marqué par une grande mélancolie. Le film parle du vieillissement, de la perte du sens, de l’incapacité à demander de l’aide. Le protagoniste refuse d’avouer sa fragilité, même lorsque sa fille tente de le ramener à la raison. Ce refus d’exprimer sa détresse paraît réaliste, mais il contribue aussi au côté sombre du récit. Pour un public jeune, Solitary risque d’être trop pesant.
Pour des spectateurs plus âgés, surtout ceux qui ont connu la solitude ou le veuvage, l’histoire peut toucher un point sensible et parfois trop proche. A la fin du film, la sensation dominante reste la tristesse. L’histoire ne laisse que très peu de place à l’espoir. Le rythme lent, la morosité du décor, la vision pessimiste du quotidien rural forment un ensemble cohérent mais difficile. Solitary a des intentions fortes et un vrai intérêt pour le portrait intime, mais ne parvient pas toujours à donner du souffle à son récit. Sa volonté de se plonger dans les méandres de la solitude produit une œuvre sincère mais chargée, parfois maladroite, et qui laisse derrière elle un goût amer.
Note : 6/10. En bref, Solitary s’adresse surtout à celles et ceux qui apprécient les drames introspectifs et les récits lents centrés sur un personnage. Le film interroge la peur, l’isolement et la fragilité avec un regard honnête, mais son ambiance très sombre et ses choix narratifs parfois confus limitent son impact. Une expérience intéressante, mais pas un film que je recommanderais facilement.
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