Critique Ciné : The Exiles (2025)

Critique Ciné : The Exiles (2025)

The Exiles // De Belén Funes. Avec Antonia Zegers, Elvira Lara et Lorena Aceituno.

 

The Exiles est un récit discret, focalisé sur deux femmes qui tentent de garder la tête hors de l’eau dans un monde qui s’effrite sous leurs pieds. Le film de Belén Funes, déjà remarqué dans plusieurs festivals, plonge dans le quotidien d’une mère et de sa fille en plein deuil, tout en abordant leur précarité et une relation fragilisée par les non-dits. J’y ai trouvé un drame qui prend son temps, parfois trop, mais qui s'appuie sur deux actrices capables de porter tout le poids émotionnel du récit. Ce qui frappe d’abord, c’est la simplicité de l’histoire. Pas de grandes révélations ni de twists spectaculaires.

 

Après le décès du mari et père, une mère et sa fille sont menacées d'expulsion.

 

Le film suit Delia, immigrée chilienne qui survit à Barcelone en conduisant un taxi de nuit, et Anabel, sa fille de 18 ans qui entame des études audiovisuelles et essaie de se construire une vie malgré le vide laissé par la disparition de son père. Leur relation est tendue, faite de gestes esquivés, de regards qui cherchent la bonne distance. Rien n’est vraiment dit, mais tout est là : la rancœur, la fatigue, la fierté, la peur d’avancer seule. Ce duo fonctionne grâce à deux performances très incarnées. Antonia Zegers donne au personnage de Delia une forme de solidité fragile. Elle porte les stigmates de l’exil, du travail de nuit, et du sentiment d’être en décalage constant avec la vie de sa fille. 

 

De son côté, Elvira Lara surprend par la façon dont elle exprime la colère et la lassitude sans éclats inutiles. Une simple scène où Anabel observe sa mère, déjà épuisée avant même de commencer sa journée, suffit à comprend la nature de leur relation : un mélange d’amour maladroit et de reproches silencieux. Leur jeu donne de l’épaisseur à un scénario qui mise plus sur les émotions que sur les actions. L’un des thèmes les plus marquants du film est la question de l’appartenance. À Barcelone, Delia ne s’est jamais vraiment sentie chez elle ; à Jaén, terre des oliviers et berceau familial du père disparu, ni elle ni sa fille ne trouvent réellement leur place. Ce entre-deux traverse toute l’histoire. 

 

Quand le logement barcelonais est menacé de vente, la mère et la fille doivent retourner en Andalousie et se réhabituer à un rythme différent, à un espace rural qui contraste violemment avec la ville. Ce changement de décor correspond aussi à une rupture narrative, presque brusque, comme si le film assumait sa propre hésitation entre deux mondes. La mise en scène accentue cette sensation de flottement. Belén Funes filme les intérieurs serrés et le taxi de Delia de manière presque documentaire, ce qui donne une impression de vérité brute. Les scènes rurales, à l’inverse, respirent davantage, mais sans idéaliser la campagne. Les gestes liés à la récolte des olives, les silences entre les membres de la famille restée là, tout est capturé avec une minutie qui rapproche le film d’un journal intime visuel. 

 

La caméra n’essaie jamais d’impressionner, elle s’attache aux détails : une malle qui reste ouverte, une porte qui grince, une chaise seule dans un salon vide. Ces petits signes racontent autant le déclin matériel du foyer que la lente dérive émotionnelle du duo principal. La bande-son confirme cette volonté d’ancrer le film dans le quotidien. Les bruits du taxi, les coups de vent dans les champs, les sons métalliques d’un immeuble qui se vide parlent presque à la place des personnages. La musique apparaît peu, seulement dans quelques moments où le récit se resserre, comme pour rappeler que derrière l’usure se cache encore une forme de tendresse. Pourtant, malgré ses qualités, The Exiles reste un film qui demande de la patience. Son rythme est très lent, parfois jusqu’à l’immobilité. 

 

Certaines transitions sont abruptes, comme si des morceaux de l’histoire avaient été retirés au montage. Certains personnages secondaires traversent le récit sans vraiment y laisser de trace, ce qui ajoute à cette impression de flou narratif. J’ai eu le sentiment que le film cherchait constamment à dire quelque chose d’important, mais qu’il s’interrompait juste avant d’y parvenir. Ce choix artistique peut toucher, mais il peut aussi fatiguer. Le film hésite à confronter de manière frontale les enjeux politiques et sociaux qu’il évoque en toile de fond : l’exode rural, les difficultés de logement en ville, la précarité des travailleurs migrants. Ces thèmes existent, mais The Exiles les aborde surtout par petites touches, presque timidement. 

 

Cela donne un ensemble plus humain, moins démonstratif, mais qui manque parfois de direction. L’écriture suit cette logique : beaucoup de scènes sont construites sur des sous-entendus. Les dialogues évitent l’explication facile, ce qui permet de laisser de la place à l’émotion mais peut frustrer celles et ceux qui espéraient un récit plus structuré. Ce choix peut être perçu comme un reflet de la relation entre Delia et Anabel : elles disent peu, comprennent mal, souffrent beaucoup. Ce n’est pas un drame qui cherche l’intensité, plutôt une longue respiration lourde, un chagrin qui s’étale. Malgré ces limites, le film a une vraie force : il parle des choses simples, du passage du temps, de la façon dont un deuil transforme la dynamique familiale. 

 

Rien n’est emphatique, rien n’est glorifié. Ce réalisme est parfois dur à regarder, mais il reste juste. La dignité des deux femmes, même dans leurs failles, donne au récit une profondeur qui persiste après le générique. A la fin de The Exiles, j’ai gardé en tête cette impression d’être resté en retrait, comme si la caméra m’avait permis d’entrer dans un espace intime sans jamais m’y inviter complètement. C’est peut-être là la force du film : laisser aux spectateurs une marge d'interprétation et ne pas livrer toutes les clés. 

 

Note : 6/10. En bref, un film imparfait, mais sensible, porté par deux performances très fines et une mise en scène qui préfère l'humanité au spectacle.

Prochainement en France

 

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