The Death of Bunny Munro (Saison 1, épisodes 1 et 2) : une entrée en matière dérangeante et fragile

The Death of Bunny Munro (Saison 1, épisodes 1 et 2) : une entrée en matière dérangeante et fragile

La série The Death of Bunny Munro démarre par un portrait peu flatteur de son personnage principal. Dès les premières minutes de l’épisode 1, Bunny Munro apparaît comme un homme en fuite permanente, autant dans sa vie professionnelle que personnelle. Commercial itinérant spécialisé dans les produits de beauté, il traverse les villes, collectionne les conquêtes et semble incapable de se confronter à la réalité. Cette incapacité devient rapidement le moteur dramatique de la série. L’ouverture pose une atmosphère lourde, presque étouffante. Bunny est loin de chez lui lorsqu’un appel de sa femme, Libby, vient troubler sa routine. 

 

Bunny Munro est vendeur de produits de beauté au porte-à-porte et accro au sexe. Sa vie est bouleversée par le suicide de sa femme Libby. Avec son fils de 9 ans, Bunny Junior, il s'embarque dans un road trip de plus en plus incontrôlable à travers le sud de l'Angleterre, alors que tous deux luttent pour surmonter leur chagrin.

Elle se montre inquiète, confuse, traversée par des peurs qu’il balaie sans vraiment les écouter. Le dialogue laisse transparaître une fatigue émotionnelle profonde, mais surtout une distance irréparable entre les deux époux. Bunny promet, rassure vaguement, puis se détourne aussitôt de cette conversation pour replonger dans ses habitudes. Cette première séquence installe un malaise qui ne quittera plus la série. Le personnage principal agit comme si chaque problème pouvait être mis en pause, reporté à plus tard, ou ignoré. Cette logique d’évitement atteint un point de non-retour lorsque Bunny rentre enfin chez lui et découvre le corps de Libby. 

 

Le choc est brutal, traité sans emphase, presque froidement. La série ne cherche pas à attendrir à ce moment-là, mais à confronter. La mort de Libby ne déclenche pas chez Bunny une prise de conscience immédiate. Au contraire, l’épisode 1 montre un homme incapable de rester en place, y compris lors des funérailles. Son comportement dérange, parfois choque, mais il n’est jamais présenté comme un simple provocateur. Il agit comme quelqu’un qui ne sait tout simplement pas comment faire autrement. Autour de lui, les réactions sont sans indulgence. La famille de Libby exprime ouvertement son mépris, rappelant à Bunny son absence, ses infidélités et son manque d’attention. 

Ces confrontations mettent en lumière un élément central de The Death of Bunny Munro : la série ne cherche pas à excuser son personnage principal, mais à l’exposer. Dans ce chaos émotionnel, un autre personnage prend une importance croissante : Bunny Junior, le fils du couple. Âgé de sept ans, il observe tout avec une forme de recul troublante. Intelligent, curieux, passionné par les faits scientifiques, il semble déjà avoir compris que les adultes autour de lui sont défaillants. L’épisode 1 s’achève sur une fuite précipitée, Bunny emmenant son fils sur la route, comme s’il était possible d’échapper aux conséquences par le mouvement.

 

Si Bunny Munro occupe l’espace à l’écran, Bunny Junior en devient rapidement l’ancrage émotionnel. L’enfant traverse le deuil d’une manière radicalement différente. Là où le père s’agite, consomme et multiplie les excès, le fils se replie, imagine des conversations avec sa mère disparue et cherche des repères stables. La série prend le temps de montrer ces moments sans les surligner. Les apparitions de Libby auprès de son fils ne sont ni clairement surnaturelles ni totalement symboliques. Elles s’inscrivent dans un entre-deux qui correspond bien à l’état mental de l’enfant. Ces scènes apportent une douceur relative à un récit par ailleurs inconfortable.

Le contraste entre le père et le fils devient l’un des axes les plus intéressants de The Death of Bunny Munro. Bunny se voit comme un modèle, persuadé que reproduire ce qu’il a connu suffira. Pourtant, les flashbacks distillés au fil des épisodes révèlent un passé marqué par l’absence d’affection et une figure paternelle tout aussi défaillante. La répétition semble inévitable. L’épisode 2 poursuit cette dynamique de road trip improvisé. Bunny reprend le travail comme si rien ne s’était passé, persuadé que vendre, séduire et convaincre reste la meilleure manière d’exister. Le salon professionnel à venir devient une obsession, presque un objectif salvateur. Bunny se définit avant tout par sa capacité à vendre du rêve, quitte à oublier totalement le cadre réel.

 

La présence de Bunny Junior modifie cependant l’équilibre. Le père ne peut plus disparaître aussi facilement, même s’il continue de faire des choix discutables. Certaines situations frôlent l’absurde, notamment lorsque l’enfant se retrouve seul pendant que Bunny poursuit ses habitudes. Ces moments soulignent un décalage constant entre les discours du père et ses actes. L’épisode 2 montre également les limites du charme de Bunny. Certaines clientes ne se laissent plus impressionner, et son masque se fissure. Ces scènes sont importantes car elles montrent un homme qui commence à perdre le contrôle de ce qui faisait jusque-là son identité. 

La violence, la colère et l’humiliation remplacent progressivement la confiance. À travers ces deux premiers épisodes, The Death of Bunny Munro s’intéresse moins à la provocation qu’à la transmission des failles. Bunny Junior observe, imite parfois, mais questionne aussi. Lorsqu’il demande à son père ce qu’il vend réellement, la réponse — centrée sur l’image de soi — résume tout le problème du personnage principal. Le moment où Bunny Junior enlace son père marque un tournant discret mais essentiel. Ce geste simple provoque une réaction inattendue chez Bunny, comme s’il découvrait quelque chose de nouveau. L’affection devient un territoire inconnu, presque effrayant. 

 

Cette scène, sans emphase, laisse entrevoir une possible évolution, même si rien ne garantit qu’elle aboutira. Sur le plan formel, la série adopte une réalisation sobre, parfois sèche. La caméra reste proche des corps, mais sans esthétiser les excès. Les scènes les plus dérangeantes ne cherchent pas le choc gratuit, elles s’inscrivent dans une logique de malaise constant.  L’interprétation de Rafael Mathe dans le rôle de Bunny Junior mérite une attention particulière. Son jeu repose sur des détails, des silences, des regards. Face à lui, Matt Smith incarne un Bunny Munro instable, parfois pathétique, parfois inquiétant, toujours en décalage. Cette opposition donne à la série une tension permanente.

Les épisodes 1 et 2 de The Death of Bunny Munro ne cherchent pas à séduire facilement. Le récit avance lentement, s’attarde sur les comportements problématiques et refuse les raccourcis émotionnels. Bunny Munro reste difficile à apprécier, et c’est précisément ce qui rend la série intéressante. Le véritable enjeu ne semble pas être la rédemption, mais la prise de conscience. Rien n’indique que Bunny deviendra un meilleur père ou un homme plus responsable. En revanche, la série pose clairement la question du prix à payer lorsque les blessures ne sont jamais affrontées.

 

Ces deux premiers épisodes installent un univers sombre, parfois dérangeant, mais cohérent. The Death of Bunny Munro s’annonce comme une exploration des mécanismes du déni, de la culpabilité et de l’héritage émotionnel, portée par un duo père-fils qui fonctionne autant par opposition que par dépendance. La suite devra confirmer si cette trajectoire trouve un sens durable, ou si la fuite reste la seule destination possible.

 

Note : 6/10. En bref, ces deux premiers épisodes installent un univers sombre, parfois dérangeant, mais cohérent. The Death of Bunny Munro s’annonce comme une exploration des mécanismes du déni, de la culpabilité et de l’héritage émotionnel, portée par un duo père-fils qui fonctionne autant par opposition que par dépendance.

Prochainement en France

Disponible sur Sky, accessible via un VPN

 

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