Critique Ciné : Goodbye June (2025, Netflix)

Critique Ciné : Goodbye June (2025, Netflix)

Goodbye June // De Kate Winslet. Avec Helen Mirren, Kate Winslet et Toni Collette.

 

Avec Goodbye June, Kate Winslet passe pour la première fois derrière la caméra pour un long métrage. Un film de famille, écrit par son fils Joe Anders, porté par un casting impressionnant et emballé comme un grand drame de fin de vie à regarder au moment de Noël. Sur le papier, tout est réuni pour toucher juste. À l’écran, le résultat est plus mitigé, coincé entre sincérité émotionnelle et une envie trop visible de tirer sur la corde sensible. L’histoire est simple, presque programmée. June, la matriarche incarnée par Helen Mirren, se bat contre un cancer depuis plusieurs années. Dès les premières minutes, il est clair que le temps est compté. 

 

L'adieu de frères et sœurs à leur mère.

 

La famille est donc contrainte de se retrouver, dans un hôpital étrangement calme, pour accompagner cette fin annoncée. Autour du lit, des enfants adultes qui ne se parlent plus vraiment, des rancœurs anciennes, des choix de vie opposés, et un père vieillissant qui semble déjà à moitié ailleurs. Le cœur du film repose sur ce rassemblement forcé. Trois sœurs, un frère, des conjoints, des enfants, et une atmosphère chargée de non-dits. Deux des filles, Julia et Molly, traînent un conflit ancien qui a clairement fracturé la famille. Le film promet une exploration de ces tensions, de ces blessures qui s’accumulent avec le temps. Dans les faits, cette promesse est tenue de façon inégale.

 

Ce qui fonctionne le mieux dans Goodbye June, ce sont les comédiens. Helen Mirren impose une présence forte sans en faire trop. Sa June est à la fois lucide, cassante, parfois drôle, parfois épuisée. Les moments les plus réussis sont souvent les plus silencieux : un regard perdu dans la nuit, une respiration difficile, une lassitude qui dit tout sans dialogue. Elle porte le film sur ses épaules, même quand le scénario lui en demande un peu trop. Timothy Spall, dans le rôle du père, est sans doute l’élément le plus marquant du casting. Il joue un homme vieillissant, imprévisible, parfois tendre, souvent pénible, qui oscille entre déni et affection maladroite. Ce personnage, à moitié perdu dans son propre monde, apporte une touche à la fois triste et inconfortable. 

 

Sa performance est troublante parce qu’elle évite la caricature facile, même si l’écriture du rôle reste assez limitée. Autour d’eux, le reste du casting fait le travail. Kate Winslet, également actrice dans le film, livre une prestation plutôt retenue, presque en retrait par rapport à ses partenaires. Andrea Riseborough et Toni Collette apportent chacune une énergie différente, entre colère contenue et excentricité assumée. Certaines confrontations, notamment entre les deux sœurs principales, fonctionnent sur le plan du jeu, mais peinent à convaincre sur le fond. C’est là que Goodbye June montre ses faiblesses. Le scénario repose sur une accumulation de situations attendues : révélations tardives, disputes qui éclatent dans les couloirs d’un hôpital, vieilles rancunes soudain réglées après une discussion intense. 

 

Le conflit central entre les deux sœurs, présenté comme un gouffre émotionnel, se résout finalement de manière assez rapide, presque trop propre. Ce qui semblait complexe devient étonnamment simple, et laisse une impression de facilité. Le film assume clairement son côté mélodramatique. Il n’hésite pas à multiplier les symboles, les scènes conçues pour émouvoir, parfois jusqu’à frôler le malaise. Certaines séquences donnent le sentiment de cocher des cases : la scène de Noël, les moments de réconciliation collective, la petite touche d’humour pour alléger l’atmosphère. À force de vouloir provoquer l’émotion, le film finit parfois par l’étouffer.

 

Le ton oscille constamment entre drame et comédie douce-amère. Par moments, cet équilibre fonctionne. Quelques situations absurdes, liées notamment au comportement du père, apportent une respiration bienvenue. D’autres tentatives d’humour tombent à plat, surtout lorsqu’elles s’invitent dans des scènes censées rester graves. Le décalage est alors plus perturbant qu’apaisant. Visuellement, Goodbye June reste très classique. La mise en scène de Kate Winslet est propre, lisible, sans audace particulière. Les décors, notamment l’hôpital, manquent parfois de crédibilité tant ils semblent vides et idéalisés. Tout est très lisse, presque trop, comme si le film hésitait à salir son image pour gagner en réalisme. Cela renforce ce sentiment d’irréalité qui plane sur l’ensemble.

 

Il serait injuste de dire que Goodbye June est un mauvais film. Il y a une sincérité évidente dans la démarche, une volonté de parler du temps qui passe, de la difficulté de dire au revoir, et de ce que la famille laisse comme traces. Le message est clair, sans détour : le temps est précieux, et il faut parfois une crise pour s’en souvenir. Le film n’essaie pas de se faire passer pour ce qu’il n’est pas, et c’est sans doute l’un de ses mérites. Mais difficile aussi d’ignorer son côté trop écrit, trop arrangé. À vouloir plaire à tout le monde, Goodbye June perd en aspérité. Les personnages existent surtout à travers leurs fonctions dramatiques, plus que comme des êtres pleinement développés. 

 

Même June, pourtant centrale, reste parfois une figure plus symbolique qu’intime. Au final, Goodbye June ressemble à ces drames familiaux diffusés en période de fêtes, bien joués, bien intentionnés, mais un peu trop sucrés pour laisser une trace durable. Le film trouvera sans doute son public, notamment chez celles et ceux sensibles aux récits de fin de vie et de réconciliation. Pour les autres, il restera l’impression d’un potentiel intéressant, porté par un grand casting, mais freiné par un scénario qui préfère l’émotion facile à une vraie complexité humaine.

 

Note : 5/10. En bref, Goodbye June ressemble à ces drames familiaux diffusés en période de fêtes, bien joués, bien intentionnés, mais un peu trop sucrés pour laisser une trace durable.

Sorti le 24 décembre 2025 directement sur Netflix

 

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