The Death of Bunny Munro (Saison 1, épisodes 3 et 4) : quand la fuite devient impossible 

The Death of Bunny Munro (Saison 1, épisodes 3 et 4) : quand la fuite devient impossible 

Avec les épisodes 3 et 4 de The Death of Bunny Munro, la série opère un virage plus sombre et plus frontal. La fuite permanente qui caractérisait Bunny jusque-là commence à se fissurer. Les conséquences de ses actes, longtemps repoussées, prennent enfin une forme concrète. Ces deux épisodes fonctionnent comme une cassure nette : le mouvement ne protège plus, le charme ne suffit plus, et le mensonge devient dangereux. L’épisode 3 s’ouvre sur une illusion de calme. Bunny Junior se rapproche physiquement de son père, cherchant une sécurité minimale après les événements récents. Cette proximité est fragile, presque provisoire. 

 

Bunny répond par l’humour, détourne l’angoisse de son fils et transforme ses peurs en plaisanteries. La transmission reprend, mais elle se fait sur les mêmes bases bancales : vendre, improviser, séduire, disparaître. L’idée de former Bunny Junior au métier de vendeur révèle un problème central. Bunny ne transmet pas un savoir-faire, il transmet une posture. L’enfant apprend très vite que ce qui compte n’est pas le produit, mais l’image projetée. Cette leçon fonctionne immédiatement, ce qui rend la situation encore plus inconfortable. Le système est efficace, mais profondément toxique. Comme souvent dans la série, Bunny parvient à obtenir ce qu’il veut en quelques minutes, avant de laisser son fils à l’écart pour poursuivre ses habitudes. 

Cette dissociation entre discours et comportement devient de plus en plus flagrante. Bunny Junior observe, comprend, mais n’a aucun moyen de s’y opposer. L’apparition de la travailleuse sociale marque un tournant. Jusqu’ici, le danger restait diffus, presque abstrait. Cette fois, il prend une forme administrative et judiciaire. Bunny Junior est officiellement considéré comme disparu. L’idée même que la police puisse intervenir fissure le sentiment de contrôle de Bunny. Contrairement à ses clientes ou à ses collègues, cette interlocutrice ne se laisse pas séduire. La réaction de Bunny est révélatrice : il ne cherche pas à protéger son fils, mais à retarder l’inévitable. L’enfant est déplacé, caché, distrait, comme un objet encombrant. 

 

Cette stratégie d’évitement atteint ses limites lorsque Bunny perd sa liste de clients, symbole très concret de sa perte de repères. Sans ce carnet, il ne sait plus où aller, ni comment avancer. La relation entre Bunny et Poodle prend une tournure plus violente dans cet épisode. Poodle n’est plus seulement le collègue un peu perdu, il devient le miroir que Bunny refuse de regarder. La détresse de Poodle, liée à sa rupture et à son sentiment d’échec, est accueillie par Bunny avec une indifférence glaciale. L’amitié est ici vidée de toute substance. Lorsque la confrontation éclate, les mots dépassent enfin le non-dit. Bunny est accusé de n’aimer personne, accusation qu’il ne contredit pas vraiment. 

La violence verbale déborde dans la rue, et l’accident qui suit agit comme une rupture brutale du récit. La mort frappe sans prévenir, sans explication morale. La réaction de Bunny face à cet événement est sans ambiguïté : il fuit. Il ne se retourne pas. Il laisse Bunny Junior derrière lui. Ce choix, plus que tous les autres, marque une ligne difficilement réversible. L’épisode 4 s’ouvre sur un cauchemar, révélateur de la culpabilité qui commence à s’infiltrer. La figure du Horned Killer se mêle à celle de l’accident, comme si Bunny ne parvenait plus à distinguer ses peurs de la réalité. Pourtant, le réveil n’apporte aucun soulagement. Bunny est seul, sans argent, sans téléphone, sans voiture fonctionnelle.

 

Pour la première fois, Bunny n’a plus rien à vendre. Ses tentatives pour reprendre son rôle habituel échouent les unes après les autres. Les regards changent, les réactions aussi. Le charme semble usé, presque ridicule. Cette perte d’efficacité agit comme une humiliation silencieuse. La rencontre avec une femme vulnérable aurait pu suivre le même schéma que d’habitude. Pourtant, quelque chose bloque. Les souvenirs de Libby s’imposent, la culpabilité empêche toute mécanique habituelle de fonctionner. Bunny ne parvient plus à jouer son rôle jusqu’au bout. Le vol devient alors une échappatoire, un geste désespéré pour continuer à avancer sans affronter quoi que ce soit.

Pendant ce temps, Bunny Junior découvre une autre possibilité. Accueilli temporairement par Yvonne, il observe un foyer imparfait mais fonctionnel. Il y a des règles, des limites, des gestes de soin. Rien d’idéal, mais quelque chose de stable. Cette normalité nouvelle le déstabilise. La scène du magasin de chaussures est révélatrice. Le choix contraint, l’argent qui manque, la gêne silencieuse : Bunny Junior comprend que l’attention ne passe pas toujours par l’abondance ou la démonstration. Cette expérience contraste fortement avec ce qu’il connaît. Pourtant, le malaise persiste. La violence surgit brutalement lorsque Bunny Junior frappe un autre enfant. Ce geste ne peut pas être réduit à un simple débordement. 

 

Il traduit une colère accumulée, une confusion émotionnelle profonde, et surtout une incapacité à exprimer autrement ce qui l’envahit. Lorsque Bunny réapparaît, rien n’est réglé. Il arrive tard, désorganisé, encore une fois incapable d’assumer pleinement ses responsabilités. Pourtant, sa simple présence suffit à faire vaciller la décision de Bunny Junior. L’attachement reste plus fort que la raison. Le départ final est tendu, silencieux, marqué par des pertes symboliques importantes : l’encyclopédie, la crème pour les yeux, tous ces objets liés à Libby et à la stabilité qu’elle représentait. Bunny promet de remplacer, mais Bunny Junior refuse cette idée. Ce refus est important. 

Il ne s’agit pas d’objets interchangeables, mais de repères affectifs. Avec ces épisodes 3 et 4, The Death of Bunny Munro cesse de temporiser. Les conséquences deviennent visibles, la violence n’est plus seulement émotionnelle, elle est physique, irréversible. Bunny ne peut plus se contenter de bouger pour éviter de ressentir. La relation père-fils entre dans une phase plus conflictuelle, moins idéalisée. Bunny Junior n’est plus seulement un spectateur, il commence à agir, parfois de manière inquiétante. Cette évolution rend le récit plus inconfortable, mais aussi plus honnête. Ces épisodes ne proposent pas de solution, ni de rédemption facile. Ils montrent simplement ce qui arrive lorsque les blessures ne sont jamais traitées, seulement déplacées. 

 

Note : 6/10. En bref, The Death of Bunny Munro s’installe alors comme une série sur l’héritage émotionnel, la fuite et l’impossibilité de continuer indéfiniment sans regarder derrière soi. La suite devra répondre à une question devenue centrale : Bunny est-il encore capable de changer, ou Bunny Junior est-il déjà condamné à répéter ce cycle ?

Prochainement en France

Disponible sur Sky, accessible via un VPN

 

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