26 Janvier 2026
La dernière ligne droite de Blind Sherlock s’ouvre sur une intrigue qui semble enfin vouloir assumer sa dimension de thriller. Les épisodes 5 et 6 abandonnent en grande partie les hésitations des débuts pour se concentrer sur une affaire plus directe, plus lisible, presque plus efficace. Ce recentrage permet à la mini-série de gagner en rythme, même si les problèmes structurels ne disparaissent pas pour autant. L’épisode 5 démarre avec l’enlèvement d’une adolescente déjà évoquée auparavant. Ce basculement transforme une enquête secondaire en enjeu central et donne à l’histoire un moteur plus clair.
En parallèle, Roman traverse une période personnelle particulièrement instable. La rupture avec Caro est actée, et la confrontation entre les deux personnages met enfin des mots sur ce qui posait problème depuis le début : Roman continue d’agir en fonction de ses propres obsessions, même lorsqu’il prétend faire des choix pour les autres. Cette scène, plus frontale que les précédentes, fonctionne mieux que beaucoup de dialogues antérieurs. Elle met en lumière une contradiction constante chez Roman : vouloir être présent tout en refusant de lâcher ce qui le définit. Le personnage cesse brièvement d’être un concept pour redevenir un individu faillible, maladroit, parfois égoïste.
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Sur le plan de l’enquête, l’épisode adopte une construction plus classique. Les révélations s’enchaînent, les fausses pistes se multiplient et les manipulations internes au réseau criminel deviennent plus lisibles. Pour une fois, la complexité ne vient pas d’un empilement confus d’informations, mais d’un jeu de dupes assumé. Cette approche rend le récit plus digeste et presque engageant. L’un des éléments intéressants de cet épisode réside dans la manière dont Roman perçoit le regard des autres. Le retour de son frère, animé de bonnes intentions, souligne un malaise ancien : Roman refuse d’être traité comme quelqu’un à protéger.
Ce rejet du statut de victime est l’un des rares fils conducteurs cohérents de la série. Lorsqu’il est pris au sérieux, sans indulgence excessive, le personnage gagne en crédibilité. L’épisode 6 bascule franchement dans le pur récit d’action. La préparation de l’opération finale occupe une large place, avec un plan reposant une nouvelle fois sur la capacité de Roman à passer inaperçu. Cette idée, déjà exploitée auparavant, trouve ici une justification plus naturelle. Le dispositif est simple, presque trop, mais il a le mérite d’être lisible. Le choix du lieu, volontairement bruyant et chaotique, introduit une tension qui manquait jusque-là.
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La série parvient enfin à créer une impression d’urgence, non pas par la psychologie, mais par l’accumulation de contraintes : surveillance imparfaite, imprévus humains, timing serré. Tout repose sur un équilibre fragile, ce qui donne au dernier acte un minimum de souffle. Cela dit, cette efficacité repose largement sur une suspension volontaire de l’incrédulité. Les coïncidences s’enchaînent, certains personnages semblent soudain omniscients tandis que d’autres deviennent étrangement aveugles. La logique interne cède souvent la place à l’efficacité dramatique. L’épisode ne cherche clairement pas à être subtil, mais à aller vite et à conclure.
Le face-à-face final illustre bien cette ambivalence. L’action est lisible, les enjeux sont clairs, mais les résolutions s’enchaînent de façon presque mécanique. Certaines morts servent surtout à fermer des parenthèses narratives, et certaines révélations arrivent trop tard pour avoir un réel impact émotionnel. La série donne l’impression de cocher des cases plutôt que de tirer des conséquences de ce qu’elle a mis en place. La relation entre Roman et Caro trouve une conclusion attendue, presque trop lisse au regard de la violence des conflits précédents. Le rapprochement final fonctionne sur le moment, mais il évite soigneusement les questions les plus dérangeantes.
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La peur de Roman d’être un poids, centrale dans les épisodes précédents, est évoquée sans être réellement dépassée. La conclusion institutionnelle, avec reconnaissance officielle et mise en récit héroïque, achève de transformer l’histoire en vitrine. Ce choix renforce le décalage entre la complexité humaine esquissée par moments et la simplification finale du discours. La série préfère se refermer sur une image rassurante plutôt que sur une ambiguïté assumée. Les épisodes 5 et 6 représentent sans doute la partie la plus fluide de Blind Sherlock. L’action est mieux dosée, la tension plus palpable, et certaines idées trouvent enfin un terrain d’expression cohérent.
Pourtant, cette amélioration repose davantage sur une accélération du rythme que sur une véritable maturation de l’écriture. En fin de parcours, Blind Sherlock ressemble à une série qui a trouvé comment fonctionner, mais trop tard pour corriger ses fondations. Le concept tient debout, certaines intentions sont claires, mais l’ensemble reste fragile, parfois artificiel. Ces derniers épisodes se regardent sans déplaisir, à condition d’accepter leurs raccourcis et leurs facilités. La mini-série se termine ainsi sur une note correcte, sans effacer l’impression persistante d’un projet qui aurait gagné à faire des choix plus tranchés dès le départ.
Note : 5/10. En bref, en fin de parcours, Blind Sherlock ressemble à une série qui a trouvé comment fonctionner, mais trop tard pour corriger ses fondations. Le concept tient debout, certaines intentions sont claires, mais l’ensemble reste fragile, parfois artificiel.
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