25 Janvier 2026
Après des débuts déjà discutables, Blind Sherlock poursuit son récit avec deux épisodes qui cherchent clairement à épaissir les enjeux émotionnels, sans toujours réussir à corriger les défauts installés depuis le départ. Les épisodes 3 et 4 marquent un tournant plus sombre, mais aussi plus révélateur des limites de la série, tant sur le plan narratif que dans le traitement de ses personnages. L’épisode 3 s’ouvre sur une double perte. Umut est retrouvé mort, laissant derrière lui une épouse en colère, tandis que Roman s’enferme dans le silence après la mort de son chien.
Ces événements pourraient constituer un véritable choc émotionnel. Pourtant, la mise en scène reste étonnamment distante. La série constate les drames plus qu’elle ne les fait ressentir. Nico affiche une culpabilité rapide, Roman une colère contenue, mais tout semble glisser sans laisser de traces durables. L’enquête reprend presque mécaniquement. Un nouvel antagoniste est identifié, rapidement neutralisé, puis utilisé comme levier pour remonter la hiérarchie criminelle. Le scénario avance à coups de combines policières, de faux renseignements et de pièges téléphoniques. Sur le papier, l’enchaînement est logique. À l’écran, l’ensemble manque de tension.
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Même les scènes censées être risquées, comme les échanges sous couverture, donnent l’impression d’une formalité plutôt que d’un réel danger. Roman, de son côté, s’acharne dans le travail. Cette obsession est censée traduire son deuil et son sentiment d’impuissance, mais elle est traitée de façon presque fonctionnelle. Il écoute, transcrit, analyse, sans que cela ne permette de mieux comprendre ce qui se joue intérieurement. Les rares moments où la série tente de montrer sa fragilité arrivent tardivement et sans véritable préparation. La relation avec Caro commence à se fissurer plus visiblement dans cet épisode. Roman s’absente, se ferme, devient brusque.
Là encore, les ingrédients d’un conflit intime crédible sont présents, mais leur articulation reste maladroite. Les scènes domestiques semblent parfois surgir au mauvais moment, comme si elles interrompaient l’enquête au lieu de la nourrir. Le contraste entre la froideur de la procédure policière et la détresse privée n’est pas exploité de manière fluide. L’épisode 4 adopte un rythme plus tendu, en installant une course contre la montre. Roman doit identifier une figure clé du réseau criminel en se basant uniquement sur des fragments sonores. Ce principe rappelle ce que la série veut être depuis le début : une enquête guidée par l’écoute et la mémoire auditive.
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Pour une fois, cette idée est utilisée de façon plus cohérente, en liant directement le raisonnement de Roman à son passé et à ses souvenirs. Les flashbacks occupent alors une place centrale. Ils éclairent plusieurs traumatismes : l’enfance marquée par la maladie, la culpabilité liée à un accident, la peur constante d’être un poids pour les autres. Ces éléments donnent enfin un peu de profondeur au personnage principal. Roman n’est plus seulement un outil narratif doté d’un don particulier, mais quelqu’un rongé par l’idée de ne jamais être à la hauteur, ni comme frère, ni comme futur père. C’est dans cet épisode que la série trouve, brièvement, une forme d’équilibre.
Le doute de Roman, sa fatigue mentale et son incapacité à se faire confiance entrent en résonance avec l’échec de l’enquête. La traque policière se solde par une issue brutale et absurde, qui souligne à quel point cette chasse à l’homme était bancale dès le départ. L’erreur finale n’est pas tant celle de Roman que celle d’un système qui lui demande l’impossible tout en refusant de l’écouter vraiment. La fin de l’épisode 4 marque une rupture nette. Le conflit entre Roman et Caro atteint un point de non-retour lors d’une confession choquante, qui révèle jusqu’où va son mal-être. Pour la première fois depuis le début de Blind Sherlock, la série ose laisser un silence pesant s’installer.
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Ce moment fonctionne précisément parce qu’il n’est pas lié à l’enquête, mais à une peur intime et profondément humaine. En parallèle, la conclusion de l’affaire criminelle laisse un goût amer. Les responsables sont désignés un peu trop rapidement, certaines zones d’ombre sont volontairement ignorées, et la hiérarchie politique choisit la facilité. Cette résolution expéditive renforce l’impression que l’enquête n’était qu’un prétexte, sans véritable enjeu moral ou judiciaire. Les épisodes 3 et 4 ne transforment pas Blind Sherlock en série policière convaincante.
En revanche, ils révèlent ce que la série aurait peut-être dû être dès le départ : le portrait d’un homme écrasé par ses propres attentes, évoluant dans un cadre professionnel qui ne sait pas quoi faire de sa différence. Lorsque la série se concentre sur cette dimension-là, elle devient plus juste, presque intéressante. Reste à savoir si cette orientation sera tenue par la suite, ou si Blind Sherlock retombera dans une mécanique policière confuse, plus préoccupée par ses concepts que par ses personnages. À ce stade, l’attachement ne vient toujours pas de l’enquête, mais uniquement des failles de Roman, enfin mises au premier plan.
Note : 4.5/10. En bref, ces épisodes ne transforment pas Blind Sherlock en série policière convaincante.
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