25 Janvier 2026
Dès les deux premiers épisodes, Blind Sherlock donne une impression étrange, presque inconfortable. L’intrigue s’ouvre sur un meurtre lié au trafic de drogue au port de Rotterdam, un cadre réaliste et plutôt classique pour une série policière néerlandaise. Pourtant, très vite, quelque chose cloche. La série semble vouloir se distinguer à tout prix, sans réellement maîtriser ce qu’elle met en place. Le cœur du concept repose sur Roman Mertens, consultant aveugle recruté pour analyser des écoutes téléphoniques grâce à une ouïe hors norme. Sur le principe, l’idée intrigue.
Doté d'une ouïe exceptionnelle, l'aveugle Roman Mertens décroche son emploi de rêve au sein de l'unité d'écoutes téléphoniques de la police locale – un poste bien plus dangereux qu'il ne l'imaginait.
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Dans les faits, le résultat évoque surtout une sorte de croisement chelou entre Sherlock Holmes et Daredevil, avec une ambiance de série policière néerlandaise, et ce rapprochement n’a rien de flatteur. Blind Sherlock emprunte des codes à des univers qui ne vont pas naturellement ensemble, sans jamais réussir à les faire cohabiter. L’épisode 1 insiste lourdement sur les capacités de Roman. Chaque démonstration semble conçue pour impressionner, mais l’effet retombe rapidement. Les reconstitutions mentales des scènes de crime, basées uniquement sur le son, manquent de finesse et deviennent répétitives.
Là où la série cherche à installer une signature visuelle et narrative, elle tombe dans quelque chose de mécanique, presque artificiel. Le traitement de la police pose également problème. Les enquêteurs apparaissent comme systématiquement à côté de la plaque : ils doutent de Roman pour de mauvaises raisons, ignorent ses avertissements, font confiance à un interprète corrompu et accumulent les erreurs jusqu’à provoquer une fusillade dramatique. Ce choix scénaristique donne l’impression de regarder une série policière vraiment pas folle, voire mauvaise, tant l’incompétence devient un moteur forcé du récit. Il devient difficile de s’investir dans une enquête quand chaque avancée repose sur des décisions absurdes.
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La dimension personnelle de Roman aurait pu contrebalancer ces faiblesses. Sa relation avec Caro, enceinte, son passé familial et son rapport à son handicap sont des éléments intéressants sur le papier. Malheureusement, ces aspects sont traités sans profondeur. Roman oscille entre génie incompris et personnage étonnamment passif, sans que la série ne clarifie réellement sa trajectoire. Le résultat donne un protagoniste parfois difficile à cerner, moins complexe que ce que le concept laisse espérer. L’épisode 2 enfonce le clou en introduisant une organisation criminelle structurée autour de surnoms empruntés aux Beatles. Ce choix narratif détonne fortement avec le réalisme revendiqué jusque-là.
L’idée paraît gadget, presque déplacée, et renforce le sentiment d’un scénario qui empile des trouvailles sans cohérence globale. Plutôt que d’épaissir l’univers, cette sous-intrigue contribue à le rendre encore plus confus. Les menaces censées peser sur Roman manquent elles aussi de crédibilité. Le personnage chargé de le faire chanter apparaît davantage comme une nuisance persistante que comme un réel danger. Même lorsqu’il s’en prend à ce que Roman a de plus précieux, la mise en scène reste étonnamment plate. L’absence de tension émotionnelle empêche ces moments de produire l’impact attendu. La série tente pourtant d’aborder des thèmes intéressants, comme la peur de devenir parent en situation de handicap ou la culpabilité liée au passé.
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Ces idées sont là, mais survolées, noyées dans un récit qui avance trop vite et dans trop de directions à la fois. Blind Sherlock semble vouloir être à la fois un thriller sombre, un portrait intime et une série conceptuelle, sans réussir à choisir une voie claire. Même l’ambiance sonore et musicale participe à ce malaise. Certains choix musicaux, trop appuyés ou mal adaptés, créent un décalage avec la gravité des situations. Des scènes censées être tendues deviennent presque maladroites, comme si la série sabotait involontairement son propre ton. Après ces deux premiers épisodes, Blind Sherlock laisse surtout l’impression d’un projet mal calibré.
L’idée de départ ne suffit pas à masquer une écriture déséquilibrée et des personnages souvent réduits à des fonctions narratives. Ce n’est pas tant le manque d’originalité qui pose problème, mais l’incapacité à assumer clairement ce que la série veut raconter. Ces débuts interrogent donc moins sur la suite de l’enquête que sur l’intérêt de continuer à suivre un univers aussi peu crédible. Pour l’instant, Blind Sherlock ressemble davantage à une accumulation d’intentions qu’à une série policière réellement maîtrisée. Si évolution il y a, elle devra être profonde pour corriger ces fondations fragiles.
Note : 3.5/10. En bref, Blind Sherlock démarre comme un polar maladroit, coincé dans un croisement peu inspiré entre Sherlock Holmes et Daredevil, le tout posé sur une ambiance de série policière néerlandaise très convenue. Malgré un concept accrocheur sur le papier, la série souffre d’une écriture bancale, d’une police peu crédible et d’un manque de tension qui rend l’ensemble difficile à prendre au sérieux.
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