26 Janvier 2026
Avec l’épisode 4 de Gomorra : Le Origini, la série atteint un point où l’observation ne suffit plus. Les personnages sont désormais contraints de se définir par leurs actes. Ce qui se jouait jusqu’ici dans les regards, les silences ou les hésitations trouve une traduction concrète, parfois brutale. L’épisode agit comme une zone de bascule, à la fois intime et irréversible, où chacun comprend que continuer implique de renoncer à autre chose. La mise en scène replonge immédiatement dans une atmosphère très marquée par les années 70. Les images, la musique, les cadres rappellent que le récit s’inscrit dans une époque précise, mais sans jamais transformer le décor en simple exercice nostalgique.
Le contexte sert avant tout à souligner une tension permanente entre désir d’émancipation et enfermement social. Gomorra : Le Origini confirme ici son identité hybride, entre chronique criminelle, drame intime et récit d’apprentissage. Au centre de l’épisode, Pietro et Imma avancent désormais sur des trajectoires parallèles qui finissent par se toucher. Leurs parcours restent différents, mais une même question les traverse : jusqu’où aller pour rester fidèle à ce que l’on croit être ? Pietro découvre chez Imma une facette qu’il ne connaissait pas. Le chant devient un moment de révélation, non pas comme parenthèse romantique, mais comme prise de conscience.
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Il ne s’agit plus de parler d’avenir ou de rêves abstraits, mais de ressentir, pour la première fois, ce qui pourrait exister en dehors de la rue. Cette possibilité reste pourtant fragile. Pietro a devant lui une occasion de s’écarter du chemin qu’il emprunte depuis le début. Elle n’est ni spectaculaire ni théorisée. Elle se présente comme une alternative silencieuse, presque invisible. Le refus de cette issue marque un choix clair. Pietro ne se perçoit plus comme une victime des circonstances, mais comme un acteur volontaire d’un monde violent qu’il commence à maîtriser. Le geste qu’il accomplit dans cet épisode ne ressemble pas à un rite initiatique traditionnel.
Il apparaît plutôt comme une conséquence logique d’un raisonnement déjà bien installé. Imma, de son côté, se heurte à une autre forme de désillusion. Elle a grandi entourée de protection matérielle et de promesses d’avenir. Pourtant, lorsqu’elle tente de s’opposer à une injustice flagrante, elle se heurte à un mur. Ses parents, incapables d’affronter la réalité sociale qui les entoure, préfèrent le silence au conflit. Cette absence de réponse crée une rupture. Imma comprend que l’éducation et le confort ne suffisent pas à garantir une véritable liberté. C’est dans sa relation avec Annalisa que cette prise de conscience se cristallise. L’épisode donne une place centrale à leur lien, sans chercher à le rendre confortable.
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Annalisa n’est pas idéalisée. Elle est déjà marquée, usée par un mariage violent, enfermée dans une routine faite de peur et de résignation. Leur rapprochement repose sur une compréhension immédiate, presque instinctive. Elles savent, sans avoir besoin de se l’expliquer, qu’elles partagent une même impossibilité à continuer comme avant. La scène du repas entre Imma, Annalisa et Nicola condense cette tension. Rien n’y est excessif dans la forme, mais tout y est pesant. La violence n’est pas seulement physique. Elle est verbale, symbolique, quotidienne. Elle révèle un rapport de domination profondément ancré, accepté par l’entourage et rendu invisible par l’habitude.
Imma, témoin direct de cette réalité, ne peut plus détourner le regard. Le passage à l’acte d’Annalisa, auquel Imma devient complice, s’inscrit dans une logique de survie plus que de vengeance. Il ne s’agit pas d’un geste libérateur au sens classique, mais d’une réponse désespérée à une situation sans issue apparente. Cette perte de l’innocence féminine constitue l’un des moments les plus marquants de l’épisode, car elle déplace le centre de gravité du récit. Gomorra : Le Origini ne raconte plus seulement l’émergence des futurs chefs, mais aussi la naissance d’une conscience féminine prête à rompre avec l’ordre établi. En parallèle, Angelo et Pietro apparaissent de plus en plus connectés.
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Leur relation dépasse le simple rapport mentor-élève. Ils se comprennent sans mots, partagent une vision pragmatique du monde qui les entoure. Pourtant, leurs motivations diffèrent. Angelo agit pour préserver sa place et éviter de disparaître. Pietro, lui, semble animé par quelque chose de plus profond, presque abstrait. L’acte qu’il commet dans cet épisode ne le trouble pas. Il l’assume comme une nécessité, une étape déjà intégrée mentalement. La confrontation finale avec sa mère ne relève pas d’un règlement de comptes émotionnel. Elle ressemble davantage à une affirmation identitaire. Pietro ne cherche pas à être compris. Il affirme ce qu’il est devenu, autant pour lui-même que pour elle.
Ce moment souligne à quel point le personnage s’est déjà détaché des repères affectifs traditionnels. L’épisode 4 de Gomorra : Le Origini donne ainsi le sentiment que la série a atteint sa vitesse de croisière. Les choix posés ici ne pourront pas être annulés. Les trajectoires sont désormais tracées, même si leurs conséquences restent encore floues. La narration ralentit parfois, laisse respirer les scènes, mais cette lenteur n’est jamais gratuite. Elle accompagne une transformation profonde, intérieure, qui rend chaque silence plus lourd que n’importe quelle explosion. À ce stade, Gomorra : Le Origini ne cherche plus à installer son univers. Il le confronte à lui-même. Et c’est précisément dans cette confrontation que l’épisode trouve sa force.
Note : 8/10. En bref, ce prequel continue d’être fantastique et de faire évoluer le récit dans une direction violente où tous les choix ne permettront pas aux personnages de revenir en arrière.
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