Gomorra : Le Origini (Saison 1, épisodes 1 et 2) : les origines de Gomorra

Gomorra : Le Origini (Saison 1, épisodes 1 et 2) : les origines de Gomorra

Aborder Gomorra : Le Origini par ses deux premiers épisodes revient à accepter une évidence : la destination est connue, mais le trajet mérite d’être observé avec attention. Ce préquel ne cherche pas à surprendre par le suspense de l’issue, mais par la manière dont il expose le moment précis où tout commence à se fissurer. L’intérêt n’est pas de découvrir ce que Pietro Savastano deviendra, mais de comprendre à quel instant il cesse d’être simplement un adolescent parmi d’autres. Dès l’épisode 1, le cadre est posé avec sobriété. Naples, à la fin des années 70, n’est pas utilisée comme décor nostalgique. 

 

Dans les années 1970, Pietro Savastano, un gamin des quartiers défavorisés de Secondigliano, survit avec ses amis en écumant la ville à scooter et en multipliant les petits larcins. Son rêve : devenir comme Angelo, le "roi" du quartier. Lorsqu’il parvient à se faire remarquer par le jeune caïd, Pietro est entraîné dans un jeu de pouvoir qui le dépasse. Bientôt, il se demande si cette vie de violence et de crime est vraiment la sienne — ou si l’amour qu’il porte à Imma pourra encore le sauver.

La ville apparaît fatiguée, inégale, traversée par une pauvreté qui structure les comportements plus qu’elle ne les explique. Une télévision allumée dans un bar, quelques mots sur la mortalité infantile, puis la musique reprend. Cette alternance dit déjà beaucoup : vivre ici, c’est apprendre à faire cohabiter la gravité et la légèreté, parfois dans la même minute. Le jeune Pietro, interprété par Luca Lubrano, est présenté sans emphase. Ce n’est ni un ange ni un monstre. Il observe, il écoute, il comprend vite. Ce qui frappe dans ces premiers épisodes, c’est l’absence d’innocence idéalisée. Pietro n’est pas naïf, mais il n’est pas encore endurci. 

 

Il se situe dans cet entre-deux inconfortable, là où les choix commencent à avoir un poids, sans que leurs conséquences soient encore pleinement mesurées. Autour de lui gravite un groupe d’amis soudé par la nécessité plus que par de grands idéaux. Lello, Toni, Fucariello, Manuele ne sont pas des figures décoratives. Chacun apporte une nuance différente à ce microcosme adolescent : la loyauté, la peur, l’impulsivité, le besoin d’appartenance. Leur présence rappelle que l’entrée dans la criminalité ne se fait pas seul, mais en groupe, portée par une dynamique collective difficile à briser. L’épisode 1 fonctionne comme une immersion lente. Le rythme est volontairement posé, parfois presque retenu. 

Cette temporalité permet de laisser exister les silences, les regards, les gestes anodins. La violence, lorsqu’elle apparaît, ne cherche pas l’effet choc. Elle surgit comme un fait brut, presque banal, et c’est précisément ce traitement qui la rend dérangeante. Le premier meurtre auquel Pietro assiste agit comme un point de non-retour intérieur, plus que comme un événement spectaculaire. L’épisode 2 modifie légèrement la dynamique. L’entrée en matière, avec une séquence liée au contrabbando via mare, ouvre le récit vers le monde des adultes. Angelo ‘A Sirena prend davantage de place. Il incarne une figure de transition : suffisamment proche de la rue pour être admiré, suffisamment lié aux clans pour en refléter les limites. 

 

Son charisme repose moins sur la parole que sur l’attitude, sur cette impression de liberté qui fascine Pietro et ses amis. Angelo représente un modèle trompeur. Il semble maître de sa vie, mais dépend déjà d’un système plus large, hiérarchisé, opaque. L’épisode 2 insiste sur cette illusion de contrôle. Plus Angelo cherche à s’affirmer, plus apparaissent les contraintes qui l’enserrent. Ce décalage entre l’image projetée et la réalité vécue est l’un des points les plus intéressants de ce début de saison. Au cœur de cette tension se trouve Imma. Son apparition introduit une fracture sociale nette. Elle vient d’un autre monde, ou du moins d’un monde perçu comme tel par Pietro. Elle étudie, elle joue de la musique, elle parle d’ailleurs. 

Dans les deux premiers épisodes, Imma n’est pas encore une actrice du drame, mais une possibilité. Une projection. Elle incarne ce que Pietro pourrait désirer sans savoir comment l’atteindre autrement qu’en empruntant des chemins déjà déformés. Ce qui me paraît juste dans Gomorra : Le Origini, c’est le refus de justifier. Le contexte est montré, jamais utilisé comme excuse. La misère, l’abandon, la violence structurelle sont là, visibles, mais la série ne cherche pas à absoudre ses personnages. Elle se contente de montrer comment certaines conditions réduisent progressivement l’éventail des choix possibles, jusqu’à faire apparaître l’inacceptable comme une option parmi d’autres.

 

La réalisation privilégie une mise en scène discrète, presque austère. Les couleurs, les décors, les costumes participent à une cohérence d’ensemble sans attirer l’attention sur eux-mêmes. La Naples des années 70 est crédible parce qu’elle n’est jamais surlignée. Elle existe dans les détails, dans les rues, dans les intérieurs exigus, dans les corps fatigués. Après ces deux premiers épisodes, Gomorra : Le Origini ne donne pas l’impression de vouloir rejouer les codes de la série originale. Le projet semble ailleurs, plus introspectif, plus attentif aux micro-basculements qu’aux grands coups d’éclat. 

 

Note : 7/10. En bref, ce début de saison propose un regard, parfois inconfortable, sur la naissance d’un parcours déjà condamné, mais encore humainement lisible. Et c’est précisément là que réside, à mes yeux, l’intérêt de ce retour aux origines.

Prochainement sur Canal+

 

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